Le système tunisien de protection sociale arrive à un tournant. Et, à en croire l’analyse de l’universitaire et spécialiste du droit du travail et de la sécurité sociale, Hafedh Laâmouri, les recettes habituellement utilisées pour renflouer les caisses ne sont plus vraiment applicables, notamment dans le secteur privé.
Invité samedi 22 août 2026 de l’émission « Houna Tounes » sur Diwan FM, Hafedh Laâmouri a écarté deux pistes traditionnellement envisagées dans les réformes des systèmes de retraite : le relèvement obligatoire de l’âge de départ à la retraite et l’augmentation des cotisations. Deux mesures qui, selon lui, se heurteraient directement aux réalités du marché du travail tunisien.
Dans le privé, ni cotisations supplémentaires ni retraite repoussée
Le secteur privé n’aurait tout simplement plus les marges nécessaires pour absorber de nouvelles charges, estime le spécialiste. Une hausse des cotisations pèserait davantage sur les entreprises et les salariés, alors que le tissu économique peine déjà à supporter des coûts supplémentaires.
Quant au relèvement de l’âge de la retraite, il risquerait surtout d’aggraver le chômage. Hafedh Laâmouri rappelle que certains métiers usent les travailleurs bien avant l’âge légal de départ et qu’allonger leur carrière ne constituerait donc pas une solution adaptée à toutes les catégories de salariés.
Autre piste écartée : réduire les prestations. Pour M. Laâmouri, les pensions et la couverture de l’assurance maladie ont déjà atteint « leurs limites » et ne peuvent pas subir de nouvelles restrictions sans fragiliser davantage les assurés sociaux.
Le véritable problème : de moins en moins d’actifs pour financer les retraités
Derrière la réforme annoncée se trouve une équation financière devenue de plus en plus difficile à tenir.
Le ratio démographique des caisses de sécurité sociale s’est fortement dégradé. Aujourd’hui, seulement 2,3 actifs cotisants prennent en charge, en moyenne, un retraité. Et la tendance est loin d’être rassurante : ce ratio pourrait tomber à un seul salarié pour un retraité à l’horizon 2035.
Cette évolution est notamment liée à l’allongement de l’espérance de vie, qui dépasse désormais 76 ans en Tunisie. Autrement dit, les retraités vivent plus longtemps tandis que le nombre de cotisants nécessaires pour financer leurs pensions diminue.
C’est cette équation, plus que l’une ou l’autre mesure isolée, qui impose selon Hafedh Laâmouri une refonte en profondeur du système.
Un effort supplémentaire possible dans le public
Si le secteur privé ne peut, selon lui, supporter de nouvelles hausses de cotisations, une marge de manœuvre pourrait en revanche exister dans le secteur public.
Hafedh Laâmouri évoque ainsi une augmentation des cotisations de deux points, étalée sur deux ans et répartie entre l’employeur et le salarié.
Mais pour le spécialiste, cette mesure ne pourrait être qu’un élément d’un chantier beaucoup plus vaste. Il plaide pour une réforme structurelle du système, avec notamment la création d’une caisse de pensions unifiée regroupant les missions liées à la retraite, ainsi que la mise en place d’une caisse dédiée au recouvrement.
Il propose également la création d’un Observatoire national de la sécurité sociale, chargé d’anticiper les évolutions démographiques et financières et d’assurer une meilleure coordination entre les différentes structures. L’objectif : éviter que les déséquilibres financiers ne soient découverts une fois qu’ils sont devenus difficiles à corriger.
Une réforme sur 30 ans pour préserver les droits acquis
Pas question, en revanche, de toucher aux droits des retraités actuels, assure Hafedh Laâmouri. Selon lui, la réforme devrait s’inscrire dans le temps long, sur une période pouvant aller jusqu’à 30 ans, tout en garantissant intégralement les droits acquis.
Les pensions déjà attribuées ne devraient ainsi pas être réduites, pas plus que celles versées aux veuves et aux orphelins.
Le spécialiste relève d’ailleurs que les lois de finances pour 2025 et 2026 ont déjà commencé à diversifier les sources de financement de la sécurité sociale. Une évolution qui pourrait constituer l’un des premiers jalons d’une réforme plus globale.
Autre chantier appelé à prendre de l’importance : l’intégration des nouvelles formes d’emploi dans le système de protection sociale. La dernière réunion ministérielle consacrée au sujet a notamment ouvert la voie à une meilleure couverture des travailleurs des plateformes numériques et des services de livraison.
Pour Hafedh Laâmouri, le défi n’est donc plus de trouver une mesure miracle pour sauver les caisses. Il s’agit désormais de repenser progressivement tout le modèle, avant que le déséquilibre entre actifs et retraités ne rende les choix beaucoup plus douloureux.
R.B.H











5 commentaires
jamel.tazarki
Introduction :
– Toutes les réformes paramétriques (âge de la retraite, taxes indirectes, amnisties) ne sont que des palliatifs face au problème central du chômage et de l’informel.
-Tant que l’économie tunisienne ne créera pas d’emplois à forte valeur ajoutée dans le secteur formel pour absorber la population active, le système de protection sociale restera sous perfusion fiscale permanente, dégradant au passage la qualité des soins de santé et le pouvoir d’achat des citoyens.
– Il est absurde de prétendre que le déséquilibre démographique est à l’origine des problèmes financiers de la Caisse nationale de retraite et de prévoyance sociale (CNRPS), de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) et de la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM). En effet, avec un taux de chômage dépassant les 16 %, ce déséquilibre est même un avantage; sans cela, le taux de chômage serait supérieur à 25 %.
Quelques définitions:
I) CNRPS
1.1 CNRPS est la Caisse Nationale de Retraite et de Prévoyance Sociale
1.2 CNRPS est pour le Secteur Public (Fonctionnaires de l’État, collectivités locales, entreprises publiques).
1.3 CNRPS ses Cotisations assises sur les salaires des fonctionnaires et budgets de l’État.
1.4 CNRPS est est un Régime unique pour la fonction publique, avec des spécificités pour les militaires ou forces de l’ordre.
1.5 CNRPS Propose des prêts personnels, universitaires et immobiliers directs à ses affiliés.
II) CNSS
2.1 CNSS Caisse Nationale de Sécurité Sociale
2.2 CNSS Secteur Privé (Salariés d’entreprises privées, professions libérales, indépendants, agriculteurs).
2.3 CNSS Cotisations assises sur les salaires du privé (part patronale et part salariale).
2.4 CNSS Multiples régimes adaptés (Régime général, indépendants, artistes, pêcheurs, ouvriers agricoles).
2.5 CNSS Offre des prestations similaires mais sous des conditions et budgets différents du secteur privé.
III) Le point commun la CNAM (la Caisse Nationale d’Assurance Maladie):
– CNRPS et CNSS ne gèrent plus directement l’assurance maladie. Elles collectent les cotisations de santé et les reversent à une troisième caisse unique : la CNAM (Caisse Nationale d’Assurance Maladie). C’est la CNAM qui rembourse les soins médicaux et gère les carnets de soins (filière publique, privée ou remboursement), que vous soyez dans le public (CNRPS) ou dans le privé (CNSS).
– Il est important de ne pas confondre le rôle de la CNSS avec celui de la CNAM (Caisse Nationale d’Assurance Maladie).La CNSS gère l’argent, les revenus (retraites, allocations, indemnités de congé).La CNAM utilise une partie des cotisations collectées pour gérer la prise en charge des soins médicaux, des médicaments et des hospitalisations
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– La CNAM (Caisse Nationale d’Assurance Maladie) est une caisse unique qui couvre à la fois le secteur public et le secteur privé en Tunisie
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– Depuis la réforme de 2004, la CNSS (secteur privé) et la CNRPS (secteur public) lui ont transféré la gestion exclusive de la branche santé.
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– La CNAM unifie la couverture médicale pour:
1) Le secteur public : Fonctionnaires de l’État, agents des collectivités locales et des entreprises publiques.
2) Le secteur privé : Salariés d’entreprises, professions libérales, commerçants, artisans et agriculteurs.
3) Les pensionnés : Tous les retraités des deux secteurs.
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– Même si la CNAM est la même pour tout le monde, votre caisse d’origine (CNSS ou CNRPS) conserve deux rôles:
1) Le prélèvement : C’est elle qui retient la cotisation santé sur votre salaire ou votre pension pour la reverser à la CNAM.
2) L’immatriculation : Votre numéro d’assuré social reste géré par la CNSS ou la CNRPS.
IV) Les 3 filières de soins (communes aux deux secteurs) –> Que vous soyez dans le public ou dans le privé, vous devez choisir le même type de prise en charge lors de votre inscription à la CNAM:
1) Filière publique (Carnet Bleu) : Accès gratuit ou à tarif réduit aux hôpitaux publics et structures de santé étatiques.
2) Filière privée (Carnet Jaune / Médecin de famille) : Consultation d’un médecin de famille choisi à l’avance dans le privé, avec paiement du ticket modérateur uniquement.
3) Filière remboursement (Carnet Vert) : Vous payez l’intégralité des soins (médecins, pharmaciens) dans le privé, puis vous envoyez vos bulletins à la CNAM pour vous faire rembourser selon un barème officiel.
jamel.tazarki
V) Des Faits:
A) CNRPS (Public) : Son déficit devrait atteindre 1,13 milliard de dinars en 2025. Elle souffre d’un manque de cotisation: moins de deux cotisants pour un retraité, alors qu’il en faudrait trois pour atteindre l’équilibre.
B) CNSS (Privé) : Son déficit est encore plus profond, avec plus de 1,4 milliard de dinars attendus en 2025. Le secteur privé est massivement touché par le chômage et le travail informel, ce qui limite les cotisations.
C) Le chômage est le « péché originel » qui assèche les caisses –> Sans cotisants, même la meilleure organisation administrative ne peut pas inventer d’argent:
c1) Le chômage (environ 16 % au niveau national fin 2025, mais bien plus élevé chez les diplômés) crée un manque à gagner colossal pour la CNSS et la CNRPS.
c1.1) Le cercle vicieux : Moins d’emplois signifie moins de cotisations. Pour compenser, l’État a dû instaurer dans la Loi de Finances 2026 de nouvelles taxes (redevances sur les bénéfices des banques à 4 %, sur le tabac, et même sur les tickets de caisse des grands magasins) pour tenter de renflouer les caisses sans augmenter les charges sur les salaires déjà fragiles.
c1.2) Lutte contre l’informel : Le chômage pousse aussi vers le secteur informel (environ 40 % de l’économie), où personne ne cotise. Le gouvernement tente de réintégrer ces travailleurs via des amnisties sociales ou des incitations à l’auto-entrepreneuriat prévues pour 2026
c2) Impact critique sur la santé (CNAM), en effet le chômage tue le financement de la santé. Bien que la CNAM affiche un excédent théorique (+760 millions de dinars prévus en 2025), elle est en crise de liquidité réelle.
c2.1) Pourquoi ? Parce que ses fonds servent à payer les retraites des caisses déficitaires (CNRPS/CNSS). Résultat : les délais de remboursement pour les assurés sont passés de 21 jours à parfois plus de 6 mois.
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c2.2) Conséquence pour le citoyen : Le chômage réduit le pouvoir d’achat, et les retards de la CNAM obligent les Tunisiens à payer de leur poche (23 % du budget familial moyen est désormais consacré à la santé), créant une barrière d’accès aux soins pour les plus fragiles
–> Les réformes restent inefficaces tant que le taux de chômage tes trop fort.
D) La CNAM, « banquier » malgré elle de la CNSS et de la CNRPS: d’après C2.1, l’excédent de la CNAM est purement comptable. Dans la réalité, le système tunisien utilise un compte unique auprès de la Banque Centrale. La CNAM ne dispose pas de son argent de manière autonome : ses liquidités sont ponctionnées pour verser les pensions de retraite de la CNRPS et de la CNSS afin d’éviter une crise sociale majeure. Cela explique pourquoi les hôpitaux publics et les pharmaciens (via la rupture de la convention avec la CNAM) peinent à être payés.
E) Le défi de la Loi de Finances 2026 : Fiscaliser le financement: Le point c1.1 ci-dessus sur la Loi de Finances 2026 est crucial. Jusqu’ici, le modèle tunisien reposait sur le modèle « bismarckien » (le travail finance le social via les cotisations). Face à la baisse du nombre de cotisants, l’État bascule vers un modèle « beveridgien » ou fiscalisé. Les taxes sur le tabac, les banques ou la grande distribution tentent de déconnecter le financement de la protection sociale du seul marché de l’emploi formel.
F) 3. Le statut de l’auto-entrepreneur face à l’informel: Le plan de relance de l’auto-entrepreneuriat (point c1.1) est la clé pour intégrer les 40% de l’économie informelle. L’enjeu pour la CNSS est de proposer des cotisations très faibles au départ pour inciter les jeunes chômeurs et travailleurs indépendants à s’enregistrer, espérant ainsi élargir la base des cotisants à moyen terme.
G) Les scénarios de réforme de l’âge de la retraite –> Face au pseudo déséquilibre, le recul de l’âge de la retraite est au centre des discussions pour 2026m et s’articule autour de deux axes :
g1) Pour la CNRPS (Secteur public) : Après le passage généralisé à 62 ans (et 65 ans sur option), l’État envisage d’harmoniser les régimes d’ici fin 2026. L’objectif est de repousser l’âge légal pour certaines catégories professionnelles encore maintenues à des départs précoces, afin de stabiliser le ratio cotisants/retraités.
g2) Pour la CNSS (Secteur privé) : Le relèvement de l’âge de départ à 62 ans (actuellement fixé à 60 ans pour le régime général) est au cœur des négociations entre le gouvernement et les partenaires sociaux. Cette mesure vise à réduire immédiatement le déficit de 1,4 milliard de dinars prévu pour la CNSS.
jamel.tazarki
Introduction :
– Toutes les réformes paramétriques (âge de la retraite, taxes indirectes, amnisties) ne sont que des palliatifs face au problème central du chômage et de l’informel.
-Tant que l’économie tunisienne ne créera pas d’emplois à forte valeur ajoutée dans le secteur formel pour absorber la population active, le système de protection sociale restera sous perfusion fiscale permanente, dégradant au passage la qualité des soins de santé et le pouvoir d’achat des citoyens.
– Il est absurde de prétendre que le déséquilibre démographique est à l’origine des problèmes financiers de la Caisse nationale de retraite et de prévoyance sociale (CNRPS), de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) et de la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM). En effet, avec un taux de chômage dépassant les 16 %, ce déséquilibre est même un avantage; sans cela, le taux de chômage serait supérieur à 25 %.
D’un point de vue d’optimisation mathématique, la solution la plus efficace à court terme serait de réduire le chômage, ou du moins d’en enrayer la progression. Il est actuellement à 16 %, voire même à plus de 20 %. Toute autre solution ne serait que de l’actionnisme qui ne rapporterait rien à court terme. Repousser l’âge de la retraite à 62 ans n’est qu’une mesure cosmétique inefficace tant que le chômage progresse.
h1) Lorsque le chômage est à 16 % (et dépasse les 20 % chez les jeunes diplômés), repousser l’âge de la retraite de 60 à 62 ans sans créer d’emplois engendre des effets de rétroaction négative (effets secondaires) qui annulent le gain théorique :
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h1.1) L’effet de blocage sur l’insertion : Maintenir les seniors deux ans de plus en activité réduit mécaniquement les opportunités d’embauche pour les nouveaux entrants sur le marché du travail. Mathématiquement, on déplace le coût financier de la caisse de retraite (CNSS/CNRPS) vers le budget de l’État ou vers l’économie informelle.
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h1.2) Le transfert de branches : L’allongement de la durée de carrière chez des travailleurs seniors augmente statistiquement le recours aux indemnités de maladie de longue durée, aux pensions d’invalidité ou aux licenciements économiques (chômage technique). Les dépenses se déplacent d’une ligne budgétaire à une autre au sein des caisses.
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h1.3) L’absence de gains immédiats : Le relèvement de l’âge n’augmente pas la masse salariale active ; il stabilise temporairement le volume des cotisants actuels tout en appauvrissant les perspectives de croissance de la base cotisante future.
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h1.4) L’élasticité des recettes face au chômage et à l’informel: Pour une caisse de retraite, la réduction du chômage de 1 ou 2 points de pourcentage a un impact financier bien plus puissant à court terme que le décalage de l’âge de départ. Chaque chômeur réintégré dans le secteur formel génère immédiatement une double variation positive :
h1.4.1) Une nouvelle entrée de cash-flow (cotisation patronale + salariale, soit environ 26,25 % du salaire brut).
h1.4.2) Une augmentation de la consommation, qui génère de la TVA et alimente les nouvelles taxes de la Loi de Finances destinées à renflouer la protection sociale.
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h1.5) sans une politique macroéconomique capable de créer de l’emploi formel, le relèvement de l’âge de la retraite ne résout pas l’équation financière. Il ne fait que repousser le moment où les caisses se retrouveront à court de liquidités.
I) Simulation mathématique : Baisse du chômage vs Report de l’âge –> Pour comprendre l’efficacité réelle de ces deux leviers, on peut modéliser l’impact financier direct sur les caisses (CNSS et CNRPS) à partir des données économiques tunisiennes actuelles.
i.1) Scénario de la Baisse de 1 % du taux de chômage (Intégration dans le secteur formel)
i.1.1) Mécanisme : Environ 40 000 chômeurs retrouvent un emploi déclaré (sur une population active d’environ 4 millions de personnes).
– Gain immédiat (Recettes) : Chaque nouvel emploi génère environ 26,25 % de cotisations sur le salaire brut (part patronale + salariale). Sur la base d’un salaire moyen estimé, cela injecte instantanément du cash-flow frais dans les caisses.
i.1.2) Effet multiplicateur : Ces nouveaux salariés consomment, augmentant les recettes fiscales de l’État (TVA), ce qui allège la pression sur les subventions publiques accordées aux caisses.
– Résultat : Une baisse de 1 % du chômage apporte un gain financier linéaire, stable et durable, sans créer de nouvelles dettes sociales.
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i.2) Scénario du Report de 1 an de l’âge de la retraite:
i.2.1) Mécanisme : On bloque la sortie d’une génération de travailleurs (environ 50 000 à 60 000 personnes par an pour le secteur privé et public confondus).
i.2.2) Gain théorique (Économie de court terme) : La caisse économise une année de versement de pensions pour cette génération et continue de percevoir leurs cotisations.
i.2.3) L’effet de rétroaction négative (Le biais de la simulation) : En bloquant ces postes pendant un an, l’économie tunisienne — qui détruit des emplois ou n’en crée pas assez — empêche l’entrée de 50 000 jeunes diplômés. Le taux de chômage des jeunes (déjà supérieur à 20 %) augmente mécaniquement.
– Résultat : Le gain comptable immédiat sur la ligne « pensions » est annulé par le manque à gagner sur la ligne « cotisations des nouveaux entrants ». Le déficit global est simplement déplacé dans le temps.
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i.3) Conclusion de la simulation : D’un point de vue purement actuariel, la réduction du chômage a une efficacité mathématique supérieure, car elle élargit la base de la pyramide, tandis que le report de l’âge ne fait que figer une structure déjà déséquilibrée
Fazit : L’article ci-dessus est le meilleur exemple d’information incomplète !
jamel.tazarki
J) La fiscalisation de l’économie informelle –> L’économie informelle en Tunisie représente environ 40 % du PIB. C’est un immense réservoir de cotisations non collectées. Pour capter cette ressource sans passer par les cotisations salariales classiques, l’État applique une stratégie de « fiscalisation » via la Loi de Finances.
j1) Les mécanismes de captation indirecte –> Puisqu’il est difficile de forcer les travailleurs informels à s’immatriculer immédiatement à la CNSS, l’État taxe la consommation et les circuits financiers où cet argent informel finit par être dépensé :
j1.1) Taxation des transactions : Les redevances sur les tickets de caisse des grands magasins et les taxes sur les bénéfices des banques (portées à 4 %) permettent de capter la valeur là où elle se formalise.
j2.2) Taxes sur la consommation de masse : L’augmentation des taxes sur le tabac ou les produits importés non essentiels permet de renflouer indirectement les caisses de l’État, qui peut ensuite subventionner la CNRPS et la CNSS.
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j2) Les limites de cette stratégie
j2.1) L’inflation et le pouvoir d’achat : Ces taxes indirectes augmentent le coût de la vie pour l’ensemble des Tunisiens, y compris pour les salariés du secteur formel qui paient déjà leurs cotisations. C’est le phénomène de la « double peine ».
j2.2) L’absence de droits pour le travailleur : Taxer l’informel par la fiscalité remplit les caisses de l’État, mais cela ne donne aucun droit social au travailleur informel (pas de carnet de soins CNAM, pas de points de retraite). Cela ne résout donc pas le problème de la précarité à long terme.
K) Le statut de l’auto-entrepreneur –> Le statut de l’auto-entrepreneur, déployé à grande échelle, vise à intégrer une partie des 40 % de l’économie informelle en abaissant la barrière à l’entrée du système social.
k1) Le fonctionnement du modèle dégressif –> Pour inciter un travailleur informel (artisan, commerçant ambulant, développeur freelance) à déclarer ses revenus, l’État a rompu avec le modèle classique des cotisations forfaitaires élevées. Le dispositif repose sur une cotisation unique simplifiée:
k1.1) Fiscalité et couverture sociale fusionnées : L’auto-entrepreneur paie un pourcentage unique et très faible de son chiffre d’affaires déclaré.
k1.2) L’intégration CNSS/CNAM : Ce versement minimal lui ouvre immédiatement des droits à la couverture maladie (CNAM) et valide ses trimestres de retraite (CNSS).
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k2) L’analyse d’impact : Gain réel ou subvention déguisée ? –> D’un point de vue d’optimisation des flux, ce statut présente un double tranchant :
k2.1) À court terme (Effet d’aubaine et trésorerie) : Il permet de créer une entrée de cash-flow immédiate pour la CNSS grâce à la masse de nouvelles adhésions. Même si la cotisation par individu est faible, la multiplication par des dizaines de milliers de nouveaux adhérents élargit la base de la pyramide.
k2.2) À long terme (Le risque de déséquilibre) : Si les cotisations des auto-entrepreneurs sont structurellement trop faibles par rapport aux prestations qu’ils consomment (notamment les soins CNAM), ce statut se transforme en déficit technique. Le système commence alors à subventionner de nouveaux droits sans contrepartie financière suffisante.
L) La crise de liquidité de la CNAM et l’asphyxie des hôpitaux publics –> Comme établi précédemment, l’excédent comptable de la CNAM est absorbé pour combler les déficits de paiement des retraites de la CNSS et de la CNRPS. Cette ponction de liquidités crée un effet domino dévastateur sur le système de santé public.
l1) Le mécanisme de l’asphyxie financière –> Le circuit de la crise suit une logique comptable implacable:
Déficit CNRPS/CNSS ==>
==> [Trésorerie de la CNAM ponctionnée]
==> [Retards de paiement de la CNAM aux Hôpitaux & Pharmacies] (6 mois +)
==> [Dette des Hôpitaux envers la Pharmacie Centrale (PCT)]
==> [Rupture de stock de médicaments et dégradation des soins]
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l2) Les conséquences structurelles
l2.1) La dette de la Pharmacie Centrale : Les hôpitaux publics, n’étant plus remboursés à temps par la CNAM, accumulent des dettes colossales auprès de la Pharmacie Centrale de Tunisie (PCT). Ne pouvant plus payer les fournisseurs internationaux, la PCT fait face à des pénuries chroniques de médicaments essentiels.
l2.2) Le transfert de charge vers le citoyen : Face à la dégradation des hôpitaux publics (filière publique – Carnet Bleu), les assurés sociaux sont contraints de se tourner vers les cliniques et médecins privés. Ils basculent de fait vers la filière remboursement, ce qui augmente le volume des demandes de remboursement que la CNAM mettra des mois à honorer.
M) Conclusion générale de l’analyse
m1) toutes les réformes paramétriques (âge de la retraite, taxes indirectes, amnisties) ne sont que des palliatifs face au problème central du chômage et de l’informel.
m2) Tant que l’économie tunisienne ne créera pas d’emplois à forte valeur ajoutée dans le secteur formel pour absorber la population active encore en chômage, le système de protection sociale restera sous perfusion fiscale permanente, dégradant au passage la qualité des soins de santé et le pouvoir d’achat des citoyens.
m3) Il est absurde de prétendre que le déséquilibre démographique est à l’origine des problèmes financiers de la Caisse nationale de retraite et de prévoyance sociale (CNRPS), de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) et de la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM). En effet, avec un taux de chômage dépassant les 16 %, ce déséquilibre est même un avantage ; sans cela, le taux de chômage serait supérieur à 25 %.
Gg
Les solutions classiques ne marchent plus parce que les robots ont remplacé les humains. Partout ce sont des millions de petites mains ou de gros bras qui sont remplacés par des robots. Jadis il fallait un millier d’heures d’ouvriers pour fabriquer une voiture, aujourd’hui une vingtaine d’opérateurs suffisent.
Ce qui assèche drastiquement les sources de financement des régimes de solidarité sociale tels que les retraites ou les cotisations de santé.
C’est tout le problème de la Tunisie. Autrefois la Tunisie produisait de l’électroménager, des vetements etc… en quantité.
Tout ce monde a disparu, remplacé par des robots ou de la main d’oeuvre misérable, ailleurs dans le monde.
Tout est à réinventer, les besoins se reportent sur les personnels les plus qualifiés. Voyez comme on étudie et travaille, en Corée du Sud !
Mais de toutes facons le nombre de travailleurs ne cessera de diminuer.
Vraiment c’est tout le système de financement qu’il faut réinventer.
Certains pensaient taxer les robots, d’autres les bénéfices beaucoup plus durement qu’ils ne sont aujourd’hui…
En fait, existe t-il des solutions acceptables par une majorité d’économies ?