L’Union européenne a de nouveau évoqué la situation des droits et libertés en Tunisie. Quatre jours après avoir exprimé ses préoccupations concernant les verdicts du procès dit du « complot contre la sûreté de l’État », Bruxelles a pointé, mardi 8 septembre 2026, devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève, le « rétrécissement de l’espace civique » et « l’érosion » du respect des droits humains et de l’État de droit dans le pays.
Lors de la 63e session du Conseil des droits de l’homme, l’Union européenne a consacré un passage spécifique à la Tunisie dans sa déclaration sur le rapport annuel du Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme.
« L’UE continue de suivre avec préoccupation le rétrécissement de l’espace civique en Tunisie et l’érosion plus large du respect des droits humains et de l’État de droit », a déclaré l’ambassadeur adjoint de l’Union européenne auprès des Nations unies à Genève, Michele Cervone d’Urso.
« Rétablir l’État de droit »
Le terme employé par Bruxelles est particulièrement significatif. L’UE affirme vouloir continuer à plaider pour « la restauration de l’État de droit », ainsi que pour le respect, la protection et la pleine réalisation des droits humains, conformément à la Constitution tunisienne et aux obligations internationales de la Tunisie en matière de droits humains.
L’Union européenne annonce également qu’elle poursuivra son dialogue avec les autorités tunisiennes sur ces questions, notamment à travers la convocation, « au moment approprié », du Conseil d’association UE-Tunisie.
Cette nouvelle prise de position intervient quatre jours après une déclaration particulièrement critique de l’UE concernant les verdicts confirmés le 3 septembre par la Cour de cassation dans l’affaire dite du « complot contre la sûreté de l’État ».
Le 4 septembre, Bruxelles avait dit avoir pris « acte avec préoccupation » de ces verdicts, qui ont conduit à de lourdes peines de prison visant des dizaines de personnalités politiques, d’activistes, de défenseurs des droits humains et de journalistes, dont des citoyens de l’Union européenne.
L’UE avait alors estimé que « certaines interrogations subsistent quant au plein respect des garanties liées à un procès équitable », tout en réaffirmant l’importance du respect des droits humains, notamment de la liberté d’expression, et du droit à un procès équitable.
Bruxelles avait également déploré que des contacts avec des diplomates accrédités en Tunisie, « y compris européens », aient été utilisés comme motif d’inculpation ou comme élément à charge dans cette affaire.
Un message désormais porté à Genève
Avec la déclaration du 8 septembre, le sujet dépasse donc désormais le seul cadre des procès et de la justice tunisienne. À Genève, l’UE inscrit explicitement ses préoccupations dans une appréciation plus globale de la situation des droits humains et de l’espace civique en Tunisie.
Bruxelles affirme par ailleurs rester attaché à son partenariat avec la Tunisie et vouloir continuer à soutenir la population tunisienne dans les efforts visant à consolider les institutions démocratiques et à promouvoir les droits humains.
L’UE appelle enfin les autorités tunisiennes à « rétablir les conditions nécessaires » permettant au pluralisme et aux voix indépendantes de contribuer au développement du pays.
Une double déclaration en quelques jours qui marque, à tout le moins, un durcissement du vocabulaire européen sur la situation tunisienne. Après les préoccupations exprimées sur les verdicts du « complot », Bruxelles parle désormais ouvertement de rétrécissement de l’espace civique, d’érosion de l’État de droit et de la nécessité de rétablir l’État de droit.
M.B.Z










