Par Sofiene Ben Hamida
En Tunisie, et partout ailleurs, les dirigeants effectuent des visites dans les régions ou même dans les administrations de leurs pays. Ces visites sont programmées et annoncées, parfois même inopinées. Quoi qu’il en soit, donc, une visite présidentielle est un événement important et un acte politique fort pour la région ou l’administration visitée. Elle est chargée de significations et de messages et accompagnée de décisions performatives.
Il faut se rendre à l’évidence, donc, que Kaïs Saïed n’a pas inventé cette forme de communication politique, même s’il la pratique à sa manière ubuesque.
Depuis toujours, des tribuns ont gouverné le monde par la parole et le contact direct avec les populations. Au cours du 20ème siècle, des dirigeants comme Nehru, Tito, Jamel Abdelnasser ou Charles de Gaulle ont réussi à enivrer les foules. Chez nous, le leader Habib Bourguiba était un maître absolu du contact direct (Al ithissal Al moubecher) et a créé à travers la communication politique un lien fort avec la population jusqu’à devenir une communion entre le peuple et son leader.
Une communication politique à la manière de Kaïs Saïed
Kaïs Saïed cherche sûrement à atteindre ce stade de communion avec son peuple. Mais il semble qu’il refuse les bains de foule quand cette foule n’est pas triée sur le volet. C’est pourquoi ses visites sont le plus souvent nocturnes à des heures impossibles. Parfois, ces visites nous renvoient des images désolantes comme sa visite à l’embouchure de l’oued Méliane à Radès. Les photos publiées montrent un paysage lunaire au centre duquel se tient un président esseulé entouré seulement de sa garde présidentielle, signe d’un pouvoir isolé.
La visite présidentielle nocturne à Gabès n’a pas dérogé à la règle même si les populations ont eu vent de cette visite et ont réussi à se rassembler et à scander leurs doléances et leurs revendications : démantèlement des unités du complexe chimique, source de la pollution mortelle dans la région.
Maintenant, le président a le choix entre répondre aux doléances des populations qu’il n’aurait pas pu ne pas entendre ou écouter ses flagorneurs qui lui demandent de persévérer dans sa politique. Ces inconditionnels du président qui, comme à leurs habitudes, se réjouissent de cette visite présidentielle (réussie). La preuve selon eux, photos à l’appui, les chaussures du président sont maculées par la poussière blanchâtre du phosphogypse. Pauvre de ce pays. Il est passé de la théorie du soulier ou des chaussettes de Moncef Marzouki, aux chaussures à talon de l’ex-première dame brondies comme un trophée ou un butin de guerre par Sihem Badi, puis aux bottes en caoutchouc de Youssef Chahed pour arriver aux souliers poussiéreux de Kaïs Saïed.
Des chaussures poussiéreuses, mais aucune décision
Sur le plan pragmatique et pratique, la visite de Kaïs Saïed à Gabès s’est terminée comme elle a commencé : sans résultats probants
D’habitude, quand un président visite une région du pays, il ne vient jamais les mains vides. Il inaugure un grand projet, met la première pierre ou marque le démarrage d’un projet tant attendu, ou annonce des décisions et des mesures importantes pour la région.
Le président Kaïs Saïed, lors de sa dernière visite à Gabès, n’a inauguré aucune réalisation. Il n’a marqué le démarrage d’aucun projet et n’a annoncé aucune décision importante pour le quotidien et l’avenir de la région. Il s’est limité à confirmer la situation écologique désastreuse dans la région sans annoncer aucune décision concrète et tranchante pour stopper la dégradation mortelle du cadre de vie de la population de Gabès. Au contraire, il a affirmé que contrairement aux revendications populaires de démanteler toutes les unités du complexe chimique, seules les « unités polluantes » seront démantelées sans donner de précisions sur les délais.
Quand on se souvient que le conseil de l’éducation, mentionné comme une institution constitutionnelle depuis août 2022, a mis quatre ans pour voir le jour, et que la Cour constitutionnelle n’est toujours pas en place, l’annonce présidentielle n’est pas obligatoirement rassurante pour la population.
La « pollution politique » comme nouvel élément de langage
À quoi donc aurait servi la dernière visite présidentielle à Gabès ? Sur le plan pratique et concret, cette visite n’a servi à rien. Sauf peut-être à mettre en place un nouvel élément de langage dans le discours présidentiel.
En vérité, ce concept de lutter contre la pollution politique lâché par le président à Gabès est très porteur. Seulement, dans le cas tunisien, pour lutter contre la pollution politique, il faut d’abord laisser la place à une vie politique.











5 commentaires
Benhassine
conseil de l’éducation
Il a mitv4 ans pour naître et sera dirigé par une personne considéré il y a qlq temps comme persona non grata
Qu’est ce qui z changé ! Vous pouvez tjrs chercher
Pour les visites
Partir les mains vides,revenir les mains vides mais à quels coûts (carburant,heurs sup….Est surtout du TEMPS précieux)
L'internaute tunisien
Désormais il fait pitié, le pays, le président, lui, il fait semblant.
Fares
Au pays des claquettes 🩴on se concentre sur une chaussure sale. Sa garde rapprochée n’a pas eu ce problème de chaussures sales aurait remarqué l’inspecteur Columbo. Je parie que cette chaussure a été « pouasiérisée » avant le départ avec la poussière des jardins du palais. Une communication politique 🤡
Hannibal
Chaussures probablement poussièrisée à la farine venant de la cuisine du palais.
Visite et formule de pollution politique préparées par une équipe de choc que le monde entier nous envie.
Triple médaille d’or pour la médiocrité, l’incompétence et le ridicule.
A l’image de la 48ème place sur 48 au dernier mondial de football.
Benhassine
Chaussure poussiéreuse
Je pense qu’on assiste a la nzissance d’une ne nouvelle tendance une mode a suivre et à sponsoriser