Les investissements industriels déclarés repartent à la hausse au premier semestre 2026. Mais derrière cette amélioration se dessine une réalité nettement plus contrastée : les montants déclarés dépassent à peine ceux enregistrés quatre ans auparavant, alors que 2022 constituait déjà un point particulièrement bas, avec une chute de près de 60% en deux ans. Dans le même temps, le nombre de projets continue de reculer, les créations se contractent, plusieurs branches industrielles décrochent et le déficit commercial du secteur se creuse. Les bons résultats des déclarations dans le régime totalement exportateur, des investissements à participation étrangère et des zones de développement régional viennent toutefois tempérer ce tableau.
C’est ce qui ressort de la synthèse du Bulletin de conjoncture de juin 2026, récemment publiée par l’Agence de promotion de l’industrie et de l’innovation (APII), qui dresse le bilan des déclarations enregistrées durant les six premiers mois de l’année.
Une hausse sur un an qui résiste mal à la comparaison avec 2022
Pris isolément, l’indicateur global est positif. Au premier semestre 2026, les investissements industriels déclarés atteignent près de 1,06 milliard de dinars, contre 955,1 millions de dinars durant la même période de 2025, soit une progression de 10,8%. Les emplois potentiels augmentent parallèlement de 45,1%, passant de 15.564 à 22.582 postes.
Le nombre de projets raconte cependant une autre histoire. Seulement 1.141 projets industriels ont été déclarés durant les six premiers mois de 2026, contre 1.443 un an auparavant. La baisse atteint 20,9%, alors même que les montants d’investissements déclarés progressent.
La comparaison avec 2022 relativise davantage encore le rebond actuel. Au premier semestre 2022, les investissements industriels déclarés s’élevaient à environ 1,04 milliard de dinars. À l’époque, ce montant représentait déjà une chute de près de 60% en deux ans, les investissements déclarés ayant atteint 1,66 milliard de dinars au premier semestre 2020.
Quatre ans plus tard, les investissements industriels déclarés s’établissent à 1,06 milliard de dinars. Le gain se limite donc à 16,2 millions de dinars, soit seulement 1,6% en quatre ans. En valeur, le montant des investissements industriels déclarés se retrouve ainsi pratiquement au même niveau qu’au premier semestre 2022, alors que 2022 constituait déjà un point bas.
La comparaison est encore moins favorable en nombre de projets. Ils étaient 1.535 au premier semestre 2022, contre 1.141 au premier semestre 2026. Cela représente 394 projets de moins, soit une contraction de 25,7% en quatre ans. Quant aux emplois potentiels, ils restent légèrement sous leur niveau de 2022 : 22.582 actuellement contre 23.495 à l’époque, soit -3,9%.
Les créations de nouveaux projets confirment cette fragilité. Les investissements déclarés dans le cadre des projets de création progressent certes de 18,9%, de 417,5 à 496,2 millions de dinars. Mais leur nombre chute simultanément de 29,5%, de 1.168 à 823, et les emplois potentiels associés reculent de 25,3%, à 7.112 postes. Ainsi, des montants d’investissement plus importants sont déclarés pour des créations, mais ils concernent un nombre nettement plus réduit de projets.
Les difficultés sont également visibles dans plusieurs branches. Les investissements déclarés dans les industries des matériaux de construction, de la céramique et du verre (IMCCV) plongent de 65,9%, à 33,1 millions de dinars. Ceux des industries du cuir et de la chaussure reculent de 52%, ceux des industries chimiques de 49,9% et ceux du textile-habillement de 49,2%.
Et le recul ne concerne pas seulement les montants. Le nombre de projets diminue dans toutes les grandes branches industrielles : -40,4% dans les IMCCV, -34% dans les industries chimiques, -28,8% dans le textile-habillement, -23% dans les industries mécaniques et électriques ou encore -11,4% dans l’agroalimentaire.
Autre contraste : les investissements déclarés par les industries ne relevant pas du régime totalement exportateur reculent de 9,7%, de 670,3 à 605,3 millions de dinars.
Les services n’échappent pas au recul des projets
Le même décalage entre montants d’investissements déclarés et nombre de projets apparaît dans les activités de services. Les investissements déclarés atteignent 523,4 millions de dinars au premier semestre 2026, contre 506,8 millions de dinars un an auparavant. La progression reste modeste, à 3,3%.
Dans le même temps, le nombre de projets chute de 26,9%, de 5.134 à 3.754, et les emplois potentiels diminuent de 19,1%, passant de 15.004 à 12.131. Là encore, la hausse des montants déclarés s’accompagne donc d’une baisse du nombre de projets et des emplois potentiels.
Les services connexes à l’industrie basculent, eux, entièrement dans le rouge. Les investissements déclarés reculent de 5,3%, de 100,8 à 95,5 millions de dinars. Le nombre de projets baisse de 27,9%, à 1.990, et les emplois potentiels de 17,1%, à 4.956.
Le commerce extérieur industriel apporte un autre élément de fragilité. Les exportations progressent de 7,6%, de 29,48 à 31,72 milliards de dinars. Mais les importations augmentent plus rapidement encore, de 11,3%, pour atteindre 35,66 milliards de dinars. Le déficit commercial du secteur industriel passe ainsi de 2,55 milliards de dinars au premier semestre 2025 à 3,94 milliards au premier semestre 2026, soit une dégradation de près de 1,4 milliard de dinars en un an.
Cette évolution globale masque là encore de fortes disparités sectorielles. Les exportations agroalimentaires progressent de 32,8%, à 4,52 milliards de dinars, et celles des industries mécaniques et électriques de 9,1%, à 16,76 milliards. À l’inverse, les exportations des industries chimiques reculent de 13,1%, celles des IMCCV de 8,7%, celles du cuir et de la chaussure de 3,7% et celles du textile-habillement de 3,4%.
L’export, les capitaux étrangers et les régions portent les indicateurs positifs
Le tableau n’est toutefois pas uniformément négatif. Certains segments affichent même des progressions particulièrement importantes et expliquent en partie la hausse globale des investissements industriels déclarés.
Les industries agroalimentaires enregistrent ainsi 475,1 millions de dinars d’investissements déclarés, en progression de 35,9%, tandis que les industries mécaniques et électriques atteignent 308,3 millions de dinars, en hausse de 31%. Les industries diverses progressent encore davantage, de 51,1%, à 156,2 millions de dinars.
Mais c’est surtout du côté des industries totalement exportatrices que se concentre la dynamique. Leurs investissements déclarés passent de 284,8 à 452,6 millions de dinars, soit +58,9%. Le nombre de projets bondit de 87 à 236 (+171,3%) et les emplois potentiels de 2.859 à 15.817 (+453,2%). Les emplois potentiels associés aux projets totalement exportateurs représentent ainsi environ 70% de l’ensemble des emplois industriels déclarés au premier semestre 2026.
Cette poussée contraste directement avec le recul de 9,7% des investissements déclarés par les industries ne relevant pas du régime totalement exportateur. La hausse globale des montants déclarés dans l’industrie apparaît donc très inégalement répartie selon l’orientation des entreprises.
Les investissements industriels à participation étrangère affichent également une progression importante en valeur. Les montants déclarés atteignent 274,1 millions de dinars, contre 203,5 millions de dinars un an auparavant, soit +34,7%. Mais, là encore, les montants progressent alors que le nombre de projets diminue légèrement, de 179 à 168.
Les investissements tunisiens déclarés restent néanmoins largement majoritaires avec 783,8 millions de dinars, en hausse de 4,3%. Les emplois potentiels associés progressent de 29,6%, à 13.738.
Autre moteur : les zones de développement régional. Les investissements déclarés y bondissent de 74,9%, de 325,7 à 569,7 millions de dinars. Mais cette forte progression des montants s’accompagne, une nouvelle fois, d’une diminution du nombre de projets, de 393 à 363 (-7,6%). Les emplois augmentent, pour leur part, de 15,8%, à 4.829.
Même constat dans les services : les activités totalement exportatrices se distinguent nettement du reste. Les investissements déclarés dans cette catégorie atteignent 47 millions de dinars, contre seulement 2,9 millions de dinars un an auparavant. Le nombre de projets passe de 188 à 481 et les emplois potentiels de 427 à 1.739. À l’inverse, les autres activités de services voient leurs investissements déclarés reculer de 5,5%, leurs projets de 33,8% et leurs emplois de 28,7%.
Les investissements à participation étrangère dans les services progressent eux aussi en valeur, de 59,4%, à 65,5 millions de dinars. Cette hausse s’accompagne cependant d’une diminution de 17,8% du nombre de projets concernés et de 10,7% des emplois potentiels, passés de 2.514 à 2.245.
Les performances enregistrées dans les activités totalement exportatrices, les investissements à participation étrangère et les zones de développement régional permettent ainsi de redresser plusieurs indicateurs au premier semestre 2026. Elles ne suffisent toutefois pas à effacer le constat de fond : quatre ans après le décrochage de 2022, les montants d’investissements industriels déclarés font quasiment du surplace, tandis que le nombre de projets industriels déclarés a reculé de plus d’un quart.
I.N.










