La cheffe du gouvernement, Sarra Zaafrani Zenzri, a présidé mardi 18 août 2026, au Palais du gouvernement à La Kasbah, une réunion de travail ministérielle consacrée aux grandes orientations de la réforme du système de sécurité sociale. À l’issue de la réunion, l’exécutif a annoncé le lancement immédiat de l’élaboration des textes nécessaires à la mise en œuvre des réformes structurelles envisagées.
Présenté comme un chantier de fond, le projet vise à adapter le système de protection sociale aux évolutions démographiques, économiques et sociales, mais aussi aux transformations du marché du travail et à la diversification des parcours professionnels. Le gouvernement affirme également vouloir améliorer la qualité des prestations et élargir l’accès à la couverture sociale et sanitaire.
La réforme devrait toutefois être déployée progressivement, avec des mesures jugées urgentes, suivies de réformes à court et moyen termes, avant les transformations structurelles de plus long terme.
Un système à revoir face aux nouvelles réalités du travail
À l’ouverture de la réunion, Sarra Zaafrani Zenzri a défendu une réforme qui ne se limiterait pas à des mesures ponctuelles. Selon elle, la révision du système doit partir des réalités économiques et sociales du pays et assurer une meilleure coordination entre les différentes structures, caisses et programmes de protection sociale.
La cheffe du gouvernement a ainsi appelé à rompre avec les « solutions circonstancielles ou partielles », au profit d’une approche globale fondée sur les principes de justice sociale et d’équité. Elle a également présenté la réforme de la sécurité sociale, de la couverture sanitaire et du système de santé comme une priorité pour l’État.
Le ministre des Affaires sociales, Issam Lahmar, a pour sa part présenté un état des lieux des régimes de retraite, de sécurité sociale et de couverture sanitaire. Parmi les évolutions mises en avant figurent le vieillissement et la transformation de la structure démographique, la diversification des formes d’emploi, la progression du secteur informel et l’apparition de nouvelles professions.
Autant de mutations qui, selon le gouvernement, rendent nécessaire une adaptation des cadres juridiques, institutionnels et des services proposés aux assurés.
Informel, indépendants, agriculture : élargir une couverture jugée insuffisante
L’un des principaux volets annoncés concerne les catégories qui bénéficient encore insuffisamment de la protection sociale. Le gouvernement cite notamment les travailleurs du secteur informel, les travailleurs agricoles et de la pêche, les indépendants, mais aussi les personnes exerçant de nouveaux métiers et celles travaillant dans l’économie des plateformes.
L’objectif affiché est de développer des mécanismes de protection correspondant davantage à la nature de ces activités, tout en simplifiant les procédures d’affiliation et en rapprochant les services des bénéficiaires.
La réunion a également porté sur la nécessité d’élargir et d’améliorer la couverture sociale de manière générale.
Les régimes de retraite sont, eux aussi, appelés à évoluer. Leur révision devra tenir compte des transformations démographiques, économiques et sociales ainsi que des changements du marché du travail et de la diversité croissante des parcours professionnels.
À plus long terme, le gouvernement évoque la mise en place d’un système de protection sociale « à plusieurs piliers », censé prendre en compte les spécificités du contexte tunisien, les principes de solidarité et d’équité ainsi que la capacité contributive des assurés.
Les caisses sociales également dans le viseur
La réforme annoncée concerne aussi la gouvernance des caisses et des structures sociales. Le gouvernement entend renforcer leur transparence, les mécanismes de contrôle et l’efficacité de leur gestion.
Il prévoit notamment de moderniser les règles de gestion et de comptabilité, de renforcer les capacités institutionnelles et humaines et d’améliorer les mécanismes de planification, de suivi et d’évaluation.
Des systèmes d’alerte et de suivi doivent également être mis en place afin d’améliorer la gestion des prestations et de renforcer les capacités des structures concernées.
L’exécutif entend ainsi conforter le rôle des caisses sociales dans le dispositif de protection sociale tout en améliorant leur fonctionnement et leur gouvernance.
Santé : rapprocher les caisses, les structures de soins et les assurés
Le chantier dépasse toutefois le seul système de sécurité sociale. Le gouvernement prévoit également de revoir l’articulation entre protection sociale et système de santé.
La réforme doit notamment renforcer la coordination entre les caisses sociales, les structures sanitaires et les prestataires de soins, avec l’objectif de développer les parcours de prise en charge et d’améliorer la qualité des services médicaux et sociaux destinés aux assurés.
Le gouvernement prévoit également de revoir l’organisation de la prise en charge des médicaments et des prestations de santé, ainsi que les systèmes de suivi des médicaments et des dispositifs médicaux.
Le secteur pharmaceutique fait l’objet d’un volet spécifique. Les autorités souhaitent améliorer les mécanismes de prise en charge des médicaments spécifiques et établir des référentiels et protocoles thérapeutiques plus clairs, avec l’ambition affichée d’améliorer la qualité des soins tout en rationalisant l’utilisation des ressources.
Production locale et numérique parmi les priorités
Autre axe annoncé : le renforcement de l’industrie pharmaceutique tunisienne. Le gouvernement veut soutenir la production nationale de médicaments essentiels, de vaccins et de technologies de santé, une orientation présentée comme un moyen de consolider la sécurité sanitaire et les capacités nationales dans ce domaine.
La transformation numérique doit également occuper une place importante dans la réforme. Les autorités prévoient de moderniser les systèmes d’information et de mettre en place des dispositifs intégrés et interconnectés permettant un échange en temps réel des données entre les caisses, les structures sanitaires et les assurés.
Le chantier comprend notamment la modernisation du système d’identifiant social, la numérisation des cartes et des services de sécurité sociale, le traitement en temps réel des demandes ainsi que la poursuite de la digitalisation du dossier médical.
Des textes à préparer immédiatement, une réforme à déployer progressivement
À l’issue de la réunion, le gouvernement a décidé d’entamer immédiatement l’élaboration des textes relatifs aux réformes structurelles de la sécurité sociale.
La présidence du gouvernement affirme que le chantier s’appuie sur des évaluations, des diagnostics et des études techniques déjà réalisés. Les premières mesures jugées urgentes doivent être engagées avant les réformes à court et moyen termes, tandis que les transformations structurelles de long terme seront mises en œuvre progressivement.
Le gouvernement dit vouloir, à terme, construire un système de sécurité sociale plus inclusif, intégré et efficace, capable de s’adapter aux évolutions du marché du travail et aux besoins des assurés.
Reste désormais à voir comment ces grandes orientations se traduiront dans les textes annoncés comme devant être élaborés immédiatement, puis dans les mesures concrètes qui toucheront les caisses, les assurés et les différentes catégories de travailleurs.
S.H











5 commentaires
jamel.tazarki
Introduction : ce que chaque Tunisien devrait savoir:
I) CNRPS
1.1 CNRPS est la Caisse Nationale de Retraite et de Prévoyance Sociale
1.2 CNRPS est pour le Secteur Public (Fonctionnaires de l’État, collectivités locales, entreprises publiques).
1.3 CNRPS ses Cotisations assises sur les salaires des fonctionnaires et budgets de l’État.
1.4 CNRPS est est un Régime unique pour la fonction publique, avec des spécificités pour les militaires ou forces de l’ordre.
1.5 CNRPS Propose des prêts personnels, universitaires et immobiliers directs à ses affiliés.
II) CNSS
2.1 CNSS Caisse Nationale de Sécurité Sociale
2.2 CNSS Secteur Privé (Salariés d’entreprises privées, professions libérales, indépendants, agriculteurs).
2.3 CNSS Cotisations assises sur les salaires du privé (part patronale et part salariale).
2.4 CNSS Multiples régimes adaptés (Régime général, indépendants, artistes, pêcheurs, ouvriers agricoles).
2.5 CNSS Offre des prestations similaires mais sous des conditions et budgets différents du secteur privé.
jamel.tazarki
III) Le point commun la CNAM:
– CNRPS et CNSS ne gèrent plus directement l’assurance maladie. Elles collectent les cotisations de santé et les reversent à une troisième caisse unique : la CNAM (Caisse Nationale d’Assurance Maladie). C’est la CNAM qui rembourse les soins médicaux et gère les carnets de soins (filière publique, privée ou remboursement), que vous soyez dans le public (CNRPS) ou dans le privé (CNSS).
– Il est important de ne pas confondre le rôle de la CNSS avec celui de la CNAM (Caisse Nationale d’Assurance Maladie).La CNSS gère l’argent, les revenus (retraites, allocations, indemnités de congé).La CNAM utilise une partie des cotisations collectées pour gérer la prise en charge des soins médicaux, des médicaments et des hospitalisations
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– La CNAM (Caisse Nationale d’Assurance Maladie) est une caisse unique qui couvre à la fois le secteur public et le secteur privé en Tunisie
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– Depuis la réforme de 2004, la CNSS (secteur privé) et la CNRPS (secteur public) lui ont transféré la gestion exclusive de la branche santé.
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– La CNAM unifie la couverture médicale pour:
1) Le secteur public : Fonctionnaires de l’État, agents des collectivités locales et des entreprises publiques.
2) Le secteur privé : Salariés d’entreprises, professions libérales, commerçants, artisans et agriculteurs.
3) Les pensionnés : Tous les retraités des deux secteurs.
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– Même si la CNAM est la même pour tout le monde, votre caisse d’origine (CNSS ou CNRPS) conserve deux rôles:
1) Le prélèvement : C’est elle qui retient la cotisation santé sur votre salaire ou votre pension pour la reverser à la CNAM.
2) L’immatriculation : Votre numéro d’assuré social reste géré par la CNSS ou la CNRPS.
IV) Les 3 filières de soins (communes aux deux secteurs) –> Que vous soyez dans le public ou dans le privé, vous devez choisir le même type de prise en charge lors de votre inscription à la CNAM:
1) Filière publique (Carnet Bleu) : Accès gratuit ou à tarif réduit aux hôpitaux publics et structures de santé étatiques.
2) Filière privée (Carnet Jaune / Médecin de famille) : Consultation d’un médecin de famille choisi à l’avance dans le privé, avec paiement du ticket modérateur uniquement.
3) Filière remboursement (Carnet Vert) : Vous payez l’intégralité des soins (médecins, pharmaciens) dans le privé, puis vous envoyez vos bulletins à la CNAM pour vous faire rembourser selon un barème officiel.
V) Des Faits:
A) CNRPS (Public) : Son déficit devrait atteindre 1,13 milliard de dinars en 2025. Elle souffre d’un déséquilibre démographique critique : moins de deux cotisants pour un retraité, alors qu’il en faudrait trois pour atteindre l’équilibre.
B) CNSS (Privé) : Son déficit est encore plus profond, avec plus de 1,4 milliard de dinars attendus en 2025. Le secteur privé est massivement touché par le chômage et le travail informel, ce qui limite les cotisations.
C) Le chômage est le « péché originel » qui assèche les caisses –> Sans cotisants, même la meilleure organisation administrative ne peut pas inventer d’argent:
c1) Le chômage (environ 16 % au niveau national fin 2025, mais bien plus élevé chez les diplômés) crée un manque à gagner colossal pour la CNSS et la CNRPS.
c1.1) Le cercle vicieux : Moins d’emplois signifie moins de cotisations. Pour compenser, l’État a dû instaurer dans la Loi de Finances 2026 de nouvelles taxes (redevances sur les bénéfices des banques à 4 %, sur le tabac, et même sur les tickets de caisse des grands magasins) pour tenter de renflouer les caisses sans augmenter les charges sur les salaires déjà fragiles.
c1.2) Lutte contre l’informel : Le chômage pousse aussi vers le secteur informel (environ 40 % de l’économie), où personne ne cotise. Le gouvernement tente de réintégrer ces travailleurs via des amnisties sociales ou des incitations à l’auto-entrepreneuriat prévues pour 2026
c2) Impact critique sur la santé (CNAM), en effet le chômage tue le financement de la santé. Bien que la CNAM affiche un excédent théorique (+760 millions de dinars prévus en 2025), elle est en crise de liquidité réelle.
c2.1) Pourquoi ? Parce que ses fonds servent à payer les retraites des caisses déficitaires (CNRPS/CNSS). Résultat : les délais de remboursement pour les assurés sont passés de 21 jours à parfois plus de 6 mois.
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c2.2) Conséquence pour le citoyen : Le chômage réduit le pouvoir d’achat, et les retards de la CNAM obligent les Tunisiens à payer de leur poche (23 % du budget familial moyen est désormais consacré à la santé), créant une barrière d’accès aux soins pour les plus fragiles
–> Les réformes restent inefficaces tant que le taux de chômage est trop fort.
jamel.tazarki
D) La CNAM, « banquier » malgré elle de la CNSS et de la CNRPS: d’après C2.1, l’excédent de la CNAM est purement comptable. Dans la réalité, le système tunisien utilise un compte unique auprès de la Banque Centrale. La CNAM ne dispose pas de son argent de manière autonome : ses liquidités sont ponctionnées pour verser les pensions de retraite de la CNRPS et de la CNSS afin d’éviter une crise sociale majeure. Cela explique pourquoi les hôpitaux publics et les pharmaciens (via la rupture de la convention avec la CNAM) peinent à être payés.
E) Le défi de la Loi de Finances 2026 : Fiscaliser le financement: Le point c1.1 ci-dessus sur la Loi de Finances 2026 est crucial. Jusqu’ici, le modèle tunisien reposait sur le modèle « bismarckien » (le travail finance le social via les cotisations). Face à la baisse du nombre de cotisants, l’État bascule vers un modèle « beveridgien » ou fiscalisé. Les taxes sur le tabac, les banques ou la grande distribution tentent de déconnecter le financement de la protection sociale du seul marché de l’emploi formel.
F) 3. Le statut de l’auto-entrepreneur face à l’informel: Le plan de relance de l’auto-entrepreneuriat (point c1.1) est la clé pour intégrer les 40% de l’économie informelle. L’enjeu pour la CNSS est de proposer des cotisations très faibles au départ pour inciter les jeunes chômeurs et travailleurs indépendants à s’enregistrer, espérant ainsi élargir la base des cotisants à moyen terme.
G) Les scénarios de réforme de l’âge de la retraite –> Face au pseudo déséquilibre, le recul de l’âge de la retraite est au centre des discussions pour 2026m et s’articule autour de deux axes :
g1) Pour la CNRPS (Secteur public) : Après le passage généralisé à 62 ans (et 65 ans sur option), l’État envisage d’harmoniser les régimes d’ici fin 2026. L’objectif est de repousser l’âge légal pour certaines catégories professionnelles encore maintenues à des départs précoces, afin de stabiliser le ratio cotisants/retraités.
g2) Pour la CNSS (Secteur privé) : Le relèvement de l’âge de départ à 62 ans (actuellement fixé à 60 ans pour le régime général) est au cœur des négociations entre le gouvernement et les partenaires sociaux. Cette mesure vise à réduire immédiatement le déficit de 1,4 milliard de dinars prévu pour la CNSS.
H) C’est une absurdité de prétendre que c’est en particulier le déséquilibre démographique qui est à l’origine des problèmes financiers des caisses de retraite! D’un point de vue d’optimisation mathématique, la solution la plus efficace à court terme serait de réduire le chômage, ou du moins d’en enrayer la progression. Il est actuellement à 16 %, voire même à plus de 20 %. Toute autre solution ne serait que de l’actionnisme qui ne rapporterait rien à court terme. Repousser l’âge de la retraite à 62 ans n’est qu’une mesure cosmétique inefficace tant que le chômage progresse.
h1) Lorsque le chômage est à 16 % (et dépasse les 20 % chez les jeunes diplômés), repousser l’âge de la retraite de 60 à 62 ans sans créer d’emplois engendre des effets de rétroaction négative (effets secondaires) qui annulent le gain théorique :
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h1.1) L’effet de blocage sur l’insertion : Maintenir les seniors deux ans de plus en activité réduit mécaniquement les opportunités d’embauche pour les nouveaux entrants sur le marché du travail. Mathématiquement, on déplace le coût financier de la caisse de retraite (CNSS/CNRPS) vers le budget de l’État ou vers l’économie informelle.
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h1.2) Le transfert de branches : L’allongement de la durée de carrière chez des travailleurs seniors augmente statistiquement le recours aux indemnités de maladie de longue durée, aux pensions d’invalidité ou aux licenciements économiques (chômage technique). Les dépenses se déplacent d’une ligne budgétaire à une autre au sein des caisses.
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h1.3) L’absence de gains immédiats : Le relèvement de l’âge n’augmente pas la masse salariale active ; il stabilise temporairement le volume des cotisants actuels tout en appauvrissant les perspectives de croissance de la base cotisante future.
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h1.4) L’élasticité des recettes face au chômage et à l’informel: Pour une caisse de retraite, la réduction du chômage de 1 ou 2 points de pourcentage a un impact financier bien plus puissant à court terme que le décalage de l’âge de départ. Chaque chômeur réintégré dans le secteur formel génère immédiatement une double variation positive :
h1.4.1) Une nouvelle entrée de cash-flow (cotisation patronale + salariale, soit environ 26,25 % du salaire brut).
h1.4.2) Une augmentation de la consommation, qui génère de la TVA et alimente les nouvelles taxes de la Loi de Finances destinées à renflouer la protection sociale.
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h1.5) sans une politique macroéconomique capable de créer de l’emploi formel, le relèvement de l’âge de la retraite ne résout pas l’équation financière. Il ne fait que repousser le moment où les caisses se retrouveront à court de liquidités.
I) Simulation mathématique : Baisse du chômage vs Report de l’âge –> Pour comprendre l’efficacité réelle de ces deux leviers, on peut modéliser l’impact financier direct sur les caisses (CNSS et CNRPS) à partir des données économiques tunisiennes actuelles.
i.1) Scénario de la Baisse de 1 % du taux de chômage (Intégration dans le secteur formel)
i.1.1) Mécanisme : Environ 40 000 chômeurs retrouvent un emploi déclaré (sur une population active d’environ 4 millions de personnes).
– Gain immédiat (Recettes) : Chaque nouvel emploi génère environ 26,25 % de cotisations sur le salaire brut (part patronale + salariale). Sur la base d’un salaire moyen estimé, cela injecte instantanément du cash-flow frais dans les caisses.
i.1.2) Effet multiplicateur : Ces nouveaux salariés consomment, augmentant les recettes fiscales de l’État (TVA), ce qui allège la pression sur les subventions publiques accordées aux caisses.
– Résultat : Une baisse de 1 % du chômage apporte un gain financier linéaire, stable et durable, sans créer de nouvelles dettes sociales.
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i.2) Scénario du Report de 1 an de l’âge de la retraite:
i.2.1) Mécanisme : On bloque la sortie d’une génération de travailleurs (environ 50 000 à 60 000 personnes par an pour le secteur privé et public confondus).
i.2.2) Gain théorique (Économie de court terme) : La caisse économise une année de versement de pensions pour cette génération et continue de percevoir leurs cotisations.
i.2.3) L’effet de rétroaction négative (Le biais de la simulation) : En bloquant ces postes pendant un an, l’économie tunisienne — qui détruit des emplois ou n’en crée pas assez — empêche l’entrée de 50 000 jeunes diplômés. Le taux de chômage des jeunes (déjà supérieur à 20 %) augmente mécaniquement.
– Résultat : Le gain comptable immédiat sur la ligne « pensions » est annulé par le manque à gagner sur la ligne « cotisations des nouveaux entrants ». Le déficit global est simplement déplacé dans le temps.
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i.3) Conclusion de la simulation : D’un point de vue purement actuariel, la réduction du chômage a une efficacité mathématique supérieure, car elle élargit la base de la pyramide, tandis que le report de l’âge ne fait que figer une structure déjà déséquilibrée
jamel.tazarki
J) La fiscalisation de l’économie informelle –> L’économie informelle en Tunisie représente environ 40 % du PIB. C’est un immense réservoir de cotisations non collectées. Pour capter cette ressource sans passer par les cotisations salariales classiques, l’État applique une stratégie de « fiscalisation » via la Loi de Finances.
j1) Les mécanismes de captation indirecte –> Puisqu’il est difficile de forcer les travailleurs informels à s’immatriculer immédiatement à la CNSS, l’État taxe la consommation et les circuits financiers où cet argent informel finit par être dépensé :
j1.1) Taxation des transactions : Les redevances sur les tickets de caisse des grands magasins et les taxes sur les bénéfices des banques (portées à 4 %) permettent de capter la valeur là où elle se formalise.
j2.2) Taxes sur la consommation de masse : L’augmentation des taxes sur le tabac ou les produits importés non essentiels permet de renflouer indirectement les caisses de l’État, qui peut ensuite subventionner la CNRPS et la CNSS.
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j2) Les limites de cette stratégie
j2.1) L’inflation et le pouvoir d’achat : Ces taxes indirectes augmentent le coût de la vie pour l’ensemble des Tunisiens, y compris pour les salariés du secteur formel qui paient déjà leurs cotisations. C’est le phénomène de la « double peine ».
j2.2) L’absence de droits pour le travailleur : Taxer l’informel par la fiscalité remplit les caisses de l’État, mais cela ne donne aucun droit social au travailleur informel (pas de carnet de soins CNAM, pas de points de retraite). Cela ne résout donc pas le problème de la précarité à long terme.
K) Le statut de l’auto-entrepreneur –> Le statut de l’auto-entrepreneur, déployé à grande échelle, vise à intégrer une partie des 40 % de l’économie informelle en abaissant la barrière à l’entrée du système social.
k1) Le fonctionnement du modèle dégressif –> Pour inciter un travailleur informel (artisan, commerçant ambulant, développeur freelance) à déclarer ses revenus, l’État a rompu avec le modèle classique des cotisations forfaitaires élevées. Le dispositif repose sur une cotisation unique simplifiée:
k1.1) Fiscalité et couverture sociale fusionnées : L’auto-entrepreneur paie un pourcentage unique et très faible de son chiffre d’affaires déclaré.
k1.2) L’intégration CNSS/CNAM : Ce versement minimal lui ouvre immédiatement des droits à la couverture maladie (CNAM) et valide ses trimestres de retraite (CNSS).
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k2) L’analyse d’impact : Gain réel ou subvention déguisée ? –> D’un point de vue d’optimisation des flux, ce statut présente un double tranchant :
k2.1) À court terme (Effet d’aubaine et trésorerie) : Il permet de créer une entrée de cash-flow immédiate pour la CNSS grâce à la masse de nouvelles adhésions. Même si la cotisation par individu est faible, la multiplication par des dizaines de milliers de nouveaux adhérents élargit la base de la pyramide.
k2.2) À long terme (Le risque de déséquilibre) : Si les cotisations des auto-entrepreneurs sont structurellement trop faibles par rapport aux prestations qu’ils consomment (notamment les soins CNAM), ce statut se transforme en déficit technique. Le système commence alors à subventionner de nouveaux droits sans contrepartie financière suffisante.
L) La crise de liquidité de la CNAM et l’asphyxie des hôpitaux publics –> Comme établi précédemment, l’excédent comptable de la CNAM est absorbé pour combler les déficits de paiement des retraites de la CNSS et de la CNRPS. Cette ponction de liquidités crée un effet domino dévastateur sur le système de santé public.
l1) Le mécanisme de l’asphyxie financière –> Le circuit de la crise suit une logique comptable implacable:
Déficit CNRPS/CNSS ==>
==> [Trésorerie de la CNAM ponctionnée]
==> [Retards de paiement de la CNAM aux Hôpitaux & Pharmacies] (6 mois +)
==> [Dette des Hôpitaux envers la Pharmacie Centrale (PCT)]
==> [Rupture de stock de médicaments et dégradation des soins]
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l2) Les conséquences structurelles
l2.1) La dette de la Pharmacie Centrale : Les hôpitaux publics, n’étant plus remboursés à temps par la CNAM, accumulent des dettes colossales auprès de la Pharmacie Centrale de Tunisie (PCT). Ne pouvant plus payer les fournisseurs internationaux, la PCT fait face à des pénuries chroniques de médicaments essentiels.
l2.2) Le transfert de charge vers le citoyen : Face à la dégradation des hôpitaux publics (filière publique – Carnet Bleu), les assurés sociaux sont contraints de se tourner vers les cliniques et médecins privés. Ils basculent de fait vers la filière remboursement, ce qui augmente le volume des demandes de remboursement que la CNAM mettra des mois à honorer.
jamel.tazarki
M) Conclusion générale de l’analyse
m1) toutes les réformes paramétriques (âge de la retraite, taxes indirectes, amnisties) ne sont que des palliatifs face au problème central du chômage et de l’informel.
m2) Tant que l’économie tunisienne ne créera pas d’emplois à forte valeur ajoutée dans le secteur formel pour absorber la population active, le système de protection sociale restera sous perfusion fiscale permanente, dégradant au passage la qualité des soins de santé et le pouvoir d’achat des citoyens.
N) Les projections budgétaires finales de la Loi de Finances pour l’année en cours :
n1) Les projections budgétaires finales de la Loi de Finances de Tunisie s’établissent à un montant global de 79 624 millions de dinars (MD), marquant une hausse de 3,9 % par rapport à l’exercice précédent.]
n2) Ce budget s’articule autour d’une équation financière fortement sous tension, marquée par un recours accru au financement intérieur pour combler le déficit et honorer le service de la dette.
n3) L’Équilibre Global du Budget –> L’architecture financière repose sur un écart structurel important entre les ressources propres de l’État et ses dépenses effectives:
n3.1)Ressources budgétaires totales : 52 560 MD (en hausse de 7,1 %).
n3.2) Charges budgétaires totales : 63 575 MD (en hausse de 6,3 %).
n3.3) Déficit budgétaire net : 11 015 MD (soit environ 5,37 % à 5,7 % du PIB).
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n4) La Ventilation des Dépenses publiques –> La structure des dépenses de l’État reflète la rigidité des charges de fonctionnement face aux marges d’investissement : [1]
n4.1) Masse salariale : 25 267 MD, soit près de 40 % du budget total des dépenses, restant le principal poste de coût de l’État. [1]
n4.2) Dépenses d’intervention : 19 835 MD (32 % du budget), ce qui inclut notamment l’enveloppe dédiée aux subventions (9 772 MD) pour les produits de base, le carburant et le transport. [1]
n4.3) Déficit des caisses sociales : Les dotations et mécanismes de compensation pour éponger les dettes de la CNSS et de la CNRPS pèsent indirectement sur la catégorie des dépenses d’intervention.
n4.4) Investissement public : Limité à 6 463 MD (environ 10 % du budget global), ce qui restreint la capacité de relance économique par les grands travaux.
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n5) Structure des Recettes : Une « Fiscalisation » Maximale –> Pour financer ses dépenses sans étouffer l’économie par une hausse généralisée des taux d’imposition, l’État s’appuie sur une concentration des recettes :
n5.1) Recettes fiscales : 47 773 MD, représentant 82 % à 90,9 % de l’ensemble des ressources de l’État. La pression fiscale reste l’une des plus fortes de la région (environ 34 % du PIB).
n5.2) Recettes non fiscales : 4 437 MD (dividendes des entreprises publiques, redevances).
n5.3) Dons extérieurs : 350 MD
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n6) Le Schéma de Financement et le Rôle de la Banque Centrale –> Pour couvrir le déficit de 11 milliards et rembourser la dette publique arrivant à échéance, la Tunisie doit mobiliser 27 milliards de dinars en ressources de trésorerie. Le schéma de financement montre un pivot historique vers les ressources locales :
n6.1) Emprunts intérieurs (Marché local) : 19 milliards de dinars (émissions de Bons du Trésor, syndications bancaires locales).
n6.2) Emprunts extérieurs : Limités à 6,8 milliards de dinars, en raison de l’accès restreint aux marchés financiers internationaux.
n6.3) Facilités de la Banque Centrale (BCT) : L’État est légalement autorisé à solliciter directement la BCT pour l’octroi de facilités de financement à hauteur de 11 milliards de dinars (remboursables sans intérêts sur 15 ans), permettant d’injecter directement des liquidités dans la Trésorerie Générale pour assurer la continuité des paiements (salaires, retraites et subventions).
O) Échéances restantes de la dette extérieure pour 2026
o1) Le calendrier pour les prochains mois est principalement constitué de dettes bilatérales et multilatérales fractionnées en tranches, jugées plus soutenables par la Banque Centrale :
o1.1) Août 2026 : Remboursement de la deuxième tranche d’un prêt d’assistance financière accordé par l’Arabie saoudite, s’élevant à 40 millions de dollars. []
o1.2) Septembre 2026 : Règlement de la troisième tranche du crédit d’appui de la banque africaine Afreximbank, pour une valeur de 105,7 millions de dollars. []
o1.3) Mensuel (Fin 2026) : Remboursements réguliers par tranches successives auprès du Fonds Monétaire International (FMI). Ces versements sont liés au titre du Mécanisme élargi de crédit (2016-2019), représentant environ 26 millions de dollars par échéance programmée.
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o2) Structure de la dette globale :
o2.1) 2019 : 70% Extérieure et 30% Intérieure.
o2.2) 2026 : 40% Extérieure 60% Intérieure.
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o3) Un basculement structurel vers la dette intérieure:
o3.1) L’absence d’accès aux marchés internationaux pousse l’État à recourir de manière agressive au marché financier intérieur. Sur l’enveloppe totale du service de la dette (23,05 milliards de dinars), 13,54 milliards sont désormais des emprunts purement internes souscrits auprès des banques tunisiennes.
o3.2) Pour l’avenir proche, la soutenabilité financière dépend de la capacité de l’économie formelle à générer des revenus réels (tourisme, exportations de phosphates) afin de ne pas totalement asphyxier les liquidités du secteur bancaire local.