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Eau, électricité, prix, santé : le SNJT appelle les médias à remettre le citoyen au cœur de l’information

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Par Imen Nouira

    Face à l’accumulation des difficultés qui pèsent désormais sur le quotidien des Tunisiens, le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) appelle les médias à revoir leurs priorités. Coupures d’eau et d’électricité, vie chère, accès aux soins, transport ou encore services publics ne doivent plus être traités comme une succession d’incidents isolés, estime le syndicat, qui plaide pour une presse capable d’enquêter, d’expliquer, d’identifier les responsabilités et de suivre dans la durée les réponses apportées aux crises.

    Dans un communiqué publié mardi 1er septembre 2026, le SNJT part d’un constat désormais difficile à ignorer : depuis plusieurs mois, les pressions s’accumulent et touchent directement la vie quotidienne des citoyens.

    Perturbations dans l’approvisionnement en eau et en électricité, hausse du coût de la vie, recul du pouvoir d’achat, difficultés croissantes d’accès à certains services de santé, conséquences des vagues de chaleur, pénuries ou perturbations dans la disponibilité de certains produits et services essentiels : pour le syndicat, ces phénomènes ne peuvent plus être considérés comme ponctuels ou indépendants les uns des autres. Ils constituent désormais une réalité quotidienne qui affecte le sentiment de sécurité des citoyens, mais aussi leur confiance dans les institutions et dans leur capacité à répondre à leurs besoins.

    Ne plus se contenter de compter les coupures

    C’est précisément dans ce contexte que le SNJT interpelle la profession. Le rôle des médias, estime-t-il, ne saurait se limiter à comptabiliser les coupures, relayer les plaintes, couvrir les mouvements de protestation ou reproduire les déclarations officielles.

    Le syndicat invite ainsi la presse à aller plus loin : expliquer ce qui se passe, rechercher les causes des dysfonctionnements et identifier les responsabilités institutionnelles.

    Le SNJT appelle, en ce sens, à passer d’une logique de « nouvelle isolée » à celle d’un dossier suivi dans la durée : avant, pendant et après la crise. Une approche qui implique de revenir sur les engagements pris plusieurs jours, semaines ou mois auparavant afin de déterminer s’ils ont réellement été exécutés et si les défaillances constatées ont effectivement été corrigées.

    Pour le syndicat, l’eau, l’électricité, la santé, le transport, les prix, l’environnement, l’éducation ou encore les services administratifs ne constituent pas des sujets secondaires face aux dossiers politiques. Ils sont, au contraire, au cœur de la vie publique puisqu’ils touchent directement aux droits des citoyens et à leur relation avec l’État et les institutions publiques.

    Le SNJT appelle ainsi à développer les enquêtes fondées sur les données, en confrontant chiffres, documents et statistiques officielles à la réalité du terrain et en les replaçant dans leur contexte.

    Il insiste également sur la nécessité de retracer la chaîne des responsabilités : qui gère le service concerné ? Avec quelles ressources ? À quel niveau le système se bloque-t-il ? Quelles décisions ont été prises et lesquelles n’ont pas été appliquées ? Une démarche qui doit maintenir une distinction claire entre les faits établis, les estimations et les accusations.

    Le citoyen doit, selon le syndicat, retrouver une place centrale dans cette couverture, notamment dans les régions confrontées de manière répétée aux perturbations des services publics. Il ne doit pas être réduit à une statistique ou à l’image ponctuelle d’une manifestation, mais entendu sur son expérience et sur les conséquences concrètes des politiques publiques dans son quotidien.

    Le syndicat encourage parallèlement une presse davantage explicative, capable d’établir les liens entre ressources, décisions, politiques publiques et résultats constatés sur le terrain. Il plaide également pour le développement du journalisme de solutions, à travers l’examen d’expériences réussies ou d’approches alternatives, en Tunisie comme à l’étranger, et l’évaluation de leur éventuelle transposition.

    Experts, spécialistes et différentes parties prenantes doivent aussi être davantage sollicités pour traiter les dossiers complexes et dépasser les lectures politiques ou administratives simplifiées. Le SNJT appelle également les médias à s’intéresser davantage à la prévention, en détectant les signes de dysfonctionnement avant qu’ils ne se transforment en crises, notamment dans les domaines de l’eau, de l’énergie, de la santé et des infrastructures.

    Informer, suivre et demander des comptes

    Cette conception d’une information au service du citoyen ne doit toutefois pas conduire, prévient le SNJT, à transformer les médias en relais des institutions.

    « Le journalisme de service public ne signifie pas un journalisme gouvernemental, tout comme le journalisme de solutions ne signifie pas un journalisme de justification des solutions », insiste le syndicat.

    L’indépendance du journaliste demeure ainsi une condition indispensable. Interroger le pouvoir et les institutions publiques, vérifier leur action, identifier leurs défaillances et mettre en évidence l’écart entre les décisions annoncées et leur exécution restent, selon le SNJT, au cœur de la fonction journalistique.

    Face à l’accumulation des crises, le syndicat estime ainsi nécessaire que les médias retrouvent leur rôle de médiateur entre le citoyen et les institutions : porter la voix des citoyens auprès des décideurs, leur fournir les informations permettant de comprendre les politiques publiques, placer l’action des institutions sous surveillance et faire de l’information un outil de responsabilisation, de participation et d’amélioration des services.

    Le SNJT appelle enfin les médias à lancer des ateliers et des dossiers spécialisés consacrés aux crises sociales et aux perturbations des services publics que connaît le pays. Il encourage également la coopération entre journalistes et rédactions afin de produire des enquêtes approfondies, des contenus explicatifs et des données ouvertes.

    Dans une Tunisie où les crises finissent par s’installer dans le quotidien, le SNJT renvoie ainsi la profession à l’une de ses responsabilités fondamentales : ne pas seulement montrer ce qui ne fonctionne plus, mais donner au citoyen les moyens de comprendre pourquoi, qui en répond et ce qui est réellement fait pour y remédier. Plus la réalité devient difficile, rappelle en somme le syndicat, plus le besoin d’une information utile, indépendante et exigeante devient pressant.

    I.N.

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