La vague de chaleur qui frappe actuellement le pays ne constitue pas un simple épisode estival exceptionnel. Elle témoigne d’une évolution plus profonde du climat, marquée par des périodes de chaleur plus longues, des nuits de plus en plus chaudes et un risque accru de phénomènes météorologiques extrêmes.
C’est ce qu’a expliqué l’expert en climatologie Hamdi Hached, mercredi 26 août 2026, lors de son intervention sur Jawhara FM.
Des vagues de chaleur beaucoup plus longues
Hamdi Hached a relevé le caractère inhabituel de la durée des épisodes de chaleur enregistrés cet été. La première grande vague avait ainsi maintenu les températures au-dessus de 35°C pendant près de dix-neuf jours.
Une durée particulièrement importante alors que, par le passé, les épisodes de très forte chaleur s’étendaient généralement sur quelques jours.
La vague actuelle constitue, d’après l’expert, le deuxième épisode majeur de l’été. Les températures devraient rester élevées encore plusieurs jours et conserver un niveau supérieur aux normales jusqu’au début du mois de septembre.
Hamdi Hached a précisé que les journées de mercredi et jeudi devraient correspondre au pic de l’épisode actuel.
Mais le phénomène ne se limite plus aux températures diurnes. L’expert a particulièrement attiré l’attention sur la multiplication des « nuits tropicales », durant lesquelles la température demeure autour de 30°C ou davantage après le coucher du soleil.
Une situation qui empêche l’organisme de profiter de la baisse nocturne habituelle pour récupérer après les fortes chaleurs de la journée. Elle contribue également à maintenir une demande élevée en électricité durant la nuit, notamment pour la climatisation, alors que les pics de consommation étaient traditionnellement davantage concentrés pendant la journée.
Des risques réels pour la santé
L’expert a également rappelé que les conséquences sanitaires des vagues de chaleur étaient largement documentées scientifiquement.
Les personnes souffrant de maladies chroniques, notamment cardiovasculaires, respiratoires ou de diabète, sont particulièrement vulnérables. Les personnes âgées et les femmes enceintes sont également davantage exposées aux complications liées aux températures extrêmes.
Hamdi Hached a indiqué que le seuil de 35°C était notamment utilisé dans les références internationales pour caractériser des conditions dans lesquelles l’exercice d’une activité en plein air, sans mesures de protection adaptées, pouvait présenter des risques pour la santé.
Dans ce contexte, il a recommandé, lorsque cela est possible, d’éviter les sorties et les activités extérieures durant les heures les plus chaudes.
Un automne chaud et des pluies potentiellement très intenses
La baisse durable des températures ne devrait toutefois pas intervenir immédiatement. Hamdi Hached s’attend à un automne globalement plus chaud que la normale.
Il a estimé que la courbe des températures devrait commencer à s’orienter plus nettement à la baisse à partir de la deuxième semaine d’octobre, sous l’effet notamment du raccourcissement des journées.
Cette chaleur persistante pourrait s’accompagner d’un autre phénomène : des précipitations importantes concentrées sur des périodes très courtes.
L’expert a expliqué que la Méditerranée avait elle-même atteint des températures exceptionnellement élevées cet été. Il a cité le cas de certaines zones de la Méditerranée occidentale où la température de l’eau avait atteint 33°C, soit plusieurs degrés au-dessus des valeurs habituelles.
La rencontre entre une mer particulièrement chaude et l’arrivée ultérieure de masses d’air froid peut fournir les ingrédients nécessaires à des épisodes pluvieux très intenses.
Le problème ne résiderait donc pas dans la pluie elle-même, particulièrement attendue après des périodes de déficit hydrique, mais dans la possibilité que d’importantes quantités tombent en quelques heures. Les sols et les infrastructures pourraient alors ne pas être en mesure de les absorber ou de les évacuer suffisamment rapidement.
« Nous allons vers un climat subtropical »
Pour Hamdi Hached, ces phénomènes doivent surtout être lus comme les manifestations d’une transformation plus large.
« Notre climat est habituellement méditerranéen », a-t-il rappelé, avant d’estimer que le pays évoluait progressivement vers des caractéristiques davantage subtropicales.
Cette transformation pourrait progressivement modifier les équilibres agricoles et écologiques. Certaines cultures typiquement méditerranéennes pourraient devenir moins abondantes, tandis que des espèces adaptées à des conditions plus chaudes pourraient prendre davantage de place.
L’expert a également évoqué un bouleversement de la saisonnalité. Les périodes estivales pourraient s’allonger et empiéter davantage sur l’automne et le printemps, tandis que les transitions entre les saisons deviendraient plus brutales.
Face à cette évolution, Hamdi Hached a appelé à accélérer l’adaptation du pays. Agriculture, santé, énergie, infrastructures et urbanisme devraient, à ses yeux, intégrer des paramètres climatiques désormais différents de ceux qui avaient servi à concevoir les équipements et les bâtiments existants.
Il a notamment pointé certaines constructions largement vitrées, particulièrement énergivores en période de forte chaleur, estimant nécessaire de repenser les normes architecturales et de développer davantage les dispositifs d’ombrage.
Pour l’expert, l’enjeu dépasse désormais l’observation d’un été exceptionnel : il s’agit de préparer les infrastructures et les politiques publiques à un climat qui change plus rapidement que les mécanismes d’adaptation.
M.B.Z










