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Manifestation xénophobe à Tunis contre la scolarisation d’enfants migrants

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Par Imen Nouira

    Une scène pour le moins troublante s’est déroulée vendredi 28 août 2026 devant le ministère de l’Éducation à Tunis. Plusieurs personnes se sont rassemblées pour contester la scolarisation dans les établissements publics tunisiens d’enfants de migrants subsahariens en situation irrégulière. Une mobilisation qui pose une question autrement plus fondamentale que celles avancées par les participants : depuis quand le statut administratif des parents doit-il déterminer le droit d’un enfant à apprendre ?

    Le rassemblement avait été annoncé deux jours auparavant par « إضاءات » (Idhaet, « Éclairages » en arabe), une page qui se présente comme une chaîne culturelle et intellectuelle consacrée aux questions sociales, culturelles et de société en Tunisie, affirmant vouloir encourager le dialogue et la pensée critique. Dans une publication diffusée mardi 25 août, elle annonçait une mobilisation devant le ministère de l’Éducation à partir de 10 heures, contre ce que les organisateurs considèrent comme « l’intégration des enfants de migrants en situation irrégulière dans les écoles tunisiennes ».

    Vendredi matin, la même page a diffusé une vidéo montrant les préparatifs puis les participants devant le ministère. Les pancartes et banderoles donnent cependant à voir un discours dépassant largement la seule question de la scolarisation. Plusieurs affichent explicitement « Non à l’installation », l’une proclamant que « notre patrie est une ligne rouge ». Une autre associe le logo du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) à une carte de la Tunisie barrée du même mot d’ordre. D’autres réclament le « départ total et immédiat des migrants en situation irrégulière », refusent toute installation « sous quelque appellation ou couverture que ce soit » ou assimilent encore la migration à une « colonisation ».

    Des difficultés réelles de l’école invoquées pour refuser des enfants

    Les participants demandent au ministère de l’Éducation des éclaircissements sur une éventuelle intégration durable des enfants de migrants subsahariens en situation irrégulière dans les établissements publics. Parmi les questions soulevées figurent le fondement juridique d’une telle mesure, le nombre d’enfants concernés actuellement et dans les prochaines années, son coût ainsi que son impact sur la capacité d’accueil des établissements et sur le personnel éducatif.

    L’éducateur Adel Ben Rahmoun, présent au rassemblement, a notamment invoqué l’état des infrastructures scolaires et la surcharge des classes. Selon lui, des établissements souffrant déjà de nombreuses insuffisances ne seraient pas en mesure d’accueillir ces élèves. Les participants réclament également une clarification de la position du gouvernement et une politique nationale en matière de migration et d’éducation.

    Que l’état de l’école publique tunisienne soit préoccupant n’est évidemment pas une découverte. Infrastructures dégradées, classes surchargées, manque de moyens et difficultés récurrentes constituent des problèmes bien réels. Mais transformer ces défaillances en argument pour déterminer quels enfants pourraient franchir la porte de l’école et lesquels devraient rester dehors relève d’une tout autre logique.

    Derrière les interrogations administratives, financières ou logistiques se trouve une réalité difficile à contourner : il est question d’enfants. Des enfants qui n’ont choisi ni leur pays de naissance, ni leur parcours migratoire, ni la situation administrative de leurs parents.

    Le droit à l’école ne devrait pas dépendre d’un passeport

    On peut débattre de politique migratoire. On peut questionner la capacité d’accueil du pays, les moyens de l’État, le financement des services publics, les conditions de séjour ou encore demander au gouvernement de rendre publiques et d’expliquer ses décisions. Ce débat est légitime et même nécessaire.

    Demander que des enfants soient privés d’accès à l’éducation en raison de la situation administrative de leurs parents est une tout autre affaire.

    Un enfant reste un enfant. Son droit d’apprendre, d’être éduqué et d’aller à l’école ne saurait devenir la variable d’ajustement d’un débat politique sur l’immigration. Faire peser sur lui le statut administratif de ses parents revient à lui faire supporter les conséquences d’une situation sur laquelle il n’a aucune prise.

    Les participants assurent ne promouvoir ni racisme ni haine. Mais l’intention revendiquée ne suffit pas à effacer la portée d’une demande lorsqu’elle consiste, concrètement, à contester la présence de certains enfants dans les écoles en raison de leur origine et de la situation migratoire de leurs familles. Et les slogans visibles vendredi, assimilant notamment la migration à une « colonisation », rendent cette ligne de défense pour le moins difficile à soutenir.

    Et si les enfants concernés étaient tunisiens ?

    Il existe enfin une question que ce rassemblement oblige à poser : accepterions-nous que le même raisonnement soit appliqué aux Tunisiens vivant à l’étranger ?

    De très nombreux Tunisiens vivent en France, en Italie, en Allemagne et dans d’autres pays, et leurs enfants y fréquentent les établissements scolaires. Quelle serait la réaction en Tunisie si, demain, des Français, des Italiens ou des Allemands se rassemblaient devant leur ministère de l’Éducation pour demander que les enfants de Tunisiens en situation irrégulière soient tenus à l’écart des écoles publiques ?

    Quelle serait la réaction si des pancartes réclamaient leur départ, refusaient leur installation et présentaient leur présence comme une menace pour la population locale ? De telles images provoqueraient, à juste titre, indignation et colère en Tunisie.

    La réciprocité est parfois un miroir inconfortable. Elle permet pourtant de mesurer la portée de certaines revendications lorsqu’elles ne concernent plus « les autres », mais nos propres enfants.

    Les difficultés de l’école tunisienne méritent des réponses. La politique migratoire mérite un débat public, des chiffres, des règles claires et des décisions assumées par les pouvoirs publics. Mais aucune pénurie de salles de classe, aucune insuffisance budgétaire et aucun débat sur l’immigration ne peuvent justifier que l’on considère qu’un enfant serait de trop sur les bancs d’une école.

    L’école est précisément l’endroit où une société devrait commencer par protéger les enfants des fractures, des peurs et des conflits des adultes. Leur en fermer la porte ne résout aucun problème migratoire. Cela en crée simplement un autre, autrement plus inquiétant, celui d’une société qui en vient à débattre de quels enfants auraient, ou non, le droit d’apprendre.

    I.N.

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    6 commentaires

    1. jfgautheron

      Répondre
      29 août 2026 | 21h03

      Bonjour,
      Tout d’abord, je félicite la rédactrice de cet article. L’analyse s’appuie sur des faits de société et se nourrit d’une culture de droit humanitaire.
      L’éducation est un droit fondamental qui refuse toute discrimination et favorise l’intégration universelle. Elle passe par l’école et celle-ci n’a pas de frontière. Elle reste un espace neutre et protecteur où les valeurs d’égalité et de respect doivent primer, indépendamment des origine. Toute approche qui tente de s’écarter de ce principe a pour conséquence douloureuse : la division voire la haine. Elle génère des tensions et conduit à la discrimination. Elle donnera légitimité au racisme. L’écrivain Tahar Ben Jelloun qualifie le racisme comme étant la « peur de l’étranger, de celui qu’il ne connaît pas, surtout si cet étranger est plus pauvre que lui ». Il dit que le racisme est une « maladie du coeur et de l’esprit ».
      Cette manifestation du racisme en Tunisie devient un sujet de grandes inquiétudes et divise le pays. On observe une montée de haine dont sont victimes les personnes originaires d’Afrique mais aussi des citoyens tunisiens de couleur noire. Cette minorité nuit à la belle image et à la belle culture de la Tunisie. Une Tunisie qui a été de tous les temps un pays accueillant, généreux et respectueux de la dignité de chacun. Je suis persuadé que la conscience collectivité parviendra à mettre fin à cette tendance dangereuse et contraire à nos principes et à notre image.

      Je termine cette intervention par un petit mot en réponse au commentaire de pour l’intervenant Gg :
      La mixité des origines (culturelles, ethniques et sociales) à l’école est un élément positif dans la cohésion sociale. Elle permet d’élever le niveau le niveau d’aspiration des enfants issus de milieux populaires et contrairement aux idées reçues, les études montrent que cette mixité ne dégrade pas les performances des élèves de milieu favorisé (voir les évaluations du CNESCO ou l’OCDE).
      Les expérimentations ont montré que la mixité sociale a des effets positifs sur tous les élèves, quel que soit leur origine sociale :
      – une plus grande estime de soi ;
      – un plus grand optimisme sur le rendement de l’effort
      – une attitude plus favorable au travail en groupe et une plus grande solidarité.
      En conséquence, il faut éviter les subjectivités qui génèrent des erreurs d’interprétation. En France, le niveau scolaire n’a pas baissé en raison de la mixité des origines ou mixité sociale comme l’indique Gg. Le privé n’a jamais mieux fait que le privé. Le problème trouve son origine essentiellement dans le rôle des parents. C’est un rôle clé et complémentaire pour assurer la réussite et le bien-être de leurs enfants à l’école. Le deuxième facteur repose sur le manque de moyens lié à des restrictions budgétaires et des formations insuffisantes des enseignants. De là, on note une vraie inquiétude du personnel enseignant pour mener à bien leur travail éducatif et de transmission du savoir.
      Gardons à l’esprit que le droit de l’enfant à l’école, quelle que soit son origine est droit fondamental inconditionnel. Les moyens à mettre en oeuvre pour y parvenir relèvent du pouvoir public et de la société civile.

    2. HatemC

      Répondre
      29 août 2026 | 9h30

      Que des islamistes des barbus et des voilées….³

    3. WILD PING

      Répondre
      29 août 2026 | 9h21

      Ce genre d’article me fatigue et à ce point, c’est clairement juste du gaslighting. Vous demandez : « depuis quand le statut administratif des parents doit-il déterminer le droit d’un enfant à apprendre ? ». Mais andouille, les enfants sont eux-mêmes illégaux ! Si vous étiez honnête envers vos lecteurs, vous demanderiez : « depuis quand le statut administratif des enfants illégaux doit-il déterminer leur droit à apprendre ? ».

      Maintenant soyons clair, si la situation socio-économique en Tunisie était idéale on pourrait leur permettre une scolarité, sauf que l’état de notre système éducatif est déjà mauvais, la situation socio-économique est mauvaise, et on n’a pas les moyens financiers pour régler quoi que ce soit ! On ne fait que s’endetter, pire, on fait moins d’enfants et la population vieillit. Qui va rembourser les dettes à force !? Les migrants illégaux, c’est ça que vous voulez !? Donc ajouter des problèmes, aussi petits soient-ils, à une situation qui n’est pas seulement problématique, mais qui s’aggrave, c’est juste complètement débile ! Vous reconnaissez qu’il y a des problèmes dans le système éducatif, mais ce que vous ne semblez pas réaliser, c’est qu’il y a d’autres problèmes qui s’ajoutent au système éducatif mis à part la scolarisation d’enfants illégaux, donc prenez du recul bon sang ! On ne gère pas un pays qu’avec des sentiments et de jolies principes !

    4. Gg

      Répondre
      28 août 2026 | 17h55

      « Et si les enfants concernés étaient tunisiens ? »
      Bonne question.
      Réponse, à 6-7 ans, ils parleraient déjà l’arabe tunisien, ils sauraient déjà en écrire les bases.
      Mettez parmi ces enfants un certain nombre qui ne parlent ni n’écrivent votre langue.
      Que va t’il se passer?
      Les profs vont devoir créer des groupes de niveau. Solution refusée par les belles âmes au nom de nobles principes d’égalité devant l’enseignement. Du coup, le niveau global baisse.
      C’est ainsi qu’en France les parents ont vite fait de sélectionner les « bonnes écoles », c’est à dire celles à faible population immigrée.
      Globalement le niveau moyen de l’enseignement en France a considérablement baissé.
      Mais l’excellence existe toujours, dans le privé.
      Conclusion personnelle, on peut inclure des enfants en retard par rapport aux autres, mais à petite dose. Alors ça se passe bien, car à cet âge on apprend très vite.
      Mais faites attention, le discours que vous qualifiez de xénophobe cache une réalité qu’il ne faut pas négliger.
      Tout est question de nombre.

    5. Hannibal

      Répondre
      28 août 2026 | 17h03

      Mr le président, n’allez pas à Sfax. La députée vous prépare un guet-apens. Vous êtes tellement intelligent que vous n’avez pas besoin de vous déplacer pour voir des traîtres, des comploteurs et des conspirateurs. Retournez à votre planète. Vous allez retrouver des ET qui vous comprennent.

    Répondre

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