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Électricité — Elyes Ben Ammar : les délestages révèlent les failles d’un modèle énergétique à bout de souffle

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Par Nadya Jennene

    La crise électrique que traverse la Tunisie cet été ne saurait être réduite à l’effet conjoncturel des vagues de chaleur. Pour Elyes Ben Ammar, secrétaire général de la Fédération générale de l’électricité et du gaz, les délestages enregistrés sont surtout le symptôme d’un déficit d’anticipation et d’investissements accumulé au fil des années.

    Invité mercredi 2 septembre 2026 sur Express FM au micro de Myriam Belkadhi, le responsable syndical a estimé que l’ampleur de la hausse de la demande électrique observée cet été était difficilement prévisible, y compris au regard des études et projections réalisées sur le secteur tunisien.

    Selon Elyes Ben Ammar, la consommation électrique a atteint cet été des niveaux jamais observés auparavant. Alors que les projections retenaient jusqu’ici des pointes de l’ordre de 5 000 à 5 700 MW, la demande a dépassé les 6 400 MW, un niveau qui pourrait encore progresser en cas de nouvelle vague de chaleur.

    Cette situation s’explique notamment par la multiplication des épisodes de fortes températures et par leur intensité. La climatisation, devenue indispensable pour une grande partie de la population durant les périodes caniculaires, pèse lourdement sur le réseau lorsque la consommation atteint simultanément des niveaux records.

    Mais pour le secrétaire général de la Fédération de l’électricité et du gaz, la chaleur ne constitue pas à elle seule l’explication de la crise. « Le laxisme durant les années passées a approfondi le problème », a-t-il relevé considérant que la Tunisie aurait dû préparer bien en amont l’évolution de la demande.

    Au-delà de l’été 2026, Elyes Ben Ammar s’inquiète surtout de la capacité du pays à répondre à la demande au cours des prochaines années. Il a jugé insuffisante l’approche consistant à attendre l’apparition des difficultés avant de lancer de nouveaux projets. La construction d’une centrale électrique nécessitant plusieurs années, les décisions prises aujourd’hui doivent tenir compte des besoins à moyen terme.

    Dans cette perspective, il a appelé à anticiper dès maintenant les besoins de 2027 et 2028, afin d’éviter que les mêmes difficultés ne se reproduisent avec une intensité accrue.

    Le syndicaliste a proposé notamment de revenir à un rythme d’investissement plus régulier dans la production électrique, avec la construction d’une nouvelle centrale tous les deux ans environ. Selon lui, ce rythme permettrait de suivre plus efficacement la progression de la demande tout en donnant au système électrique une marge de sécurité suffisante.

    Elyes Ben Ammar a refusé par ailleurs de faire porter l’intégralité de la responsabilité de la crise à la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg).

    Il a rappelé que les ingénieurs, techniciens et cadres de l’entreprise disposent d’une expertise importante et que plusieurs alertes auraient été formulées en amont. La centrale et les infrastructures électriques ne peuvent, selon lui, être développées ou renforcées sans décisions politiques, investissements et orientations stratégiques cohérentes.

    Le responsable syndical a affirmé ainsi que la Fédération générale avait elle-même alerté les autorités, notamment lors de réunions officielles au mois d’avril, sur le risque de nouveaux délestages.

    Elyes Ben Ammar a insisté également sur les démarches entreprises par la Fédération auprès des autorités de tutelle. Il a noté que des correspondances avaient été adressées à plusieurs reprises aux responsables concernés sur la situation du secteur et les risques pesant sur le système électrique. Ces alertes sont toutefois restées largement sans réponse.

    Au-delà de l’urgence, Elyes Ben Ammar a plaidé pour une révision en profondeur du modèle énergétique national. Il a défend la poursuite du développement des énergies renouvelables, notant tout de même que celles-ci doivent être intégrées dans un mix énergétique diversifié, capable de garantir la continuité de l’approvisionnement.

    Dans ce cadre, il a appelé notamment à accorder davantage d’attention au gaz naturel liquéfié afin de réduire la dépendance à une seule source d’approvisionnement.

    Il a invité également à ouvrir un débat national sur le nucléaire, considérant que la Tunisie doit étudier toutes les options disponibles et évaluer celles qui répondent le mieux à ses propres intérêts énergétiques, économiques et financiers.

    Pour lui, le débat ne doit pas être dicté par des positions importées de l’étranger, mais reposer sur une analyse des besoins et des intérêts du pays.

    Le secrétaire général de la Fédération a appelé également les autorités à accélérer les projets énergétiques déjà engagés en accordant notamment des incitations aux promoteurs dont les projets peuvent être réalisés rapidement, afin que de nouvelles capacités soient disponibles à l’horizon 2028.

    L’objectif ne doit pas être de multiplier les annonces ou les projets à long terme, mais de répondre d’abord aux besoins énergétiques réels du pays.

    Il a cité également l’hydrogène vert, estimant que la priorité devrait être donnée aux projets susceptibles de répondre aux besoins nationaux avant d’envisager leur orientation vers l’exportation.

    Pour lui, la crise actuelle doit ainsi servir de signal d’alarme. Les délestages ne sont pas seulement la conséquence d’un été exceptionnellement chaud : ils mettent en évidence les limites d’un système qui doit désormais anticiper davantage, investir plus régulièrement et diversifier ses sources de production et d’approvisionnement.

    N.J

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