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Soutien à Mohamed Yousfi : journalistes et société civile se mobilisent devant le Pôle judiciaire

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Par Imen Nouira

    Journalistes, militants et représentants de la société civile se sont rassemblés, mardi 8 septembre 2026, devant le Pôle judiciaire économique et financier à Tunis pour réclamer la libération du journaliste Mohamed Yousfi et défendre la liberté de la presse.

    Organisée à l’appel du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), la mobilisation s’est tenue avenue Mohamed-V, quelques heures après une conférence de presse consacrée à l’affaire du rédacteur en chef du média d’investigation Alqatiba.

    Banderoles, pancartes et slogans ont rythmé le rassemblement. Une grande banderole portant le portrait de Mohamed Yousfi et réclamant sa libération a été déployée par les manifestants. Autour, plusieurs pancartes défendaient la liberté de la presse et dénonçaient les restrictions imposées aux journalistes.

    Parmi les messages affichés figuraient notamment « La presse n’est pas un crime », « Non aux restrictions imposées aux journalistes », ainsi que des messages en anglais en faveur de la liberté de la presse. Une autre pancarte affichait un « 54 » barré, visant le décret-loi 54.

    « Ni eau, ni liberté : soif et prison ! »

    Dans la rue, les slogans ont donné le ton. « Ni eau, ni liberté : soif et prison ! », ont notamment scandé les participants, un slogan repris à plusieurs reprises au cours du rassemblement.

    Les manifestants ont également scandé « Liberté pour la presse tunisienne ! » et « Presse libre, ni terrorisme ni fascisme ! ». Mohamed Yousfi a lui aussi été directement interpellé par les participants : « Mohamed, ne t’inquiète pas, la liberté se paie de sang ! ».

    D’autres slogans ont porté directement sur la presse et la justice. « Pas de peur, pas de terreur, la presse appartient au peuple ! » et « Liberté, liberté, ô justice des instructions ! », ont notamment été scandés. Les participants ont également repris : « Liberté, liberté, l’État policier est fini ! ».

    La mobilisation avait été annoncée par le SNJT, qui avait appelé les journalistes et « toutes les forces de la liberté » à se retrouver devant le Pôle judiciaire économique et financier. L’appel avait également été relayé par la campagne « Contre la criminalisation du travail civil », qui avait invité les composantes de la société civile, les journalistes, les défenseurs des droits humains et les citoyens à participer au rassemblement.

    De l’interpellation au maintien en garde à vue

    Mohamed Yousfi avait été interpellé vendredi 4 septembre, vers 18 heures, devant les locaux d’Express FM, où il s’apprêtait à participer à une émission consacrée à la politique de l’eau. Il avait ensuite été conduit à la troisième brigade centrale d’investigation sur les crimes financiers complexes de la Garde nationale, à El Aouina, avant d’être placé en garde à vue samedi matin.

    Selon le SNJT, les investigations portent notamment sur son activité journalistique et sur la ligne éditoriale d’Alqatiba, dont il est rédacteur en chef. Le Syndicat établit ainsi un lien direct entre la procédure et son travail journalistique, ses interventions médiatiques et ses critiques des politiques publiques. Une source judiciaire citée par l’agence Tap avait, de son côté, indiqué que l’enquête portait notamment sur des soupçons d’enrichissement illicite et de blanchiment d’argent.

    Dans la nuit de vendredi à samedi, Mohamed Yousfi a été victime, selon le SNJT, d’un problème de santé ayant nécessité son transfert à l’hôpital et, toujours selon le Syndicat, une intervention chirurgicale en urgence. Le SNJT a dès lors réclamé sa libération, estimant que son état nécessitait un suivi médical et une convalescence dans des conditions appropriées.

    Sa garde à vue a néanmoins été prolongée lundi de 48 heures supplémentaires. Le Syndicat a dénoncé son maintien en garde à vue compte tenu de son état de santé et a tenu les autorités pour « entièrement responsables » de sa santé, de sa sécurité et de sa dignité. Il a également réclamé un accès aux soins nécessaires et un suivi médical continu.

    Une profession qui se dit en « état d’urgence »

    Quelques heures avant le rassemblement, le président du SNJT, Zied Dabbar, avait estimé, lors de la conférence de presse consacrée à Mohamed Yousfi, que la presse tunisienne se trouvait en « état d’urgence » et que la profession était désormais contrainte de fonctionner « en mode de lutte ». Il avait alerté sur les conséquences des pressions exercées sur les journalistes et sur le droit du citoyen à accéder à une information fiable.

    Devant le Pôle judiciaire, quelques heures plus tard, ce discours a quitté la salle de conférence pour gagner la rue. Entre les appels à la libération de Mohamed Yousfi, les slogans en faveur de la presse et le retentissant « Ni eau, ni liberté : soif et prison ! », les manifestants ont fait de son cas le point de ralliement d’une mobilisation plus large en faveur de la liberté de la presse.

    Crédit photos SNJT

    I.N.

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