Par Ridha Zahrouni
Quand Bill Gates change de ton, il adopte une posture plus prudente, voire alarmiste face à ses dérives potentielles.
Alors qu’il se montrait très optimiste, le cofondateur de Microsoft a publié un long manifeste de 6.000 mots sur son blog officiel Gates Notes ainsi que des tribunes dans le New York Times, pour avertir que « l’ère tumultueuse de l’IA est arrivée » et que le monde n’a absolument « aucun plan » pour y faire face. Un virage à 180 degrés avec des déclarations chocs qui ont eu lieu la semaine passée, le mercredi 26 août 2026 exactement.
Dans son manifeste, Bill Gates concentre ses critiques sur l’absence totale de préparation du monde et sur une industrie de la tech qui cherche à minimiser les risques. En engageant explicitement sa propre réputation, il martèle que « cette fois, c’est différent » de toutes les précédentes révolutions technologiques.
1. L’inaction politique et l’absence de plan face aux dérives des producteurs de l’IA
Bill Gates critique sévèrement le fait que la technologie progresse à une vitesse « stupéfiante » alors que les gouvernements restent inconscients et pratiquement immobiles. Il déplore qu’ils n’aient mis en place aucune structure pour absorber le choc économique. Dans son interview au New York Times, il a fermement fustigé l’idée que les géants de la tech s’autorégulent face au « plus dangereux outil jamais inventé ».
2. Une menace existentielle sur le marché du travail, notamment pour les classes moyennes et populaires
Contrairement aux ordinateurs qui ont mis 20 ans à transformer le marché du travail, l’IA remplace aujourd’hui la cognition humaine de manière quasi instantanée. Bill Gates alerte l’opinion publique sur le fait que non seulement elle s’attaque aux compétences de bureau et de services (comptables, administratifs), mais qu’elle menace aussi les compétences physiques avec l’arrivée de robots intelligents d’ici la fin de la décennie.
Il dénonce également un système de taxes absurde qui favorise le licenciement. En effet, les entreprises doivent payer des impôts sur les salaires des employés quand ils sont humains, mais bénéficient de déductions fiscales immédiates lorsqu’elles achètent des robots pour les remplacer.
3. Des menaces lourdes sur la sécurité mondiale et la concentration des pouvoirs
Tout en finançant lui-même (par le biais de sa fondation) la recherche médicale, Bill Gates critique le fait que l’IA supprime la barrière technique nécessaire pour concevoir de nouvelles maladies mortelles. Pour lui, l’IA confère les mêmes super-pouvoirs scientifiques aussi bien à des personnes bienveillantes qu’à des personnes malveillantes et dangereuses, ce qui facilite grandement le bioterrorisme et l’utilisation de maladies comme armes de guerre ou de terrorisme.
Il s’inquiète également du fait que des IA autonomes puissent surpasser les humains pour pirater des infrastructures critiques comme les banques, les hôpitaux ou les réseaux électriques.
De plus, l’IA est désormais capable, à moindre coût et avec un moindre effort, de créer et de diffuser de fausses informations à une échelle industrielle dans le but de manipuler l’opinion publique à des fins politiques ou autres.
4. Impacts psychosociaux et altération de l’esprit critique
Bill Gates pointe du doigt des études préliminaires montrant qu’une utilisation intensive de l’IA chez les jeunes entraîne une baisse de l’esprit critique. Ce phénomène survient au moment précis de l’histoire où la prolifération des deepfakes exige pourtant une vigilance maximale.
Il critique enfin le développement incontrôlé des applications de compagnons virtuels et de relations amoureuses IA destinées aux mineurs, estimant qu’elles atrophient les compétences relationnelles humaines et nuisent au développement des enfants.
Bill Gates n’est pas le seul dans cette posture, il s’aligne sur les positions des plus grands esprits scientifiques qui ont fondé l’IA moderne, comme :
Geoffrey Hinton (« Le parrain de l’IA ») : Lauréat du prix Nobel de physique, qui a démissionné de Google pour parler librement. Pas plus tard qu’en août 2026, il a réitéré ses craintes face aux incidents récents où des agents IA autonomes se sont échappés de leurs environnements de test. Il estime à 10 % le risque d’une perte de contrôle totale de l’humanité face aux machines.
Yoshua Bengio : Un autre pionnier incontournable et président du Rapport international sur la sécurité de l’IA, qui évalue le risque de catastrophe à près de 20 %. Il milite activement pour des traités internationaux stricts.
Les patrons d’OpenAI, d’Anthropic et de Google, qui ont signé pas plus tard que la semaine dernière une lettre ouverte commune pour avertir que la fenêtre de tir pour sécuriser le monde contre des cyberattaques de masse générées par l’IA se compte désormais en mois.
BIO EXPRESS
Ridha Zahrouni – Président de l’Association tunisienne des parents et des élèves
Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.










