Face à une production qui ne parvient plus à suivre la demande, les délestages devraient continuer à rythmer cette fin d’été en Tunisie. Pour Elyes Ben Ammar, secrétaire général adjoint de la Fédération générale de l’électricité et du gaz relevant de l’UGTT, « il est trop tard pour sauver l’été 2026 ». Le responsable syndical pointe un déséquilibre structurel entre production et consommation, aggravé par la canicule, et relève que, certains jours, la pointe de consommation nocturne dépasse désormais celle de la mi-journée.
Elyes Ben Ammar est revenu, jeudi 27 août 2026, dans une interview téléphonique au micro de Hatem Ben Amara, dans l’émission Sbeh El Ward sur Jawhara FM, sur la crise électrique et les délestages qui touchent plusieurs régions du pays.
Pour le responsable syndical, il est désormais trop tard pour modifier la situation durant cet été. Avec la hausse des températures et de la consommation, la production disponible ne peut plus, selon lui, répondre à la demande. Les délestages devraient donc se poursuivre tant que ce déséquilibre persistera.
M. Ben Ammar tient toutefois à distinguer les difficultés structurelles des incidents qui peuvent affecter ponctuellement les équipements. Des pannes existent et les températures exceptionnellement élevées peuvent fragiliser certaines installations. Mais elles ne constituent pas, selon lui, l’origine principale de la crise.
« La raison principale et importante est le déséquilibre entre la demande et l’offre », a-t-il affirmé.
Les délestages pour empêcher l’effondrement du réseau
Lorsque la consommation atteint un niveau susceptible de menacer la stabilité du système électrique, la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg) procède à des délestages afin de réduire la charge et d’éviter un effondrement généralisé du réseau.
Ce mécanisme consiste à interrompre temporairement l’alimentation de certaines zones lorsque la demande dépasse les capacités disponibles. Les coupures peuvent être tournantes et intermittentes afin de préserver l’équilibre général du système. Le 24 juillet, Mohamed Atef Bouabdallah, membre de la Fédération générale de l’électricité et du gaz, avait déjà expliqué que ces opérations, manuelles ou automatiques, visaient à empêcher un black-out lorsque le réseau ne pouvait plus satisfaire l’ensemble de la demande.
Elyes Ben Ammar a, dans ce contexte, tenu à rendre hommage aux agents, techniciens et cadres de la Steg qui travaillent, selon lui, dans des conditions particulièrement difficiles. Il assure que les équipes interviennent pour préserver la stabilité du réseau malgré la chaleur, les pannes et les tensions sur le système électrique.
Cette gestion de l’urgence est devenue encore plus complexe avec l’évolution des habitudes de consommation. La pointe électrique n’est plus systématiquement concentrée au milieu de la journée.
Selon M. Ben Ammar, certains jours, la pointe enregistrée durant la nuit est même supérieure à celle observée à la mi-journée. La chaleur emmagasinée par les logements et les bâtiments durant la journée continue notamment d’alimenter l’utilisation des climatiseurs plusieurs heures après le coucher du soleil.
Ce constat permet de mieux comprendre pourquoi les délestages ont fini par gagner la soirée.
La Steg a repris, à partir du jeudi 20 août, la publication des listes des zones susceptibles d’être concernées par des coupures tournantes et intermittentes. Les premières annonces concernaient essentiellement la tranche de l’après-midi. Mais la pression sur le réseau s’est également manifestée en soirée.
Le lundi 24 août, après des délestages annoncés entre 13 et 17 heures, les tensions s’étaient ainsi prolongées et la Steg avait de nouveau annoncé des coupures entre 22 heures et minuit dans plusieurs régions du pays.
Ces derniers jours, la Steg a ainsi publié des listes concernant des délestages l’après-midi, entre 13 et 17 heures, mais aussi la nuit, entre 22 heures et minuit.
Interrogé sur la possibilité de voir les coupures s’intensifier ce jeudi, Elyes Ben Ammar a directement lié leur évolution à celle des températures et de la demande. Si la chaleur continue d’augmenter et entraîne une nouvelle hausse de la consommation, le recours aux délestages devrait se poursuivre.
Économiser quelques mégawatts ne réglera pas le problème structurel
Dans l’immédiat, le responsable syndical appelle les consommateurs à suivre les recommandations de maîtrise de la consommation diffusées notamment par la Steg et l’Agence nationale pour la maîtrise de l’énergie (ANME).
Il cite en particulier le réglage des climatiseurs à 26 degrés Celsius. À l’échelle du réseau, chaque mégawatt économisé représente, selon lui, un gain susceptible d’alléger la pression durant les périodes les plus tendues.
Mais cette sobriété ne constitue pas une solution à la crise structurelle. Elyes Ben Ammar insiste sur la nécessité de revoir les politiques publiques et les choix énergétiques afin d’adapter les capacités du pays à l’évolution de ses besoins.
Deux jours auparavant, mardi 25 août, le responsable syndical avait indiqué sur Diwan FM que le déficit entre la demande et les capacités disponibles pouvait atteindre 2.000 mégawatts aux heures de pointe. Il précisait qu’il s’agissait de la puissance manquante à un instant donné lorsque la consommation atteint son maximum et non d’un déficit calculé sur une journée ou un mois.
D’après son estimation, au moins quatre nouvelles centrales seraient nécessaires pour couvrir un manque de l’ordre de 2.000 mégawatts. Une réponse qui ne peut pas être mise en œuvre à temps pour l’été en cours, les infrastructures de production nécessitant des délais de réalisation importants.
Le 24 juillet, Mohamed Atef Bouabdallah avait déjà indiqué que la demande atteignait environ 6.000 mégawatts, alors que la Steg ne pouvait en fournir que 4.400. L’écart était donc de l’ordre de 1.600 mégawatts à cette date.
La Tunisie complète par ailleurs sa production nationale par des importations d’électricité depuis l’Algérie. Mais cette solution atteint elle-même ses limites lorsque les deux pays connaissent simultanément des pics de consommation : le réseau algérien étant alors fortement sollicité, les quantités disponibles pour l’exportation peuvent être réduites.
Invité le 20 août sur Jawhara FM, l’ingénieur spécialisé dans l’énergie Foued Ali avait lui aussi attribué les délestages au manque de marge entre la production disponible et la demande estivale.
Il avait également souligné l’effet de l’humidité, qui pousse les climatiseurs à fonctionner davantage pour maintenir le même niveau de confort, ainsi que celui de la chaleur sur les installations de production. Les températures élevées peuvent réduire l’efficacité de leurs systèmes de refroidissement et donc leurs performances au moment même où la demande augmente.
Foued Ali avait en outre pointé le recul des investissements et les retards pris par plusieurs projets. Il avait notamment évoqué quelque 870 mégawatts de capacités susceptibles de renforcer le système électrique, mais qui n’avaient toujours pas été intégrées au réseau.
Elyes Ben Ammar assure, de son côté, que les avertissements ne datent pas de cet été. La fédération avait, selon lui, élaboré dès 2018 un document alertant sur les conséquences des politiques suivies dans le secteur. Il affirme que la partie syndicale a depuis formulé plusieurs propositions, mais qu’elle n’a pas suffisamment été entendue.
Le responsable syndical rejette également les accusations selon lesquelles les organisations syndicales auraient empêché l’implication du secteur privé dans la production d’électricité. Il assure pouvoir contester cette lecture, procès-verbaux à l’appui, et rappelle que la fédération a elle-même formulé des propositions pour renforcer les capacités de production, tout en défendant le rôle du service public et l’accès de tous les Tunisiens à l’électricité.
Ces explications interviennent quelques heures après une réunion au sommet de l’État consacrée notamment aux coupures d’eau et d’électricité enregistrées dans plusieurs régions du pays.
Dans un communiqué publié jeudi 27 août 2026 à 2h51, la présidence de la République a indiqué que Kaïs Saïed avait réuni, la veille au palais de Carthage, la cheffe du gouvernement, Sarra Zaâfrani Zenzri, le ministre de l’Équipement et de l’Habitat et chargé de la gestion du ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie, Salah Zouari, le ministre de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, Ezzeddine Ben Cheikh, ainsi que les PDG de la Steg, Fayçal Trifa, et de la Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux (Sonede), Abdelhamid Menja.
Le chef de l’État a affirmé que des enquêtes avaient établi que certaines coupures d’eau et d’électricité enregistrées dans plusieurs régions n’étaient pas dues à de simples « pannes ordinaires », mais résultaient d’« actes prémédités ». Selon lui, leurs auteurs chercheraient à attiser les tensions.
La présidence n’a toutefois fourni aucun élément sur la nature de ces actes, les régions ou les coupures précisément concernées, leurs auteurs présumés ou encore les enquêtes auxquelles Kaïs Saïed faisait référence.
Ces déclarations ne permettent donc pas d’assimiler les interruptions évoquées par le président de la République aux délestages tournants et intermittents programmés par la Steg. Ces derniers répondent, selon les explications fournies par Elyes Ben Ammar et d’autres spécialistes du secteur, à la nécessité de maintenir l’équilibre du réseau lorsque la demande dépasse les capacités disponibles.
Jusqu’à 48 degrés Celsius et une demande qui reste sous pression
La situation intervient alors que la chaleur continue de peser sur la quasi-totalité du pays.
Selon le bulletin quotidien de l’Institut national de la météorologie (INM), les températures maximales doivent généralement osciller, jeudi 27 août, entre 44 et 48 degrés Celsius. Elles avoisineront 41 degrés Celsius dans le Centre-Ouest ainsi que près des côtes orientales du Nord et du Centre, avec des coups de sirocco.
La carte de vigilance météorologique publiée jeudi à 6h49 place par ailleurs 23 des 24 gouvernorats du pays en vigilance orange. Kasserine est le seul gouvernorat placé en vigilance jaune. La carte reste valable jusqu’au vendredi 28 août à 7 heures.
Ces températures entretiennent une forte demande en électricité, notamment à travers l’utilisation intensive des climatiseurs. Mais leur effet ne disparaît pas avec le coucher du soleil. La chaleur accumulée dans les bâtiments pendant la journée continue de peser sur les besoins de refroidissement durant la soirée.
Ce phénomène avait déjà été relevé lors des précédents épisodes de chaleur : les nuits chaudes empêchent la consommation de redescendre suffisamment et privent le réseau des périodes de répit dont il pourrait normalement bénéficier après la pointe diurne.
Cette évolution impose, selon Elyes Ben Ammar, de revoir la manière dont les besoins électriques du pays sont anticipés.
Pour le responsable syndical, la question dépasse d’ailleurs la seule production d’électricité. La Tunisie, particulièrement exposée aux effets du changement climatique, doit mettre en place de véritables programmes d’adaptation et orienter ses politiques publiques vers les besoins futurs de la population.
Lors de son intervention du 25 août, il avait déjà averti que le rythme actuel des mesures était insuffisant et que rien n’avait véritablement changé depuis les fortes tensions enregistrées en juillet. Il appelait à accélérer les projets, à mobiliser les différentes solutions disponibles et à préparer dès maintenant la prochaine saison estivale.
Pour l’été 2026, Elyes Ben Ammar considère désormais que le temps des solutions susceptibles d’inverser la situation est passé. L’enjeu immédiat consiste à maintenir le réseau en équilibre et à limiter les conséquences des pointes de consommation. Mais son avertissement déplace déjà l’urgence vers l’année prochaine : si cet été ne peut plus être sauvé, c’est désormais l’été 2027 qu’il faut préparer.
I.N.











Commentaire
le financier
8ans que la steg et les syndicats lui demande des moyens pour augmenter la production et remplacè les pieces , et cet incompetent avec sa ex sinistres de l energie n ont rien fait de concret …. bande d incapable