Par Ridha Zahrouni
La bureaucratie se définit comme une forme d’organisation où le pouvoir est exercé par des bureaux, selon des règles strictes et une hiérarchie bien définie. Le mot vient du français « bureau » et du grec kratos, qui signifie le pouvoir. Ce modèle d’organisation, qui se veut très efficace en théorie, est pourtant devenu un système lourd et pesant au quotidien.
Au début du XXe siècle, le sociologue Max Weber expliquait que la bureaucratie était la façon la plus logique et la plus juste de gérer une grande organisation. Selon lui, elle repose sur des règles écrites, une hiérarchie claire, la spécialisation des tâches, le mérite et l’impersonnalité. Aujourd’hui, dans notre vie de tous les jours, le mot bureaucratie est pourtant devenu synonyme de critique. On l’utilise pour dénoncer les défaillances de l’administration : une paperasse excessive, la lenteur du traitement des dossiers, un manque criant de flexibilité, ainsi qu’une perte de motivation chez les travailleurs.
Des usagers insatisfaits et des citoyens abusés
Pour la plupart d’entre nous, la bureaucratie provoque de la frustration, des pertes de temps et un profond sentiment d’injustice. Lorsqu’un système devient trop lourd, ce sont les contribuables – ceux-là mêmes qui financent le service public – qui en souffrent le plus.
L’accomplissement de la plus simple des formalités se transforme alors en un véritable parcours du combattant : attentes interminables, déplacements multiples et souvent inutiles, renvois de balle entre services, jargon administratif incompréhensible et règles de plus en plus absurdes. L’usager se retrouve bloqué par des consignes rigides qui ne correspondent jamais à sa situation réelle. Il n’a plus l’impression d’être écouté, mais d’être simplement un dossier anonyme parmi tant d’autres.
Le règne de la règle face à l’urgence humaine
Face à cela, les agents administratifs justifient les défaillances les plus absurdes par l’application stricte de la réglementation. Souvent indifférents à la détresse du citoyen ou à l’urgence de la situation, ils affirment suivre la règle à la lettre, même si elle défie toute logique. Pour eux, le respect des procédures justifie avant l’obtention de résultats concrets.
Pourtant, l’agent est lui-même une victime de cette bureaucratie. Il se retrouve étouffé par la routine dans un système qui refuse la nouveauté et préfère répéter de vieilles méthodes. Les salariés deviennent démotivés. Ils s’interdisent le moindre effort, refusent de prendre des initiatives ou de proposer des idées pour débloquer une situation, par peur d’être sanctionnés. Envahis par un sentiment de mal-être et de désintérêt pour leur travail, ils subissent une déshumanisation des relations, que ce soit entre collègues ou avec les usagers.
Une organisation qui persiste dans son archaïsme
Bien que la bureaucratie ait été créée à l’origine pour garantir la justice et l’égalité, ses règles strictes finissent souvent par paralyser le bon fonctionnement des structures. Une telle organisation se retrouve démunie face aux imprévus ou à l’arrivée des nouvelles technologies.
Le sociologue Michel Crozier a parfaitement démontré ce phénomène mécanique propre à la bureaucratie : lorsqu’elle est confrontée à un problème ou à une anomalie qu’elle ne sait pas gérer, elle y répond en créant de nouvelles règles encore plus strictes. Ce cercle vicieux rend le système toujours plus lourd et paralysant.
Un frein invisible pour l’économie et l’innovation
Pour l’économie, la bureaucratie agit comme un frein invisible. Elle engendre des coûts financiers supplémentaires colossaux et détruit la compétitivité des entreprises. Au lieu de développer leur activité, les entrepreneurs passent des heures à remplir des papiers. Les entreprises doivent ainsi financer des services entiers (juristes, comptables) uniquement pour gérer la paperasse administrative. À cela s’ajoute le gaspillage inutile de l’argent public : faire fonctionner une administration trop lourde exige des impôts élevés, ce qui pèse lourdement sur l’économie.
La bureaucratie décourage également les investisseurs et les entrepreneurs, bloquant l’innovation et l’esprit d’entreprise. Par ses règles trop complexes, elle empêche les jeunes de se lancer dans l’entrepreneuriat. Elle pousse les investisseurs et les créateurs à s’installer dans des pays où les démarches sont simples et rapides. Lorsqu’un pays s’enferme dans des lois trop rigides, il empêche ses entreprises de se battre à armes égales sur le marché mondial. De plus, la rigidité du marché du travail et la lourdeur des règles d’embauche ou de licenciement effraient les employeurs, ce qui freine la création d’emplois.
Débureaucratiser est un impératif, pas un choix
Pour lutter contre ce fléau, il faut tout simplement simplifier les processus, décentraliser le pouvoir et faire confiance aux employés. Ces actions permettent de rendre une organisation plus rapide, plus humaine et plus agile face aux changements.
En simplifiant les procédures de travail et en automatisant un maximum d’entre elles, on ouvre la voie à la suppression de la paperasse. Cela implique d’éliminer les formulaires inutiles et de supprimer les signatures ou validations non justifiées. Automatiser le traitement des tâches simples permet de chasser le gaspillage, de décentraliser la gestion et de responsabiliser les employés. En leur donnant de l’autonomie, on les autorise à exercer des tâches plus valorisantes, intellectuellement parlant, et à prendre des décisions concrètes sans avoir à demander l’avis des chefs à chaque fois.
Briser le moteur de la méfiance
Mais cela ne suffira pas. Je considère, pour ma part, que la méfiance généralisée de la hiérarchie et de la gouvernance des services publics constitue le véritable carburant qui alimente, depuis des décennies, le moteur de la bureaucratie. Nous faisons face à une organisation paralysée par la peur : peur que les employés commettent des erreurs, peur de la malveillance. C’est un système qui exige toujours plus de vérifications et de contrôles, allant jusqu’à contrôler les contrôleurs eux-mêmes, et où la décision doit impérativement venir du sommet. En somme, c’est une organisation qui voit la corruption partout et chez n’importe qui.
Dès lors, il ne faut pas s’étonner que cette méfiance bureaucratique produise l’effet inverse de la bonne gouvernance recherchée, en favorisant directement l’inefficacité et, paradoxalement, la corruption. Un fonctionnaire malveillant peut facilement abuser d’une règle floue ou profiter d’une faille du système pour exiger un pot-de-vin ou accorder un privilège indu. Ce manque de confiance généralisé incite ainsi les usagers à contourner le système officiel en ayant recours au népotisme et au clientélisme.
Or, la bureaucratie est la marque de fabrique de notre administration depuis des décennies. Elle persiste parce que notre modèle de gouvernance reste profondément méfiant. Il doute à la fois de ses propres fonctionnaires et de ses contribuables. Ce modèle étouffe toute initiative de modernisation et de responsabilisation, refusant de prendre le moindre risque avec la confiance. Pourtant, les risques liés à la confiance sont de loin moins graves que les ravages causés par la méfiance. La véritable solution réside dans l’instauration d’une gouvernance moderne, fondée sur la responsabilité, le respect mutuel et également sur les contrôles et les vérifications appropriés.
BIO EXPRESS
Ridha Zahrouni – Président de l’Association tunisienne des parents et des élèves
Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.











5 commentaires
jamel.tazarki
À l’attention des membres du soi-disant Conseil supérieur de l’éducation.
A) La Bildkompetenz (Littératie visuelle et plastique) en cours d’arts plastiques
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a1) En cours d’arts plastiques, le concept allemand de Bildkompetenz dépasse la formulation restrictive de « littératie de l’image ». En allemand, le mot Bild ne désigne pas seulement une image bidimensionnelle, mais englobe toute production plastique, visuelle et spatiale (peinture, sculpture, architecture, photographie, design, performance). Pour traduire fidèlement cette notion en français, il est plus juste de parler de littératie visuelle et plastique, ou de compétence face au fait visuel.
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a2) Cette compétence globale s’articule autour de deux modes fondamentaux (réceptif et productif) qui convergent systématiquement vers un stade final indispensable : la communication.
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a3) 1. Le mode réceptif (Bildrezeption)
– C’est la capacité à lire, analyser et interpréter une œuvre ou un fait visuel, qu’il s’inscrive en deux ou en trois dimensions.
– Analyser : Identifier les composants plastiques d’une production (volumes, lignes, couleurs, contrastes, gestion de l’espace, lumière).
– Décoder : Comprendre les symboles, l’iconographie, les références croisées et les messages cachés ou explicites.
– Contextualiser : Relier l’œuvre (peinture, sculpture, installation contemporaine) à son histoire, son époque et sa culture d’origine.
– Développer l’esprit critique : Prendre du recul face aux productions artistiques, médiatiques ou publicitaires pour en décrypter l’impact et décoder les flux d’informations visuelles de notre quotidien.
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a4) Le mode productif (Bildproduktion)
C’est la capacité à penser de manière plastique et à matérialiser des formes visuelles et spatiales pour s’exprimer. Le fondement de ce mode est la créativité, la vision, l’inspiration et les idées innovantes, et non pas la perfectibilité technique ou le mimétisme académique (comme le fait de savoir dessiner une pomme parfaitement ronde). –> Ce mode implique l’affirmation d’une subjectivité, l’expérimentation plastique, ainsi que l’acquisition de compétences méthodologiques à travers deux piliers majeurs :
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a4.1) L’initiation à la démarche scientifique (L’expérimentation des lois plastiques) :
Utiliser la pratique plastique comme un laboratoire d’expérimentation active. Dès le plus jeune âge, les enfants apprennent par exemple à tracer un cercle chromatique en formulant des hypothèses de mélange qu’ils doivent vérifier par eux-mêmes par l’expérience directe :
– Hypothèse 1 : Rouge + Jaune = Orange
– Hypothèse 2 : Jaune + Bleu = Vert
– Hypothèse 3 : Bleu + Rouge = Violet
Cette manipulation directe des couleurs primaires et secondaires initie activement les jeunes enfants à l’esprit de la recherche scientifique (observation, formulation d’hypothèses, test par l’expérience, conclusion) au service de leur projet créatif. Comme le souligne le philosophe Martin Seel, la faculté de perception des enfants n’étant pas encore restreinte par la routine et les habitudes, leur « monde perçu » s’en trouve exploré avec une intensité maximale.
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a4.2) L’expérience esthétique, écologique et numérique (Exemple du Land Art) :
La création d’objets Land Art fournit un matériau extrêmement riche et plastique pour favoriser un meilleur comportement environnemental. Cela correspond directement aux thèses du professeur Georg Peez sur l’expérience esthétique :
– L’immersion (ou absorption) : Le fait de chercher et de trier des feuilles et des pierres pendant des heures peut déclencher un état de flow profond.
– La découverte de la nouveauté dans le déjà-connu : Une feuille ordinaire devient soudainement l’oreille d’un lièvre, des galets se transforment en écailles de poisson.
– Le plaisir de la perception elle-même : Le fait de toucher le sable, le bois flotté et la terre humide sollicite directement tous les sens (dimension haptique).
– Le plaisir et la joie.
– La fonction de communication par l’image : Les photographies des œuvres de Land Art ont une fonction de communication (cf. Peez 2020). L’élève les publie en ligne, par exemple sur les réseaux sociaux comme Instagram ou TikTok. Alors que l’œuvre se dégrade à l’extérieur dans la nature, elle reste conservée durablement en ligne. La documentation photographique n’est plus aujourd’hui un simple produit dérivé, mais fréquemment l’objectif principal du processus artistique – en particulier dans le Land Art. Cette synergie entre l’art, la photographie, les réseaux sociaux et l’éducation au développement durable (EDD) est utilisée par de nombreux artistes contemporains afin de sensibiliser le public numérique aux problèmes environnementaux mondiaux (cf. Haffert 2024).
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a4.3) Le stade final : La communication et la socialisation
Conformément aux travaux de Georg Peez sur les « caractéristiques structurelles de l’expérience esthétique » (Die Strukturmerkmale ästhetischer Erfahrungen), l’expérience artistique ne trouve son accomplissement méthodologique et social que lorsqu’elle est partagée, verbalisée et communiquée. L’élève n’est pas évalué sur la conformité technique du résultat final, mais sur sa capacité à montrer son travail et à parler de sa production (ou de sa réception) au sein de trois cercles relationnels :
– Avec ses camarades de classe : L’élève confronte sa vision originale à celle des autres, justifie ses choix créatifs et apprend à recevoir et intégrer le regard de ses pairs sur sa propre subjectivité.
– Avec ses enseignants : La communication permet de valoriser la démarche, de poser des mots précis sur le processus d’innovation et sur les découvertes (qu’elles soient scientifiques comme les interactions chromatiques, ou éco-numériques comme dans le Land Art).
– En famille avec ses parents : En racontant sa création ou en montrant le témoin photographique de son œuvre éphémère à la maison, l’enfant prolonge l’expérience esthétique au-delà des murs de l’école. Cela valorise son statut de « chercheur/créateur » et jette un pont solide entre la culture scolaire et la culture familiale
C) Conclusion générale : Les enjeux contemporains de la Bildkompetenz
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c1) La conceptualisation moderne de la Bildkompetenz (littératie visuelle et plastique) en cours d’arts plastiques dépasse définitivement l’ancien paradigme du mimétisme technique ou de la simple virtuosité académique. Loin de se réduire à l’acquisition d’un savoir figé ou à la reproduction standardisée du réel, elle s’affirme aujourd’hui comme une compétence transversale et citoyenne majeure, indispensable pour guider l’élève dans un monde saturé de stimuli visuels.
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c2) L’enjeu central de cette approche réside dans la porosité et l’interdépendance de ses modes. L’expérience artistique ne se découpe pas en étapes étanches, car la production engendre structurellement la réception. C’est par l’acte plastique, par la manipulation haptique de la matière (comme l’expérimentation concrète des éléments naturels dans le Land Art) ou par la mise à l’épreuve expérimentale des lois de la physique (à l’instar du mélange méthodique des couleurs primaires dès la petite enfance), que l’élève affine son regard. Cette mise en pratique concrète et active de la création dote l’élève des outils intellectuels et sensoriels nécessaires pour décoder, comprendre et analyser de manière critique les productions visuelles complexes qui l’entourent. L’élève devient un récepteur averti parce qu’il a d’abord été un producteur-chercheur engagé.
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c3) Par ailleurs, la Bildkompetenz contemporaine répond avec acuité aux mutations écologiques et numériques de notre époque. Comme le démontre l’exemple du Land Art, le processus de création éphémère ne s’oppose plus à la pérennité numérique. La documentation photographique et le partage sur les réseaux sociaux ne sont plus de simples résidus de l’activité, mais deviennent le cœur d’une fonction de communication mondialisée et engagée (EDD), permettant de sensibiliser l’espace public aux crises environnementales globales.
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c4) Enfin, en replaçant la communication et la socialisation au sommet du processus (conformément aux travaux de Georg Peez), la Bildkompetenz extrait l’expérience esthétique de l’individualité pure. Parler de sa production avec ses pairs, ses enseignants et sa famille transforme le fait plastique en un puissant vecteur de dialogue, de réflexion sur sa propre subjectivité et de citoyenneté active. La Bildkompetenz s’impose ainsi non pas comme une discipline marginale, mais comme un pilier fondamental de l’éducation globale (Bildung), indispensable à l’épanouissement de la personnalité et à la compréhension critique du monde d’aujourd’hui
D) Références bibliographiques
– Haffert, Karin (2024) : Landart kreieren und fotografieren. En ligne : Fotonomaden.com. URL : fotonomaden.com
– Peez, Georg (2007) : Handbuch Fallforschung in der Ästhetischen Bildung / Kunstpädagogik. Qualitative Empirie für Studium, Praktikum, Referendariat und Unterricht. Baltmannsweiler : Schneider.
– Peez, Georg (2020) : Zur Bedeutung ästhetischer Erfahrung für Produktion und Rezeption in gegenwärtigen Konzepten der Kunstpädagogik. En ligne : Gmp-Vmp / Musik erfinden. URL : gmp-vmp.de
Dr. Jamel Tazarki, Mathématicien
jamel.tazarki
@Mr. Ridha Zahrouni – Président de l’Association tunisienne des parents et des élèves
Je suis très surpris qu’aucun membre de votre association n’ait été nommé au sein du Conseil supérieur de l’éducation. Qu’en pensez-vous?
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Ma position:
A) Le «Conseil supérieur de l’éducation» devrait intégrer des représentants des élèves, des enseignants, des parents, des partis politiques, des syndicats d’enseignants en tant que membres permanents. #
–> Tous ces représentants doivent être des membres influents de ce soi-disant «Conseil supérieur de l’éducation» qui devrait être aussi indépendant et non pas dirigé derrière les coulisses par Kais Saied qui ne se connaît pas en ce domaine.
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a1) Cette précision redéfinit radicalement la nature du Conseil supérieur de l’éducation: Je propose de passer d’un modèle technocratique descendant (Top-Down) à un modèle de gouvernance démocratique et participative (Multi-stakeholder governance). Ce choix s’appuie sur des théories sociologiques et politiques très précises. Voici comment justifier académiquement l’intégration de membres influents issus de la société civile dans ce Conseil supérieur de l’éducation:
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a2) Justification académique : La théorie de la légitimité (Habermas)
– Le concept d’agir communicationnel : Selon le sociologue Jürgen Habermas, une décision politique n’est légitime que si elle résulte d’un consensus entre toutes les parties prenantes. En intégrant parents, élèves, partis politiques et syndicats, Le «Conseil supérieur de l’éducation» ne pourrait pas imposer des normes inutiles ou même contre-productives par la force ; il les co-construit.
– Éviter le rejet systémique : L’introduction de contraintes inutiles (OCDE) provoque structurellement une forte résistance des enseignants. Donner un pouvoir de décision réel à leurs syndicats au sein du «Conseil supérieur de l’éducation» transforme ces opposants potentiels en co-responsables de la réforme.
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a3) Le rôle des différents acteurs au sein du «Conseil supérieur de l’éducation» –> Pour maintenir la perspective systémique, chaque groupe doit apporter sa ressource propre au fonctionnement de la structure :
– Les syndicats et enseignants : Ils garantissent la faisabilité pédagogique. Ils veillent à ce que l’alignement sur certaines réformes ne détruise pas les conditions de travail ni le temps nécessaire aux leçons d’art ou au bien-être.
– Les élèves et les parents : Ils portent la voix de la réception du système. Les élèves s’assurent que les nouveaux examens n’augmentent pas l’anxiété scolaire et respectent leur équilibre.
– Les partis politiques : Ils garantissent la pérennité transpartisane de la réforme. Si tous les partis influents participent aux décisions, la politique éducative de la Tunisie ne changera pas à chaque alternance gouvernementale.
B) Le risque d’imposer la dictature du soi-disant «Le Conseil supérieur de l’éducation » uniquement pour éviter les contre-avis et opinions.
B1) J’insiste que la performance globale s’obtient par l’adhésion des acteurs, pas par la contrainte.
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b2) J e m’oppose à la tentation de la «dictature technocratique» ou d’un dirigisme centralisé de type Top-Down. Exclure la société civile au nom d’une prétendue efficacité managériale engendre structurellement un rejet systémique (grèves, absentéisme, sabotage passif des réformes sur le terrain), ce qui détruit à moyen terme la compétitivité recherchée.
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b3) Perspective systémique et argumentation académique –> Penser le système éducatif de la Tunisie nécessite d’articuler la contrainte macro-économique globale avec la réalité micro-pédagogique des classes. Le Conseil supérieur de l’éducation ne doit pas être un «Conseil Supérieur» déconnecté, mais un organe de médiation.
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b3.1 Sortir de l’opposition «Opinion vs Expertise» par la co-construction
– Argumentation : Selon la théorie de l’agir communicationnel de Jürgen Habermas, la rationalité d’une réforme ne réside pas dans l’autorité d’un expert unique, mais dans l’espace de discussion qui permet d’aboutir à un consensus raisonné.
– Application en Tunisie : Intégrer des membres influents (parents, syndicats, partis politiques, élèves) n’est pas une concession faite à la «bien-pensance» ou aux «opinions quotidiennes». C’est un outil d’ingénierie publique : chaque acteur apporte une expertise d’usage indispensable pour ajuster les indicateurs internationaux (entre autres PISA) aux réalités du terrain Tunisien.
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b4) Le concept de «Gouvernance Multi-Parties» (Multi-stakeholder governance)
– Argumentation : Les travaux de l’OCDE sur le Systemic Leadership montrent que les réformes les plus performantes (notamment dans les modèles scandinaves et asiatiques modernes) reposent sur une responsabilité partagée (shared accountability).
– Application en Tunisie : Si les syndicats, les partis politiques, les représentants des parents et des élèves sont des membres décisionnaires du soi-disant « Conseil supérieur de l’éducation », ils ne peuvent plus se positionner en opposants systématiques dans les médias. Ils deviennent constitutionnellement co-garants des résultats de la Tunisie face aux classements internationaux.
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b5) Protection des innovations : L’exemple de la Littératie visuelle (cours d’art), ce que les allemands appellent «Bildkompetenz et expérience esthétique».
– Un conseil purement technocratique tend à couper les budgets des matières «non quantifiables» (comme les arts).
– Je parie qu’aucun membre du « Conseil supérieur de l’éducation » ne comprend absolument rien à la littératie visuelle et à l’expérience esthétique. Je doute que Kais Saïed comprenne quoi que ce soit à l’éducation esthétique à l’école secondaire (collège) et primaire. Or, celle-ci est au cœur de l’enseignement scolaire allemand. Comment voulons-nous que les membres de ce « Conseil supérieur de l’éducation » optimisent l’enseignement tunisien, si l’on exclut les professionnels de la formation esthétique et de l’art ? Demandez à ces membres du « Conseil supérieur de l’éducation » combien de fois ils ont fréquenté une exposition artistique, visité un musée ou lu un livre sur l’Histoire de l’art (Kunstgeschichte).
Dr. Jamel Tazarki, Mathématicien
jamel.tazarki
Errata dans le dernier paragraphe ci-dessus: Je parie que les membres du «Conseil supérieur de l’éducation» n’ont aucune connaissance adéquate en littératie visuelle ni d’expérience dans le domaine de l’enseignement esthétique.
jamel.tazarki
C) Pourquoi faut-il intégrer les représentants des élèves, des enseignants, des parents d’élèves, des partis politiques et des syndicats d’enseignants au « Conseil supérieur de l’éducation » en tant que membres permanents?
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c1) L’intégration de tous ces acteurs au sein du « Conseil supérieur de l’éducation » trouve sa justification scientifique la plus robuste dans la théorie des systèmes écologiques d’Urie Bronfenbrenner. Ce modèle théorique, fondamental en sciences de l’éducation (Erziehungswissenschaften), démontre que le développement, le bien-être et la performance d’un élève ne dépendent pas uniquement de ce qui se passe dans la salle de classe, mais de l’interaction dynamique de plusieurs cercles environnementaux. –> Dans une perspective systémique, exclure l’une de ces parties prenantes reviendrait à ignorer un rouage entier de l’écosystème, condamnant la réforme à l’échec par rupture de liens. Voici comment se justifie l’intégration de chaque représentant selon les différents niveaux du modèle de Bronfenbrenner :
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c2) 1. Le Microsystème et le Mésosystème : Élèves, Parents et Enseignants –> Le microsystème est l’environnement immédiat de l’enfant (l’école, la famille). Le mésosystème est l’espace d’interaction entre ces différents microsystèmes (la relation école-famille).
– Les Élèves (Le centre de l’ontosystème) : Ils sont les premiers récepteurs de l’environnement scolaire. Intégrer leurs représentants permet de mesurer en temps réel l’impact des réformes sur leur charge cognitive et leur bien-être psychologique.
– Les Parents et les Enseignants (Le lien du Mésosystème) : Bronfenbrenner démontre que le développement de l’enfant est optimal lorsque les différents microsystèmes fonctionnent en harmonie. Si le « onseil supérieur de l’éducation» modifie les examens sans inclure les parents et les enseignants, une dissonance se crée : les parents continueront à exiger une performance traditionnelle à la maison, tandis que les enseignants appliqueront de nouvelles méthodes en classe. Les inclure de manière influente garantit la cohérence et la continuité éducative.
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c3) L’Exosystème : Les Syndicats d’enseignants
– L’exosystème désigne les environnements dans lesquels l’enfant n’évolue pas directement, mais dont les décisions affectent profondément son quotidien.
– Les Syndicats d’enseignants : Les conditions de travail des enseignants sont directement liées aux conditions d’apprentissage des élèves. Si le « onseil supérieur de l’éducation» technocratique impose des réglementations qui augmentent inutilement la surcharge de travail des professeurs, cela génère du stress professionnel. Selon une logique systémique, ce stress se répercute directement dans le microsystème de la classe, dégradant le climat scolaire et le bien-être des élèves. Les syndicats défendent la viabilité structurelle de l’écosystème.
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C4. Le Macrosystème : Les Partis politiques
– Le macrosystème englobe les valeurs culturelles, les idéologies politiques et les lois d’une société.
– Les Partis politiques : En intégrant tous les partis politiques influents à la table des décisions, on s’assure que la réforme traverse les alternances démocratiques. Dans le cas contraire, un changement de gouvernement détruirait le macrosystème éducatif, plongeant les écoles dans une instabilité chronique préjudiciable à la performance à long terme.
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c5) Le Chronosystème : L’alignement temporel
– Le chronosystème prend en compte la dimension temporelle et les transitions (ici, le passage de la Tunisie à une économie mondialisée).
– La transition systémique : Le « Conseil supérieur de l’éducation » devient le régulateur du chronosystème. Sa composition multipartite permet de piloter la transition en douceur, en évitant les chocs thermiques institutionnels qu’imposerait une dictature technocratique.
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C6) Les Ressources Écosystémiques à préserver –> Pour que ce modèle de Bronfenbrenner fonctionne en Tunisie, Le « Conseil supérieur de l’éducation » doit sanctuariser deux ressources clés :
– La ressource d’interconnectivité : Créer des canaux de communication bidirectionnels (des sondages et ateliers de terrain menés par les représentants) pour que l’information remonte du microsystème (la classe) vers le macrosystème (au « Conseil supérieur de l’éducation » ).
– La balance de réciprocité : Veiller à ce qu’aucun acteur n’ait le pouvoir d’annihiler les besoins des autres. Par exemple, la quête de performance macro-économique des partis ne doit pas écraser le besoin de décompression micro-systémique (leçons d’art, Bildkompetenz, temps de pause) porté par les élèves et les parents.
Dr. Jamel Tazarki, Mathématicien
jamel.tazarki
D) L’art n’est pas un produit dérivé du développement, il en est le déclencheur technique et conceptuel.
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d1) De l’esthétique à la science : L’art plastique comme père de l’anatomie
– En Grèce antique : Les sculpteurs (comme Polyclète et son Doryphore) ont été les premiers à chercher le « canon », c’est-à-dire les proportions mathématiques parfaites du corps humain. Pour la première fois, l’Homme n’est plus représenté de manière symbolique ou rigide (comme dans l’art égyptien), mais dans sa réalité physique et dynamique
– À la Renaissance : Cette quête esthétique devient une démarche scientifique. Un artiste comme Léonard de Vinci n’étudie pas l’anatomie par simple curiosité médicale : il dissèque des corps pour comprendre la mécanique des muscles et des tendons afin de les peindre avec une vérité absolue. L’art a littéralement forcé la science médicale à progresser par le biais de l’observation visuelle.
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d2) De la forme à la conscience : L’humanisme philosophique –> L’art plastique grec a opéré une révolution philosophique majeure : le passage du théocentrisme (tout est centré sur les dieux) à l’anthropocentrisme (l’Homme est la mesure de toute chose).
– En sculptant des dieux à l’image des hommes, puis des hommes dans toute leur vérité (avec leurs doutes, leur vieillesse, leur force), l’art a renvoyé un miroir à l’humanité. [1, 2]
– Cette confrontation visuelle a poussé l’individu à s’interroger sur sa propre finitude, sa psychologie et sa place dans le cosmos. Le « Connais-toi toi-même » de Socrate trouve son écho direct dans la statuaire qui cherche à capturer l’âme et la pensée à travers le marbre.
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d3) De la sculpture à la finance : L’invention technique de la monnaie –> C’est sans doute le lien le plus direct avec notre discussion sur l’économie : la monnaie frappée est, à l’origine, une œuvre d’art plastique miniature.
– La maîtrise du bas-relief : Avant d’être un instrument d’échange financier, la pièce de monnaie (apparu en Lydie et généralisée en Grèce au VIe siècle av. J.-C.) requiert une compétence technique précise : la gravure de coins et la maîtrise du relief sur de très petites surfaces métalliques.
– La confiance par l’esthétique : Pour qu’une monnaie soit acceptée, il faut que les citoyens aient confiance en sa valeur. Les cités grecques ont utilisé l’art pour garantir cette valeur, en gravant des reliefs d’une beauté et d’une précision technologique impossibles à contrefaire pour l’époque (comme la célèbre chouette d’Athènes ou le profil d’Alexandre le Grand). L’art plastique a ainsi créé l’outil même de la confiance économique mondiale.
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d4) Ces trois exemples apportent la preuve ultime du manque de vision des discours politiques ou artistiques qui séparent l’économie de la culture : la monnaie elle-même est née d’une innovation artistique. Un acteur de théâtre ou un artiste qui maîtrise l’histoire de son propre art possède, en réalité, toutes les clés pour expliquer la genèse des structures socio-économiques et scientifiques de notre monde.
E) L’art est une posture intellectuelle, pas un luxe matériel
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e1) Il y a une mauvaise compréhension de la formation artistique dans les écoles, les collèges et dans la société tunisienne. En Allemagne, par exemple, les écoliers ne sont pas initiés à la pratique du piano, de la guitare ou de la flûte à l’école ! On leur transmet les notions théoriques de base et on leur apprend à vivre des expériences esthétiques et à savourer les œuvres d’art mentalement et spirituellement. Apprendre à jouer d’un instrument s’apprend en dehors de l’école. Introduire l’enseignement artistique à l’école tunisienne ne devrait donc pas coûter cher. « Tout le monde est artiste », disait Joseph Beuys. Même ceux qui n’ont pas les moyens de s’offrir un instrument. Puis, une flûte ne coûte que 5 euros.
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e2) Deux amis ont déposé leur dossier de candidature à l’Académie des beaux-arts de Munich. Grâce sait peindre, mais elle manque d’inspiration. Alfred, en revanche, n’a aucun talent artistique, mais il a des idées éblouissantes. Vous l’aurez compris, Grâce n’a pas été admise et Alfred a été admis, À vous de tirer vos conclusions !
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e3) Ces deux exemples en e1 et e2 – celui du modèle éducatif allemand et celui de l’examen d’entrée à la prestigieuse Académie des beaux-arts de Munich – mènent exactement à la même conclusion fondamentale : la véritable éducation artistique ne forme pas des exécutants techniques, elle forme des esprits.
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e4) L’art est une posture intellectuelle, pas un luxe matériel –> ma description de l’école allemande démonte le principal argument des gouvernements successifs en Tunisie: « La culture à l’école coûte trop cher en instruments et en infrastructures. » C’est faux.
– L’alphabétisation esthétique : L’écolier doit apprendre à voir, à écouter et à penser. Savourer une œuvre, comprendre sa structure ou analyser son message ne nécessite aucun budget, si ce n’est celui d’un enseignant passionné.
– L’illusion de la technique : Acheter des flûtes à 5 dinars montre que même la pratique minimale est accessible. Mais le cœur de l’enseignement reste conceptuel. Réduire l’art à la maîtrise technique d’un instrument, c’est confondre l’outil et la pensée.
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e5) La technique s’achète, l’idée ne s’achète pas –> L’anecdote d’Alfred et Grâce résume parfaitement la bascule de l’art contemporain, incarnée par Joseph Beuys :
– Grâce (la technique sans idée) : Elle représente le modèle académique dépassé. Elle sait peindre, mais elle n’a rien à dire. Dans le monde moderne, la technique pure peut être reproduite, sous-traitée ou aujourd’hui générée par des machines.
– Alfred (l’idée sans technique) : Il a été admis parce que les Beaux-Arts de Munich ont compris que la technique s’apprend, mais que la vision et l’inspiration sont le propre du génie humain. L’art plastique moderne est avant tout conceptuel.
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e6) L’application directe au cas tunisien : « Tout le monde est artiste » –> En citant Beuys, je rappelle que chaque être humain possède une force créatrice capable de transformer la société (le concept de « sculpture sociale »). Si l’école tunisienne adoptait cette vision allemande et munichoise, les retombées socio-économiques seraient immédiates et peu coûteuses :
– Démocratisation réelle : L’accès à la créativité ne dépendrait plus de la richesse des parents (pouvoir s’offrir un piano ou des cours privés).
– Développement de l’esprit critique : Apprendre à « savourer mentalement » une œuvre développe le discernement, une arme massive contre les dogmatismes et la manipulation.
– Création d’une valeur ajoutée économique : La Tunisie souffre d’un manque d’innovation dans ses propositions socio-économiques précisément parce que l’école forme des « exécutants » (des Grâce) plutôt que des « concepteurs » (des Alfred).
Dr. Jamel Tazarki, Mathématicien