Les sociétés communautaires ont beau tarder à devenir le moteur de développement économique promis par le pouvoir, elles continuent de bénéficier d’une attention particulière de la part des autorités. Mardi 18 août 2026, le ministre de la Jeunesse et des Sports, Sadok Mourali, a ainsi consacré une réunion de travail à la société communautaire régionale « Rospina », à Monastir.
La réunion, tenue au ministère en présence de plusieurs hauts cadres, dont la cheffe de cabinet, avait pour objectif d’examiner les moyens d’accompagner la société dans son projet et, surtout, de l’aider à surmonter les obstacles qui empêchent encore son démarrage.
Le communiqué ministériel présente « Rospina » sous les meilleurs auspices. La société ambitionne de créer, dans la zone de Skanès, un complexe regroupant installations sportives, espaces de formation et d’éducation, loisirs, piscine, club d’équitation, restaurant, café familial, hébergement et espace destiné aux personnes à besoins spécifiques. Le projet devrait, selon les estimations communiquées, générer une centaine d’emplois directs, en plus des emplois indirects.
Jusque-là, rien de très surprenant dans la présentation d’un projet économique. Ce qui l’est davantage, c’est le statut presque exemplaire que le communiqué continue d’attribuer à cette expérience. « Rospina » est ainsi présentée comme la première société communautaire tunisienne dans ce domaine et comme une future « expérience à suivre » en matière d’investissement social solidaire.
Une priorité présidentielle toujours sous perfusion
Depuis leur lancement, les sociétés communautaires occupent une place particulière dans le récit économique porté par le président Kaïs Saïed. Présentées comme un instrument de développement régional, de création d’emplois et de participation citoyenne à l’économie, elles ont bénéficié d’un arsenal de mesures destinées à faciliter leur constitution et leur fonctionnement.
Le pouvoir leur a également attribué une ambition considérable : contribuer à transformer les régions, corriger les inégalités de développement et, plus largement, participer au redressement de l’économie nationale.
Quelques années plus tard, le discours demeure, mais les résultats peinent à suivre la promesse.
Le cas de « Rospina » en fournit d’ailleurs une illustration assez parlante. Malgré l’importance accordée au projet, la société doit encore régler des problèmes fonciers, finaliser des procédures juridiques et obtenir les autorisations nécessaires au lancement de son activité.
Le ministre a donc promis de suivre le dossier, de soutenir la société et de contribuer à débloquer les difficultés administratives et foncières. Une attention institutionnelle qui tranche avec le quotidien beaucoup moins privilégié de nombre d’entreprises tunisiennes, notamment les petites et moyennes entreprises qui constituent pourtant l’essentiel du tissu économique.
Des sociétés communautaires, encore et toujours
Le communiqué insiste sur la nécessité d’accélérer les procédures afin de permettre à « Rospina » de démarrer son activité. Il ne manque pas, non plus, de reprendre le vocabulaire désormais consacré autour des sociétés communautaires : « travail collectif participatif », « justice du développement », « solidarité », « initiative » et « économie locale ».
Le gouvernement continue donc de porter le projet présidentiel, même lorsque celui-ci peine à démontrer sa capacité à devenir le nouveau moteur économique annoncé.
Et pendant que les sociétés communautaires sont régulièrement présentées comme les instruments d’un nouveau modèle de développement, les entreprises privées existantes doivent, elles, continuer à composer avec les difficultés de financement, les charges, la bureaucratie et un environnement économique de plus en plus contraignant.
Il ne s’agit évidemment pas de nier à « Rospina » le droit d’exister ou de juger par avance son projet. Mais le choix de lui consacrer une réunion ministérielle, avec tout le décorum institutionnel qui l’accompagne, dit quelque chose de la place que le pouvoir entend toujours réserver à ces structures.
À défaut d’avoir encore sauvé l’économie nationale, les sociétés communautaires ont au moins conservé une chose, une place de choix dans la communication officielle.
R.B.H










