Par Sofiene Ben Hamida
Un simple citoyen, qui vit dans un pays indépendant, sous un régime républicain, qui paie ses impôts et ne manque jamais à son devoir d’électeur, peut-il se permettre de critiquer les dirigeants de son pays, tous les dirigeants ?
À moins de vivre dans une république bananière ou sous une dictature maquillée en république comme la Corée du Nord ou le Myanmar en Asie, la Biélorussie en Europe, ou encore le Cameroun ou l’Ouganda en Afrique, la réponse semble évidente.
En effet, dans un pays qui n’est pas sous le joug de la dictature, militaire ou autre, mais sous un régime républicain, c’est-à-dire un pays plus ou moins démocratique, les citoyens peuvent s’exprimer librement et critiquer leurs dirigeants. Ces critiques peuvent être contenues ou acerbes. Parfois, elles sont violentes même. On se souvient des responsables européens entartés par des jeunes excédés et d’un président de la République française traité de con en public par un travailleur en colère. Ces actes ont été relayés par les médias, du service public, comme un simple fait divers dans leurs journaux télévisés, sans que des voix ne s’élèvent pour dénoncer ces comportements.
La rue, espace de contestation
Dans une république plus ou moins démocratique, les voix s’élèvent dans la rue, lors des manifestations qui sont toujours contre le pouvoir en place pour le contester ou contester l’une de ses décisions (une lapalissade). Par contre, dans ces pays plus ou moins démocratiques, les citoyens ne sortent jamais dans la rue pour soutenir les pouvoirs en place. Un tel acte est contre nature, et constituerait une hérésie démocratique.
Dans la rue donc, quand les gens sortent, c’est pour crier fort, casser la voix, scander des slogans et des pamphlets. Ces derniers ne sont jamais excessifs car plus ils sont acerbes et agressifs, plus ils sont mobilisateurs et attrayants pour les foules. C’est le principe même de la foule agissante et contestataire. Elle n’est pas le cadre idéal pour la réflexion mais très efficace pour mener des actions d’envergure. Essayer d’imposer aux manifestants des slogans respectueux des personnes ou de leurs statuts sociaux et politiques, surtout quand il s’agit de personnages publics, c’est mal comprendre la psychologie de la foule et confondre entre le discours agressif, mordant et militant lors des manifestations de rue, et le discours bon chic bon genre des messes religieuses ou des cérémonies officielles. Mais là encore, les dérapages ne sont pas totalement exclus, comme ce fut le cas récemment dans une prière de vendredi à Sfax.
Quand la satire vise les puissants
Le célèbre hebdomadaire satirique « Le Canard enchaîné » était très critique envers le général de Gaulle à travers ses articles et ses caricatures. Il est allé même à le comparer à une mule. Seulement, malgré la rudesse et l’agressivité de ces attaques, de Gaulle n’a jamais accepté de poursuivre l’hebdomadaire satirique, estimant qu’un président de la République ne doit pas répondre à la satire politique, surtout en usant du levier de la justice. Mais n’est pas le général de Gaulle qui veut.
Le défunt président tunisien Béji Caïd Essebsi avait lui aussi refusé de déposer une plainte contre un journal qui avait publié une caricature qui le montrait portant une couche. Il estimait que la caricature était indélicate, obscène même. Mais il était convaincu aussi que son statut de personnage public de premier plan le mettait à nu devant ses compatriotes et que les Tunisiens avaient le droit de s’enquérir de la santé de leur président. D’ailleurs, au cours des derniers mois de son mandat, des bulletins de santé du président étaient publiés périodiquement jusqu’à sa mort.
De la sacralité du pouvoir au statut de sujet
Cette pratique de publier périodiquement des bulletins de santé physique et/ou mentale du président de la République est une pratique anodine qui existe partout dans les pays plus ou moins démocratiques. S’efforcer de donner une fausse sacralité au président de la République et à tout ce qui le touche ; et imposer des interdits et des tabous autour de lui en invoquant une morale vieillotte et sclérosée est une démarche dangereuse et improductive. Elle éloigne davantage le pays d’un pays plus ou moins démocratique et le rapproche d’une dictature habitée non par des citoyens libres mais par de simples sujets.











Commentaire
Mohamed Mabrouk
Bonsoir Mr le modele que vous proposez n’est pas tres credible car ses promoteurs ne l’appliquent pas de façon honnete. En occident on peut offenser les heros historiques de l’islam mais pas ceux du sionisme.
L’elan democratique qu’a connu la Tunisie de 2011 a 2021 s’est ramolli quand l’occident s’est montré partial au profit des islamophobes. Alors les portes des prisons tunisiennes se sont ouvertes, surtout a partir de 2023, année ou la complicité occidentale s’est affirmée sans complexe. Les elans occidentaux denonçant ça ont perdu de leur credibilité.
Il faut chercher en soit ce qu’il convient de faire. Sinon ça ne tient pas la route