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Le Conseil de la presse dénonce un climat de peur et d’autocensure

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Par Myriam Ben Zineb

    Le Conseil de la presse a réclamé, samedi 5 septembre 2026, la libération du journaliste Mohamed Yousfi et alerté sur la dégradation du climat dans lequel s’exerce le métier, estimant que les poursuites visant des journalistes contribuaient à installer la peur et l’autocensure au sein de la profession.

    Dans un communiqué, le Conseil s’est dit « profondément préoccupé » par l’interpellation, vendredi soir, de Mohamed Yousfi, rédacteur en chef du média d’investigation Alqatiba et membre de la commission de déontologie du Conseil de la presse.

    Le journaliste avait été interpellé alors qu’il s’apprêtait à entrer dans les locaux d’une radio privée pour participer à une émission consacrée à la crise de l’eau.

    Pour le Conseil de la presse, cet épisode constitue « un indicateur dangereux » qui vient s’ajouter à d’autres précédents ayant placé la presse, les journalistes et leurs institutions « dans la ligne de mire de la menace, de l’intimidation et de l’emprisonnement ». Il y voit également un signal particulièrement préoccupant quant au climat général dans lequel la profession est désormais exercée.

    Le Conseil précise ne pas contester, sur le principe, le droit des autorités à enquêter, à mener des investigations ou à demander des comptes, ces procédures relevant de l’État de droit et du principe d’égalité devant la loi. Il souligne cependant qu’elles ne doivent pas servir à contourner les garanties spécifiques accordées par la législation aux journalistes, ni devenir un instrument de pression en raison de leur activité professionnelle.

    Il estime ainsi que l’interpellation d’un journaliste en raison de son activité, de ses positions ou de ses opinions professionnelles ou relatives aux affaires publiques ne saurait être considérée comme « un fait anodin ou une procédure ordinaire ».

    Une telle situation soulève, d’après le Conseil, de sérieuses interrogations sur l’environnement de travail des journalistes et sur l’avenir de la profession. Il considère que les poursuites et les pressions exercées contre les journalistes risquent « d’assécher les sources de l’information » et de porter atteinte au droit des citoyens à accéder à une information précise, fiable et de qualité.

    Le Conseil met en garde contre l’autocensure

    Le Conseil de la presse alerte également sur l’installation progressive d’un « climat de peur » et sur la banalisation des poursuites et des procès liés au travail journalistique.

    Une évolution qui aurait, d’après lui, ouvert la voie à l’autocensure et à une « culture de la censure », au point de faire de la peur un élément structurant de la pratique journalistique.

    Le Conseil réclame ainsi la libération de Mohamed Yousfi et le respect intégral de ses droits, tout en réaffirmant son attachement à l’indépendance de la justice et à son rôle dans l’application de la loi.

    Il demande également le respect des garanties légales entourant le travail des journalistes, en particulier le secret des sources et la protection des données professionnelles. Les procédures d’enquête ne doivent en aucun cas, insiste-t-il, être utilisées pour contraindre les journalistes à révéler leurs sources.

    Le Conseil appelle, par ailleurs, à réhabiliter un système indépendant et professionnel de régulation des médias afin que les éventuels manquements professionnels soient traités par les mécanismes compétents.

    Il réclame également le respect des garanties constitutionnelles et des engagements internationaux relatifs à la liberté d’expression et d’information ainsi que l’arrêt de « toutes les formes de restrictions, de pressions et d’intimidations » visant les journalistes.

    Le pouvoir politique tenu pour responsable

    Le Conseil de la presse va plus loin en faisant porter au « pouvoir politique en place » la responsabilité du climat général dans lequel évolue la presse tunisienne depuis plusieurs années. Il l’accuse de chercher à transformer la presse en « un pouvoir dépouillé de sa fonction ».

    Le constat dressé à la fin du communiqué est particulièrement sévère. Le Conseil estime que le paysage médiatique se trouve désormais dans une « situation dangereuse », marquée par « l’effondrement » et la « désertification ».

    Il déplore une presse « sans questions », le rétrécissement des espaces de dialogue et du pluralisme des opinions, ainsi que le recul du travail visant à révéler les faits, exercer la critique et demander des comptes aux responsables des affaires publiques.

    Le Conseil relève néanmoins l’existence d’exceptions, avec des médias et des journalistes qui continuent, malgré ce contexte, à lutter pour accomplir la « noble mission » de la presse.

    M.B.Z

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