Le secrétaire général adjoint de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), Othman Jallouli, a précisé, vendredi 4 septembre 2026, les contours du cadre de coordination annoncé la veille avec la Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH) et l’Ordre national des avocats tunisiens (Onat), tout en avertissant que l’absence de réponse du pouvoir pourrait conduire à une mobilisation nationale.
Intervenant sur Express FM, Othman Jallouli a tenu à distinguer cette initiative du Dialogue national organisé en 2013-2014. Selon lui, les circonstances politiques qui prévalaient à l’époque étaient largement différentes de celles que traverse actuellement la Tunisie. Le nouveau cadre ne prétend donc pas reproduire le dispositif mis en place il y a plus d’une décennie, mais répond, selon le responsable syndical, à une situation devenue particulièrement préoccupante.
Pour Othman Jallouli, la coordination entre les trois organisations pourrait d’ailleurs s’élargir à d’autres composantes de la société tunisienne. L’objectif est de constituer un espace suffisamment large pour faire entendre la voix des citoyens confrontés à une crise qu’il décrit comme multidimensionnelle.
Il s’agit, selon lui, de mettre en place un cadre de coordination permettant notamment de contester ce qu’il considère comme les pressions exercées sur la liberté d’expression, le mode de gestion du pays et la concentration du pouvoir, ainsi que l’absence d’écoute des différentes composantes de la société.
Mais avant même de débattre des solutions, une condition lui paraît indispensable : « admettre qu’il y a un problème ». Selon le syndicaliste, le pouvoir doit écouter ces voix afin de contribuer à une sortie de crise.
« Le pays ne fait que sombrer, nos problèmes ne font qu’empirer. Il faut en discuter dans un cadre sociétal et civil, en écartant toute logique de désignation des responsabilités, qui ne permettrait pas d’aboutir à des résultats », a-t-il déclaré.
Pour le dirigeant syndical, le constat dressé par les trois organisations impose désormais de dépasser les accusations réciproques pour s’attaquer aux causes de la crise.
Notant que le pouvoir n’est pas parvenu, à ce stade, à résoudre les difficultés auxquelles le pays est confronté, il a affirmé que la recherche d’une issue passerait donc par une implication plus large de la société tunisienne.
« Il est temps que les Tunisiens s’unissent et présentent des solutions », a-t-il affirmé, tout en posant une condition essentielle à cette démarche : que le pouvoir appelle au dialogue et accepte réellement d’écouter les Tunisiens.
Cette ouverture au dialogue constitue précisément l’une des principales revendications formulées jeudi 3 septembre par l’UGTT, la LTDH et l’Ordre des avocats.
Dans leur communiqué commun, les trois organisations avaient dressé un constat sévère de la situation du pays, évoquant une aggravation des difficultés politiques, économiques et sociales.
Elles avaient notamment dénoncé la dégradation du pouvoir d’achat, l’extension de la pauvreté, du chômage et de la précarité, ainsi que les difficultés persistantes liées à l’approvisionnement en eau et en électricité, à l’accès aux médicaments et à certains produits de première nécessité.
Le communiqué avait également fait état de préoccupations concernant la justice, les poursuites engagées contre des opposants et des acteurs politiques, les droits de la défense et les conditions dans les prisons et les centres de détention.
La liberté de la presse figurait elle aussi parmi les sujets d’inquiétude, les trois organisations dénonçant des pressions sur les journalistes et un recul, selon elles, de l’espace réservé aux voix critiques.
Elles avaient par ailleurs établi un lien entre la multiplication des drames liés à la migration irrégulière et la dégradation des conditions économiques et sociales, considérant que le phénomène ne pouvait être appréhendé sous son seul angle sécuritaire.
Tout en mettant l’accent sur le dialogue, Othman Jallouli a laissé entendre que cette démarche ne resterait pas sans suite si le pouvoir refusait d’entendre le message porté par les trois organisations.
Plusieurs formes d’action sont actuellement envisagées, a-t-il indiqué, sans en préciser les modalités. Parmi elles figure notamment l’idée d’une marche nationale, à laquelle pourraient s’ajouter d’autres activités de mobilisation.
Pour Othman Jallouli, l’enjeu dépasse en définitive les intérêts particuliers des organisations signataires. Il s’agit, selon lui, de créer les conditions d’une réponse collective à une crise qui, faute de dialogue, continue de s’enraciner.
N.J










