l aura suffi d’une publication saluant le niveau des femmes tunisiennes dans les filières scientifiques pour que certains hommes se précipitent dans les commentaires… pour leur expliquer qu’elles feraient mieux de rester à leur place.
La page Faccna a récemment relayé une information selon laquelle les Tunisiennes représentent environ 58 % des diplômés dans les filières STEM — sciences, technologie, ingénierie et mathématiques. Le chiffre n’est pas sorti de nulle part. Un classement de la Banque mondiale portant sur 114 pays et sur la période 2015-2017 plaçait effectivement la Tunisie au deuxième rang mondial, avec 58 % de femmes parmi les diplômés STEM, sur la base de données de l’Institut de statistique de l’UNESCO.
Mais sur Facebook, il n’a pas fallu longtemps pour que la réussite académique des Tunisiennes soit transformée en procès de leur comportement, de leur vie privée et, surtout, de leur place dans la société.
« Première mondiale seulement pour les « vieilles filles » et les pensions alimentaires », lance un internaute. Un autre demande : « Et quel est le taux de divorce et de « vieilles filles » ? » Un troisième, tout simplement : « À quoi leur servent leurs diplômes ? »

D’autres vont plus loin. Une publication explique que les femmes devraient plutôt étudier la psychologie, la sociologie, la philosophie ou la civilisation afin de mieux élever leurs enfants et gérer leur foyer. Les sciences, les technologies et l’ingénierie, elles, seraient des « domaines réservés aux hommes ».

Le diplôme féminin devient alors suspect. Une femme peut bien accumuler les années d’études et les compétences scientifiques sauf que certains commentateurs préfèrent encore la mesurer à l’aune du mariage, du divorce, de la maternité ou de sa tenue vestimentaire. « Elle décroche un diplôme et, après, on la retrouve dans les festivals en train de danser et de chanter sur du Cheb Khaled et du Ragheb Alama », écrit ainsi l’un d’eux, comme si fréquenter un festival suffisait à annuler un diplôme.

Un autre s’interroge : « Même si elle reste à la maison, à quoi sert une femme diplômée et instruite ? Elle ne pourra pas aller bien loin avec ses enfants. »
Un autre encore tranche : « Les mathématiques et la physique ne leur servent absolument à rien pour élever les enfants. »
Et puisque rien ne se perd sur Facebook, le débat finit aussi par passer par le « maquillage, la débauche et la futilité », les boîtes de nuit, les vêtements jugés « indécents » et les femmes qui auraient, selon certains, pris le pouvoir sur les hommes.

« La réalité montre que la Tunisie d’aujourd’hui est devenue un pays de femmes sauf pour ceux que Dieu épargne », écrit encore un internaute, avant d’ajouter que si les diplômées sont des femmes « issues de bonnes familles », elles n’ont ni travail ni emploi en Tunisie, ou que toute femme qui réussit est envoyée travailler au profit de pays étrangers. Et encore, nous avons épargné aux lecteurs les insultes, les noms d’oiseaux et autres joyeusetés qui émaillent largement les commentaires. Les quelques extraits retenus donnent déjà un aperçu assez peu glorieux de l’ambiance.
La mécanique collective misogyne se met en place. Ainsi, une information positive sur les femmes est publiée, puis une meute surgit pour la relativiser, la salir ou la ramener à ce qu’elle considère comme leur « vraie » fonction.
Une femme tunisienne diplômée en sciences et certains demandent où sont ses enfants. Une ingénieure ? À quoi lui sert son diplôme ? Une universitaire ? Et son mariage ? Une femme qui réussit ? Attention à ne surtout pas oublier de lui rappeler qu’elle doit rester une bonne épouse, une bonne mère et, accessoirement, ne pas trop sortir.
Sur Facebook, certains ont donc trouvé une autre manière de faire parler des femmes tunisiennes. Pas de leurs compétences, pas de leurs diplômes, pas de leurs carrières mais de leur place. Visiblement, pour quelques-uns, cette place est toujours la même : à la maison, loin des mathématiques et des diplômes.
R.B.H











2 commentaires
Gg
Un journaliste demandait un jour à Marie Curie : « Qu’est ce que ça fait de vivre avec un génie ? »
Elle a répondu : « Demandez à mon mari! »
Gg
Femmes, ne cédez rien.
Vous êtes 50% de l’intelligence d’un peuple, en nombre.
En qualité, sûrement bien davantage.
Le poil au menton ne change rien à cela.
Alors, ne cédez rien, « une femme est un Homme comme les autres! ».