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Croissance et chômage : Aram Belhadj pointe une « fragilité structurelle » derrière les chiffres

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Par Imen Nouira

    Une croissance de 2,3% et un taux de chômage en léger recul à 14,9% : derrière ces deux indicateurs publiés samedi par l’INS, l’économiste Aram Belhadj voit une réalité beaucoup plus fragile. Ralentissement de la croissance en glissement annuel, faiblesse de l’industrie, recul de l’énergie et des mines, poids des échanges extérieurs, contraction de la population active et hausse du chômage des diplômés : l’économiste estime que l’économie tunisienne affiche une « résilience superficielle » qui masque des fragilités structurelles.

    L’économiste Aram Belhadj, docteur en sciences économiques et enseignant-chercheur à l’Université de Carthage, a livré, samedi 15 août 2026, son analyse des derniers indicateurs de croissance et d’emploi publiés le même jour par l’Institut national de la statistique (INS). Deux séries de chiffres qu’il met en perspective pour interroger la solidité de l’amélioration qu’ils pourraient, à première vue, laisser entrevoir.

    Le premier constat concerne la croissance. Le PIB tunisien a progressé de 2,3% au deuxième trimestre 2026 par rapport à la même période de 2025. Aram Belhadj relève toutefois que cette croissance s’inscrit dans une tendance au ralentissement.

    « Les données de l’Institut national de la statistique pour le deuxième trimestre 2026 montrent une croissance économique de 2,3% en glissement annuel, mais celle-ci connaît un ralentissement continu depuis la fin de 2025 », souligne-t-il.

    Les données de l’INS permettent effectivement de mesurer cette décélération. Après avoir atteint 3,4% au deuxième trimestre 2025, la croissance en glissement annuel est revenue à 2,8% au troisième trimestre, puis à 2,7% au quatrième trimestre, à 2,6% au premier trimestre 2026 et à 2,3% au deuxième trimestre. Le rythme de croissance ralentit ainsi pour le quatrième trimestre consécutif.

    Cette évolution intervient alors que, sur l’ensemble du premier semestre 2026, la croissance s’établit à 2,4%. Le budget de l’État pour 2026 repose, lui, sur une hypothèse de croissance annuelle de 3,3%.

    Des moteurs de croissance encore fragiles

    Au-delà du niveau de croissance, Aram Belhadj s’intéresse surtout à sa composition. Il met particulièrement en avant l’agriculture et la construction, tandis que le secteur de l’énergie et des mines se contracte et que les industries manufacturières restent peu dynamiques.

    L’agriculture a enregistré une progression de 5,5% de sa valeur ajoutée en glissement annuel au deuxième trimestre, avec une contribution de 0,51 point à la croissance. La construction a, de son côté, progressé de 3,6% sur un an et de 16,8% par rapport au premier trimestre 2026.

    Les services, qui apportent la contribution la plus importante à la croissance parmi les grands secteurs d’activité, ont progressé de 1,9% sur un an, avec une contribution de 1,18 point. Les hôtels, restaurants et cafés affichent notamment une hausse de 4,6%.

    La situation est moins favorable dans l’industrie. Les industries manufacturières n’ont progressé que de 0,9% en glissement annuel et ont reculé de 1,5% en variation trimestrielle. Le secteur regroupant l’énergie, les mines, l’eau, l’assainissement et le traitement des déchets a, quant à lui, enregistré une contraction de 1,7% sur un an.

    Aram Belhadj considère cette configuration comme « un indicateur très préoccupant ».

    L’économiste pointe également le rôle des échanges extérieurs. Les exportations de biens et services ont progressé de 10,4% en volume sur un an, mais les importations ont augmenté plus rapidement, de 11,2%.

    Selon lui, l’élargissement du déficit extérieur, lié à cette évolution, a affaibli une croissance qu’il juge déjà faible. Les données de l’INS montrent, pour leur part, que le solde des échanges extérieurs a apporté une contribution négative de 1,33 point à la croissance du PIB, neutralisant ainsi une partie de la contribution positive de 3,61 points de la demande intérieure.

    Un taux de chômage à 14,9%, mais 77.500 actifs de moins

    Le deuxième volet de l’analyse d’Aram Belhadj concerne le marché du travail. Le taux de chômage a légèrement reculé au deuxième trimestre 2026, passant de 15% à 14,9%. Mais pour l’économiste, cette évolution est « trompeuse ».

    « Cette amélioration du chiffre résulte naturellement du retrait de 77.500 personnes du marché du travail, tandis que le taux d’activité est tombé à 44,7% », explique-t-il.

    Les chiffres de l’INS montrent en effet que la population active est passée de près de 4,27 millions de personnes au premier trimestre à 4,19 millions au deuxième trimestre, soit une diminution de 77.500 actifs. Le taux d’activité est parallèlement passé de 45,9% à 44,7%.

    Surtout, cette contraction de la population active s’est accompagnée d’une baisse du nombre de personnes occupées. Celui-ci est passé de 3,63 millions à 3,57 millions entre les deux trimestres, soit 58.200 personnes occupées de moins.

    Le nombre de chômeurs a simultanément diminué de 19.300 personnes, de 641.700 à 622.400, permettant au taux de chômage de reculer à 14,9%. Le léger mieux affiché par cet indicateur intervient donc dans un marché du travail qui compte à la fois moins d’actifs et moins de personnes occupées.

    Aram Belhadj relève, en outre, la dégradation de la situation des diplômés de l’enseignement supérieur. Leur taux de chômage est passé de 24,2% au premier trimestre à 26,6% au deuxième trimestre, soit une hausse de 2,4 points.

    Il pointe également l’accentuation des disparités entre les hommes et les femmes. Le taux de chômage masculin a reculé à 11,8%, tandis que celui des femmes a progressé à 21,6%. Chez les diplômés de l’enseignement supérieur, l’écart est encore plus important, avec un taux de chômage de 14,2% chez les hommes contre 35,6% chez les femmes.

    Pour Aram Belhadj, les données de croissance et d’emploi doivent ainsi être lues ensemble. D’un côté, l’économie continue de croître, mais à un rythme annuel qui ralentit et avec des fragilités sectorielles persistantes. De l’autre, le taux de chômage diminue légèrement, mais dans un contexte de contraction simultanée de la population active et de l’emploi.

    « En un mot, il y a une résilience superficielle qui masque une fragilité structurelle », résume l’économiste. Il estime ainsi nécessaire de dépasser la seule lecture des indicateurs annoncés et appelle à redynamiser une économie tunisienne qu’il considère structurellement faible.

    I.N.

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    Commentaire

    1. mokhtar.elkhlifi

      Répondre
      16 août 2026 | 13h08

      MM les experts en économie, vous êtes nombreux et vos commentaires ne semblent pas être entendus, Je vous prie de vous réunir et de vous entendre sur un constat sans appel et contacter le Ministre des Finances et de l’économie pour attirer leur attention et enregistrer leurs réponses, De deux choses l’une ou ils en sont convaincus et c’est un bon signe ou non, Dans ce dernier cas ils devraient avoir le courage de laisser leurs places à d’autres

    Répondre

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