En Tunisie, la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) ne manque plus de visibilité. Conférences, initiatives environnementales, engagements sociaux, démarches ESG ou encore rapports extra-financiers témoignent d’une prise de conscience progressive. Pourtant, la RSE peine encore, dans de nombreuses entreprises, à s’inscrire pleinement au cœur des décisions stratégiques.
Certaines entreprises ont néanmoins engagé des démarches structurées et de long terme. Dans les télécommunications, Orange Tunisie développe ainsi des initiatives autour de l’inclusion numérique, de l’innovation responsable et de l’engagement environnemental. Dans le secteur financier, l’UBCI travaille sur la finance durable et la gouvernance responsable, tandis que la SFBT investit dans la maîtrise de sa consommation d’eau et d’énergie. Ces initiatives montrent que la RSE peut progressivement dépasser le cadre de l’engagement ponctuel pour devenir un véritable sujet de transformation.
Une priorité encore confrontée aux réalités économiques
Le principal défi reste cependant économique. Dans un environnement marqué par l’inflation, les tensions sur la trésorerie, la pression fiscale et le manque de visibilité, de nombreuses entreprises privilégient naturellement les enjeux de court terme.
Or, les bénéfices d’une démarche RSE se construisent souvent dans la durée. Réduction des consommations énergétiques, meilleure maîtrise des risques, attractivité et fidélisation des talents, amélioration de la réputation, accès à certains marchés ou anticipation des évolutions réglementaires : les retombées peuvent être importantes, mais elles ne sont pas toujours immédiatement visibles dans les comptes de l’entreprise.
C’est précisément ce décalage entre les investissements nécessaires aujourd’hui et les bénéfices attendus demain qui peut encore freiner le passage à l’action.
Sortir d’une vision limitée à la communication
La RSE reste également parfois associée à quelques actions ponctuelles : mécénat, plantation d’arbres, journées environnementales ou initiatives sociales.
Ces actions peuvent naturellement avoir leur utilité. Mais une véritable démarche RSE va beaucoup plus loin. Elle concerne directement le fonctionnement de l’entreprise et peut toucher sa gouvernance, ses conditions de travail, ses politiques d’achats, sa chaîne de fournisseurs, son empreinte environnementale, son inclusion, sa transparence ou encore son impact sur les territoires.
Autrement dit, la question n’est plus seulement de savoir ce que l’entreprise fait pour la société, mais aussi la manière dont elle exerce son activité et crée de la valeur.
Un cadre réglementaire qui évolue
La Tunisie dispose depuis 2018 d’un cadre légal avec la loi n°2018-35 relative à la responsabilité sociétale des entreprises. Celle-ci vise notamment à renforcer la contribution des entreprises au développement durable ainsi qu’à leur environnement social et territorial.
L’existence de ce cadre constitue une étape importante. Mais comme pour de nombreux sujets de transformation, l’enjeu réside désormais dans sa traduction concrète : accompagnement des entreprises, développement des compétences, mise en place d’indicateurs pertinents et capacité à mesurer réellement les impacts.
Parallèlement, les attentes des partenaires internationaux, des investisseurs et des donneurs d’ordre évoluent. Les entreprises sont progressivement amenées à démontrer davantage la réalité de leurs engagements, leur niveau de transparence et leur capacité à maîtriser leurs risques environnementaux, sociaux et de gouvernance.
De la contrainte à l’opportunité
Cette évolution peut être perçue comme une contrainte supplémentaire. Elle peut aussi constituer une opportunité.
Pour les entreprises tunisiennes, intégrer davantage les enjeux RSE dans leur stratégie peut contribuer à améliorer leur compétitivité : réduire certains coûts, renforcer leur résilience, anticiper les nouvelles exigences de leurs partenaires, attirer les talents et favoriser l’innovation.
La RSE peut également devenir un levier de différenciation. Dans un contexte où les collaborateurs, les consommateurs, les investisseurs et les partenaires accordent une importance croissante aux engagements des entreprises, la capacité à démontrer un impact réel peut devenir un avantage concurrentiel.
La prochaine étape : passer de l’engagement à la transformation
Le véritable enjeu pour les entreprises tunisiennes n’est donc plus seulement de faire de la RSE, mais de l’intégrer progressivement à leur modèle de fonctionnement et à leurs décisions stratégiques.
Cela suppose de passer d’une logique d’actions isolées à une approche structurée : définir des priorités, fixer des objectifs mesurables, mobiliser les collaborateurs, associer les fournisseurs et partenaires et, surtout, mesurer les résultats obtenus.
La RSE ne doit ainsi plus être considérée uniquement comme une démarche de responsabilité ou d’image. Elle peut devenir un véritable outil de transformation, de résilience et de création de valeur.
La question n’est donc plus vraiment de savoir si les entreprises tunisiennes doivent intégrer la RSE, mais comment elles peuvent transformer leurs engagements en avantages compétitifs durables.
R.B.H










