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Un tribunal n’a jamais condamné quelqu’un à mourir de chaud

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Par Synda Tajine

    Un mort devrait compter. Et se compter. En Tunisie, en 2026, ça se négocie.

    « À ce stade, aucune communication officielle n’a été rendue publique concernant les causes précises du décès. » C’est la phrase du moment. Celle qu’on a le plus entendue et écrite ces derniers jours. Les avocats multiplient les signalements concernant des décès en prison, en lien avec des conditions de détention jugées insupportables et la chaleur. Le pouvoir reste muet. Il ne dément pas, il ne peut pas démentir. Mais il ne confirme pas non plus. Il préfère ne rien dire, croyant qu’ainsi, ces morts cesseront d’exister.

    Lazhar Sta est mort hier à minuit. Sa fille l’a appris le lendemain. Elle raconte l’eau coupée depuis trois jours, la bouteille d’un litre distribuée quotidiennement comme une faveur, une cellule à plus de 50 degrés pour un cœur qui ne tenait déjà qu’à un fil. Ce récit-là, on le connaît par cœur désormais. Il se répète, presque mot pour mot, depuis le début de la canicule. Ce qui change, cette fois, c’est le nom.

    Parce que Lazhar Sta était connu, sa mort a eu le droit d’exister. Elle a une date, une heure, un témoin, une fille qui parle.

    Les autres, cinq en une seule journée dans le Grand Tunis selon la Ligue tunisienne des droits de l’Homme, d’autres ailleurs dans le pays, notamment à Mahdia et Monastir, n’ont pas le droit à un récit. Ce ne sont que des chiffres approximatifs annoncés par des défenseurs des droits humains qui peinent à vérifier les informations ou des noms murmurés par des avocats. 

    La Ligue a d’ailleurs été empêchée de se rendre dans la prison de Gafsa, conformément à la convention conclue entre l’organisation et le ministère de la Justice, pour s’enquérir de l’état des détenus, après le signalement de deux décès sur place.

    Pas de médecin légiste cité. Pas de rapport. Pas de version officielle, ni pour les confirmer ni pour les démentir. En Tunisie, aujourd’hui, mourir en prison ne suffit pas à être mort. Il faut se battre pour que cela soit vérifié et que cela compte. Le Comité général des prisons et de la rééducation, que l’on avait pourtant connu généreux en démentis et en menaces, reste lui aussi muet. Aucun mot sur ces morts que l’on dénombre chaque jour. Pas même pour les démentir.

    Quand le silence devient une méthode

    C’est là toute l’astuce administrative : ne rien dire n’est plus seulement de la négligence, c’est devenu une manière de gérer le problème. Un décès non confirmé n’entre dans aucune statistique. Un détenu que personne ne réclame haut et fort n’a pas de nom, d’existance, de dossier de presse. Le silence n’est pas un aveu retenu, il est un outil de gestion : il permet de maintenir les morts dans le flou, et avec eux les responsabilités qui pourraient en découler.

    Officiellement, personne n’est mort de la chaleur cet été dans les prisons tunisiennes. Officiellement, les 33.000 détenus qui s’entassent dans 17.000 lits vont bien. Le déni n’a même plus besoin d’être formulé : il suffit de ne pas répondre.

    Et pourtant, l’addition, elle, ne ment pas. Dix mille détenus de plus en trois ans, pour zéro lit de plus et des conditions de détention éloignées de toute dignité humaine. Ce n’est pas une prison surpeuplée qui tue occasionnellement par accident climatique. C’est une capacité d’accueil transformée, par calcul ou par abandon, en peine complémentaire non écrite.

    On n’a jamais condamné personne à mourir de chaud dans un tribunal. On l’a fait dans un couloir de l’administration pénitentiaire, en laissant pendant des mois une situation de surpopulation et de dégradation s’installer et devenir la norme.

    Une catastrophe qui n’avait rien d’imprévisible

    Pourtant, vu l’état des prisons dans lesquelles on ne s’est jamais autant entassés, vu la canicule hors du commun qui s’est abattue sur le pays, la pénurie d’eau et les coupures de courant, ces décès ne relèvent ni du miracle ni de la surprise. S’ils sont liés aux conditions dénoncées, ils étaient prévisibles et, surtout, potentiellement évitables.

    Et les alertes ne concernent pas uniquement les prisons.

    L’Organisation tunisienne des jeunes médecins avait, elle aussi, tiré la sonnette d’alarme, faisant état d’une hausse sans précédent des décès et des hospitalisations dans les services d’urgence en raison des coups de chaleur et des températures élevées. Les jeunes médecins ont évoqué également des décès de détenus dans plusieurs services d’urgence. Là encore, le ministère de la Santé a préféré ne pas confirmer. L’objectif, à force, semble presque être de faire en sorte qu’ils n’aient jamais existé.

    Ces alertes ne se recoupent pas par hasard. Un président de ligue, des avocats, des familles, des médecins qui racontent la même histoire. Face à eux, aucune donnée officielle ne permet, pour l’heure, de connaître l’ampleur réelle des décès signalés dans les prisons ni leurs causes. 

    Les décès, eux, ne s’arrêtent pas. On attend, comme chaque semaine, la phrase rituelle : « Aucune communication officielle n’a été rendue publique. »

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    4 commentaires

    1. Roberto Di Camerino

      Répondre
      9 septembre 2026 | 13h17

      Vous avez le président — avec un petit « p » — que vous méritez. Et malheureusement, ce n’est probablement que le début du spectacle.

      Un paranoïaque sanguinaire qui ne maîtrise ni la politique ni l’économie, mais qui possède une compétence remarquable : expliquer ses propres échecs par l’existence de complots imaginaires et de mystérieux « traîtres à la nation ».

      Il parle de lui-même à la troisième personne. Rien de plus normal pour un homme qui semble avoir fini par confondre la République avec sa personne et la nation avec son fauteuil. Il n’a rien de Charles de Gaulle, pour pouvoir dire L »Etat c’est Moi.

      Et puis il y a la grande culture présidentielle : réciter par cœur quelques vers poussiéreux d’auteurs de l’âge du bronze. Admirable performance de mémoire, certes. Mais depuis quand la mémoire est-elle synonyme d’intelligence ? Un perroquet peut réciter ; cela n’en fait ni un philosophe, ni un économiste, encore moins un homme d’État.

      À force de se prendre pour un sauveur, il a surtout réussi à transformer ses errements en doctrine, ses échecs en complots et son narcissisme en méthode de gouvernement.

      Le plus inquiétant n’est peut-être même pas qu’il ne sache pas où il va.

      C’est qu’il semble persuadé que tous ceux qui lui demandent où il va sont des traîtres.

      • Hannibal

        Répondre
        9 septembre 2026 | 14h56

        Formidable votre analyse d’un taré fort minable !
        Il faut dégager le plus rapidement possible avant l’invasion des mercenaires de l’ouest.

    2. Gg

      Répondre
      8 septembre 2026 | 21h33

      « Un tribunal n’a jamais condamné quelqu’un à mourir de chaud »
      Certes. Ni les petits vieux chez eux, ni les malades dans les hôpitaux, personne.
      Donc il faut sortir les détenus pour les mettre au frais? Comment faites vous?
      Un solution consisterait à réquisitionner les bâtiments administratifs climatisés pour y metttre les personnes fragiles au frais, y compris les détenus. Mais pas seulement les détenus!
      Bref, il faut creuser votre idée…

      • Roberto Di Camerino

        Répondre
        9 septembre 2026 | 13h22

        Une autre solution, grâcier les detenus politiques fragiles, viellards ou malades. Ils ne vont pas sortir pour braquer une banque mais mourir dignement chez eux.’
        Tu n’as pas pensé à ça?

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