Le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES) a dressé, dimanche 30 août 2026, un constat particulièrement sombre de la situation en Tunisie. Dans un communiqué diffusé dans la soirée de dimanche à lundi, l’organisation estime que le pays fait face à une crise globale, nourrie par les difficultés d’accès à l’eau et à l’électricité, l’érosion du pouvoir d’achat, la dégradation des services publics et la montée des tensions sociales.
Sous le titre « La Tunisie face à une crise globale : plus de temps pour davantage de déni », le FTDES part des difficultés qui rythment désormais le quotidien d’une partie des Tunisiens : coupures répétées d’eau et d’électricité, raréfaction de l’eau minérale embouteillée en pleine vague de chaleur, mais aussi pression croissante sur les budgets des ménages à l’approche de la rentrée scolaire.
Pour le Forum, ces difficultés ne peuvent plus être considérées comme une succession d’incidents isolés ou conjoncturels. Elles s’inscrivent, selon lui, dans un contexte marqué par la baisse du pouvoir d’achat, la persistance du chômage et de la précarité économique, la détérioration des services publics et l’aggravation de la crise environnementale.
Le FTDES y ajoute la poursuite des drames humains en Méditerranée, les restrictions visant, selon lui, les voix critiques ainsi que la dureté des conditions carcérales.
Des difficultés quotidiennes devenues, selon le FTDES, une crise structurelle
Mis bout à bout, ces signaux dessinent, aux yeux du Forum, non plus plusieurs crises séparées, mais « une crise sociale structurelle étouffante ». Le constat est sévère : les Tunisiens en sont arrivés, selon l’organisation, à lutter pour assurer les besoins les plus élémentaires, notamment l’eau et l’électricité.
Le FTDES insiste sur le caractère fondamental de ces services. Leur indisponibilité ne porterait pas uniquement atteinte à la dignité humaine, mais menacerait également, selon lui, la vie des citoyens.
L’organisation considère que la situation traduit un recul important des mécanismes de protection économique et sociale ainsi qu’une incapacité croissante des politiques publiques à répondre aux besoins essentiels. Une dégradation qui, souligne-t-elle, frappe en premier lieu les catégories les plus vulnérables et les régions marginalisées.
À cette crise sociale s’ajouterait, selon le Forum, un rétrécissement de l’espace civique. Le FTDES dénonce la criminalisation des mouvements de protestation, estimant qu’elle réduit la capacité des citoyens et de la société civile à exprimer les difficultés rencontrées, à les signaler et à réclamer reddition de comptes et responsabilisation. Une situation qui, selon lui, contribue à compliquer davantage la crise et à affaiblir les mécanismes de contrôle citoyen.
Le FTDES met directement en cause le pouvoir politique
Le ton se durcit lorsqu’il s’agit de désigner les responsabilités. Le FTDES fait porter au pouvoir politique la responsabilité de la détérioration de la situation économique et sociale et dénonce l’absence, à ses yeux, de mesures à la hauteur de la crise.
Il pointe surtout ce qu’il considère comme un fossé grandissant entre la réalité vécue par les citoyens et le discours officiel. « Au lieu de reconnaître l’accumulation des crises et de les traiter sérieusement, le déni et le désengagement de toute responsabilité restent le titre de la réponse officielle », accuse le Forum.
Il dénonce également l’absence de véritable communication gouvernementale avec les citoyens et ce qu’il qualifie de minimisation de leurs souffrances, alimentant, selon lui, un sentiment croissant de marginalisation et d’exclusion.
Le Forum refuse, dans ce contexte, que les crises quotidiennes et la privation de droits fondamentaux finissent par être banalisées et transformées en situation permanente. Il avertit que l’accumulation des pressions et la montée des tensions, faute de prise en charge sérieuse, pourraient entraîner le pays vers « un dangereux dérapage social ».
Eau, électricité, prix et libertés : des mesures urgentes réclamées
Face à cette situation, le FTDES réclame d’abord des mesures immédiates pour garantir un approvisionnement régulier en eau et en électricité et mettre fin aux interruptions et perturbations récurrentes, ces deux services relevant, rappelle-t-il, des besoins élémentaires et des droits fondamentaux.
Il appelle également les autorités à protéger le pouvoir d’achat, contenir la hausse du coût de la vie et garantir la disponibilité des produits de première nécessité, particulièrement à l’approche de la rentrée scolaire et des dépenses supplémentaires qu’elle impose aux familles.
Sur le terrain des libertés, le Forum réclame leur respect et « l’arrêt immédiat de l’instrumentalisation de la justice », qu’il accuse d’être utilisée comme « un bâton » pour réprimer les titulaires de droits et les mouvements de protestation pacifiques.
Le FTDES appelle enfin à rouvrir un dialogue sérieux entre les autorités, d’une part, et la société civile, les organisations sociales et les citoyens concernés, d’autre part. L’objectif, selon lui, doit être d’entendre les revendications réelles et de rechercher des solutions concrètes à la crise.
Dans sa conclusion, l’organisation présidée par Ayoub Ghadamsi hausse encore le ton. Elle estime que tout retard supplémentaire dans le traitement de la crise pourrait conduire à une situation susceptible de menacer « la sécurité et la paix sociales ». Le Forum appelle ainsi les autorités à assumer leurs responsabilités et à apporter des solutions urgentes, tout en s’attaquant, insiste-t-il, aux causes profondes de la crise.
Si le FTDES considère que sauver le pays d’une nouvelle détérioration relève d’une responsabilité collective, il affirme que l’initiative et la réponse urgente incombent aujourd’hui d’abord aux institutions de l’État, « à leur tête la présidence de la République ».
Son appel tient finalement en une formule : la Tunisie doit, selon le FTDES, passer « d’un État des slogans et des discours à la construction d’un véritable État social », capable d’assumer ses responsabilités, de garantir les droits et de protéger ses citoyens.
I.N.










