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« Le discours du complot ne trompe plus personne » : l’UGTT Sfax tacle le pouvoir et « l’échec » du 25-Juillet

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Par Imen Nouira

    Alors que les coupures d’eau et d’électricité se multiplient, que les pénuries et la vie chère alimentent la colère et que les drames de la migration irrégulière se succèdent, une voix syndicale vient de rompre avec le silence ambiant. Et cette voix ne vient pas du bureau exécutif national de l’UGTT. Elle vient de Sfax.

    Dans un communiqué publié à l’issue de sa réunion du mercredi 26 août 2026, l’Union régionale du travail de Sfax dresse un constat particulièrement sévère de la situation du pays. Mais au-delà de la liste des crises sociales, c’est surtout le ton politique du quatrième point qui retient l’attention : l’URT s’en prend directement au recours au « discours du complot », aux accusations de « trahison » et de « collaboration », et appelle le pouvoir à assumer ses responsabilités.

    Une sortie d’autant plus remarquée qu’elle intervient au lendemain des déclarations de Kaïs Saïed sur les coupures d’eau et d’électricité. Réuni à Carthage mercredi 26 août avec la cheffe du gouvernement, les ministres concernés ainsi que les PDG de la Steg et de la Sonede, le président de la République avait affirmé que les enquêtes avaient établi que certaines coupures n’étaient pas dues à des pannes ordinaires mais à des « actes prémédités » visant à attiser les tensions, allant jusqu’à évoquer des « ennemis de la patrie » et des « plans criminels ».

    Sans citer le chef de l’État, le communiqué syndical répond, dans le fond comme dans le vocabulaire, à cette lecture des crises.

    Des coupures au chômage, Sfax dresse l’inventaire des crises

    Le premier point du communiqué s’attaque aux difficultés qui frappent directement le quotidien des Tunisiens. L’URT de Sfax dénonce la poursuite des coupures d’eau et d’électricité et reproche au régime du 25-Juillet son incapacité à gérer les affaires publiques face à des perturbations devenues récurrentes.

    Elle évoque également la hausse du coût de la vie, la disparition des produits de première nécessité, la spéculation et le monopole, ainsi que la flambée des prix « en l’absence de solutions ».

    Le syndicat régional ne limite toutefois pas son constat aux questions de pouvoir d’achat. Il dénonce également la dégradation des services publics, notamment dans le transport, la santé et l’éducation.

    Autrement dit, pour l’URT de Sfax, les coupures ne constituent pas un incident isolé. Elles s’inscrivent dans une crise plus large de la gestion publique, dont les effets se font sentir jusque dans les conditions de vie quotidiennes.

    « Un horizon bouché » pour les Tunisiens et les jeunes

    Le deuxième point s’intéresse à une autre conséquence de cette situation : la fermeture des perspectives, notamment pour la jeunesse.

    L’URT dénonce « le désespoir et la perte d’espoir » qui gagnent les Tunisiens, particulièrement les jeunes, et la transformation de la migration irrégulière en phénomène inquiétant.

    Le communiqué insiste surtout sur le coût humain de cette situation. Il évoque les Tunisiens et les migrants morts en mer, victimes et noyés, tout en dénonçant « l’absence d’un projet national capable de sauver le pays » et ce que le syndicat qualifie de « silence total et suspect » face à ces drames.

    Le diagnostic ne se veut donc pas seulement social. Il met directement en cause la capacité du pouvoir à proposer une perspective et à répondre aux crises qui se multiplient.

    Le coup de semonce contre le pouvoir

    C’est toutefois le quatrième point qui donne au communiqué sa véritable portée politique.

    L’URT de Sfax affirme que « le discours du complot et la distribution des accusations de trahison et de collaboration ne trompent plus personne ». Elle va plus loin en rejetant la tendance consistant à transformer « chaque crise et chaque échec en prétexte aux conspirations ».

    La formule est lourde de sens.

    Sans nommer Kaïs Saïed, le syndicat régional s’attaque ainsi frontalement à un mode de communication politique qui consiste à expliquer les crises par l’existence d’ennemis, de conspirateurs ou de plans visant à déstabiliser le pays.

    Et le communiqué ne s’arrête pas là. L’URT affirme que cette mécanique ne saurait « cacher la réalité des choses » et qu’elle ne décharge pas le pouvoir de ses responsabilités.

    Pour la structure syndicale, les crises « ne se résolvent pas par le populisme ni par la restriction des voix libres », mais « par le dialogue, la responsabilité et les décisions courageuses ».

    La séquence est particulièrement significative. La veille, le président de la République avait précisément présenté certaines coupures d’eau et d’électricité comme le résultat d’« actes prémédités » visant à attiser les tensions et avait affirmé que les « ennemis de la patrie » étaient désormais démasqués.

    Le communiqué de l’URT de Sfax, lui, invite à regarder dans l’autre direction : non pas vers les conspirateurs, mais vers les responsabilités.

    Une attaque politique, mais sans rupture avec l’UGTT

    La sortie est d’autant plus inhabituelle qu’elle ne se contente pas de critiquer la manière dont le pouvoir explique les crises. Le troisième point du communiqué vise également sa méthode de gouvernance.

    L’URT de Sfax affirme son rejet absolu de « la politique d’exclusion, de décision unilatérale » ainsi que de « l’absence de dialogue, de participation et de négociation avec l’Union générale tunisienne du travail ».

    Le message est donc double : le pouvoir doit assumer ses responsabilités et il doit renouer avec le dialogue social.

    Cette prise de parole prend également une dimension particulière par contraste avec le silence du bureau exécutif national de l’UGTT. Alors que la structure régionale de Sfax choisit de réunir dans un même communiqué les coupures, les pénuries, le pouvoir d’achat, le chômage, la migration, les services publics et la gouvernance, la centrale syndicale nationale n’a pas, à ce stade, adopté une sortie comparable sur l’ensemble de ces dossiers.

    Sfax prend donc la parole là où Tunis se tait. Et elle le fait avec un langage particulièrement offensif.

    « Le peuple ne paiera pas le prix de l’échec »

    Dans sa conclusion, l’URT de Sfax réaffirme pourtant son attachement à l’UGTT, qu’elle décrit comme une organisation libre, indépendante et militante.

    La structure régionale assure qu’elle continuera, avec l’ensemble de ses syndicats et structures, à assumer « ses responsabilités militantes et historiques » dans la défense des travailleurs, de la dignité des Tunisiens et de leur droit à un travail décent et à une vie digne.

    Surtout, elle prévient que les travailleurs et les syndicalistes ne permettront pas au peuple de payer seul « le prix de l’échec, de l’incapacité et du manque de vision ».

    Derrière cette formule, le message est difficile à manquer : les difficultés du pays ne peuvent être éternellement attribuées à des ennemis extérieurs, à des conspirations ou à des tentatives de déstabilisation. Pour l’URT de Sfax, le pouvoir doit répondre de ses choix, de ses résultats et de ses échecs.

    Le communiqué s’achève sur l’attachement à une Tunisie « libre et indépendante » et à une UGTT « organisation nationale militante ».

    Mais, pour une fois, le signal le plus fort ne vient pas de la direction nationale de la centrale. Il vient de Sfax, avec une mise en garde qui sonne comme un avertissement politique : les crises sont là, les responsabilités aussi, et le « complot » ne saurait tenir lieu de réponse.

    I.N.

    *Photo d’illustration

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    2 commentaires

    1. Citoyen_H

      Répondre
      28 août 2026 | 23h15

      IL N’Y AURA AUCUN RETOUR EN ARRIÈRE

    2. Citoyen_H

      Répondre
      28 août 2026 | 15h21

      IL N’AURA AUCUN RETOUR EN ARRIÈRE

      Si on en est là, c’est en grande partie à cause de votre incompétence et de la soif du pouvoir des différents dirigeants qui s’étaient succédé.
      Soyez maudits à jamais, bandes de charognards.
      Vous avez détruit le pays.
      La fin de la récré a été sifflée le 25 juillet béni.
      Allah lè i bérrekilkom
      8li’ktou el bled
      Si tout se passe comme il faut, vos jours sont comptés,

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