L’Ordre national des avocats de Tunisie (Onat) a exprimé, vendredi 21 août 2026, sa « profonde préoccupation » face à la situation de l’ancien bâtonnier Chawki Tabib, actuellement détenu à la prison de Belli. L’Ordre dénonce les restrictions et les « violations » qui portent atteinte aux droits fondamentaux de l’avocat et appelle à la fin de sa grève de la faim.
Dans un communiqué publié vendredi, le Conseil de l’Onat indique suivre « avec une grande préoccupation » la situation de Chawki Tabib, qui fait l’objet de poursuites judiciaires et de restrictions dans le cadre de la procédure engagée à son encontre.
L’ancien bâtonnier a entamé depuis dix jours une grève de la faim, mais également cessé de prendre ses médicaments. Une situation que l’Onat juge particulièrement préoccupante au regard de son état de santé et des maladies chroniques dont il souffre.
Le communiqué intervient après une visite effectuée par le membre du Conseil de l’Ordre et trésorier, Imed Hermassi, accompagné de l’avocat Adel Massoudi, à la prison où Chawki Tabib est détenu. Les deux avocats ont pu s’entretenir avec lui et constater sa situation.
Des soins prescrits mais toujours pas accessibles
L’Onat dénonce notamment le maintien de restrictions imposées à Chawki Tabib, en particulier celles liées à sa prise en charge médicale. L’Ordre affirme que l’ancien bâtonnier souffre de plusieurs maladies chroniques nécessitant un traitement et un suivi médical réguliers.
Selon le communiqué, une ordonnance médicale prescrite par un médecin spécialiste avait été transmise afin de permettre à Chawki Tabib de recevoir les soins nécessaires. Les services pénitentiaires auraient toutefois refusé de l’accepter, invoquant des considérations procédurales.
L’Ordre affirme que cette situation perdure alors même que la famille de Chawki Tabib a entrepris des démarches pour lui permettre d’accéder aux traitements prescrits.
Le Conseil dénonce également les restrictions entourant les visites des avocats. Chawki Tabib a été transféré à la prison de Belli, située en dehors du ressort de la cour d’appel dont relève le bureau d’instruction chargé de son dossier, rappelle l’Onat.
L’Ordre affirme également que ces restrictions ont été étendues au droit de Chawki Tabib de poursuivre ses études. L’ancien bâtonnier, qui est inscrit en doctorat à la Faculté de droit et des sciences politiques de Tunis, serait ainsi empêché de poursuivre son cursus, l’Onat dénonçant la création de « prétextes infondés » pour le priver de son droit aux études.
Pour le Conseil de l’Ordre, ces restrictions ne se limitent donc pas à ses conditions de détention ou à l’exercice de ses droits de la défense, mais touchent également un droit fondamental, celui de poursuivre sa formation et ses travaux universitaires.
L’Ordre affirme par ailleurs que les avocats rencontrent des difficultés pour lui rendre visite. Une autorisation délivrée par le bureau d’instruction serait nécessaire, tandis que l’administration pénitentiaire imposerait également une limite de deux avocats visiteurs par jour, sans base légale ni organisation officiellement publiée, selon le communiqué.
L’Onat invoque les garanties de la défense
Pour l’Ordre national des avocats, les garanties de la défense, le droit à un procès équitable et le droit à la santé doivent être assurés à toute personne, indépendamment de sa qualité ou des poursuites dont elle fait l’objet.
Le Conseil rappelle également que l’indépendance de la justice implique nécessairement l’indépendance de la défense et appelle à la levée de toutes les restrictions susceptibles d’entraver l’exercice de la profession d’avocat et de porter atteinte aux droits et libertés garantis par la loi et les conventions internationales.
L’Onat réaffirme ainsi son soutien à Chawki Tabib et condamne sa décision de recourir à la grève de la faim. Il estime que cette décision comporte des risques importants pour sa santé et appelle les autorités publiques à prendre leurs responsabilités.
L’Ordre demande, en particulier, la levée de toutes les restrictions qui entravent l’accès de Chawki Tabib aux soins et à son dossier médical, ainsi que la mise à sa disposition des moyens nécessaires à son traitement et à son suivi médical.
Il appelle enfin l’ancien bâtonnier à mettre fin à sa grève de la faim et à reprendre ses médicaments afin de préserver sa santé et d’éviter « les complications graves » qui pourraient survenir, notamment en raison des plusieurs maladies chroniques dont il souffre.
Une grève de la faim entamée il y a dix jours
La grève de la faim de Chawki Tabib avait été annoncée par son épouse jeudi 13 août 2026. Dans un message particulièrement inquiet, elle avait indiqué que son mari avait décidé de recourir à cette forme de protestation, malgré ses tentatives pour l’en dissuader.
Cette décision intervenait après plusieurs alertes de la famille concernant sa prise en charge médicale en détention. Ses proches avaient notamment signalé des difficultés à lui faire parvenir des traitements prescrits par les médecins, alors qu’il souffre notamment de diabète et d’arthrose.
Chawki Tabib avait été transféré en juin à la prison de Belli, un déplacement qui avait suscité l’inquiétude de sa famille et de ses avocats.
L’ancien président de l’Instance nationale de lutte contre la corruption (Inlucc) a été condamné, le 21 mai 2026, à dix ans de prison par la chambre criminelle spécialisée dans les affaires de corruption financière près le Tribunal de première instance de Tunis. Il a été reconnu coupable de falsification de documents, de détention et d’usage de faux ainsi que de destruction de pièces considérées comme falsifiées.
L’affaire porte sur des documents transmis en 2020 à l’Assemblée des représentants du peuple, alors que Chawki Tabib présidait l’Inlucc, dans le cadre des soupçons de conflit d’intérêts visant l’ancien chef du gouvernement Elyes Fakhfakh.
R.B.H










