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Fitch maintient la Tunisie à « B- » : Moez Soussi décrypte les marges de progression

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Par Nadya Jennene

    Fitch Ratings a maintenu la note souveraine de la Tunisie à « B- », assortie d’une perspective stable. Une décision qui ne constitue ni une dégradation ni une amélioration du risque souverain tunisien, mais qui confirme la position du pays dans une catégorie où l’accès au financement demeure coûteux et fortement conditionné par la perception des risques.

    Invité sur Jawhara FM mercredi 9 septembre 2026, l’économiste Moez Soussi a expliqué que la notation attribuée par les agences internationales constitue avant tout un indicateur destiné aux investisseurs et aux prêteurs. Plus la note est faible, plus le risque perçu est élevé et, par conséquent, plus le coût auquel un État peut emprunter sur les marchés financiers augmente.

    À l’inverse, une notation située dans la catégorie dite « investissement » traduit une meilleure qualité de crédit et une perception plus faible du risque de défaut. Selon l’économiste, un tel classement permettrait à la Tunisie de réduire sensiblement le coût de ses émissions obligataires, qui pourrait alors se situer autour de 6 à 6,5%, contre des conditions beaucoup plus onéreuses dans sa situation actuelle.

    Moez Soussi a surtout insisté sur la différence entre le maintien d’une note et une véritable amélioration de la situation financière du pays. La Tunisie reste classée « B- », comme lors de la précédente évaluation, et conserve une perspective stable.

    Cette perspective signifie que Fitch n’anticipe pas, à ce stade, de changement majeur de la notation à court terme. Elle ne constitue donc pas une promesse de relèvement de la note, mais plutôt un signal indiquant que l’agence ne prévoit pas actuellement de détérioration suffisamment importante pour justifier une dégradation.

    Pour l’économiste, la Tunisie demeure néanmoins éloignée de la catégorie « investissement ». Il faudrait franchir plusieurs échelons avant d’y parvenir. Dans la nomenclature évoquée par Moez Soussi, le pays devrait progresser successivement jusqu’aux niveaux supérieurs de la catégorie « B », puis atteindre la catégorie « BB », avant de pouvoir espérer sortir de la zone spéculative.

    Moez Soussi estime que le principal obstacle demeure la fragilité des finances publiques. Le déficit budgétaire reste élevé et Fitch table encore sur un déficit de l’ordre de 6,5 % du PIB.

    À cela s’ajoute le niveau particulièrement important de la dette publique. Selon les projections de Fitch, celle-ci devrait atteindre environ 85% du PIB en 2026 et rester à ce niveau jusqu’en 2028. Un ratio nettement supérieur à la médiane d’environ 55% attendue pour les pays bénéficiant d’une notation « B ».

    La structure même de cette dette constitue également une source de vulnérabilité : environ 40% de la dette publique tunisienne est libellée en devises étrangères. Toute dépréciation importante du dinar pourrait ainsi alourdir mécaniquement son poids en dinars et accroître la pression exercée sur les finances publiques.

    Les besoins de financement restent, eux aussi, considérables. Fitch estime qu’ils devraient progressivement diminuer, mais demeurer élevés, atteignant encore 13,5% du PIB en 2028, contre une médiane de 8,9% pour les pays notés « B ».

    C’est précisément sur ce terrain que Moez Soussi identifie l’un des éléments ayant empêché la Tunisie d’obtenir une meilleure appréciation.

    L’économiste a rappelé que les besoins de l’État avaient notamment été couverts ces dernières années par des financements directs de la Banque centrale de Tunisie, à taux zéro. La BCT a accordé 7 milliards de dinars en 2024, puis le même montant en 2025. Le projet de loi de finances 2026 prévoit à son tour un financement de 11 milliards de dinars.

    Pour Moez Soussi, le problème n’est pas que la Tunisie honore ses engagements extérieurs grâce à ces ressources. Le remboursement de la dette reste évidemment un élément positif. La question porte plutôt sur le mécanisme utilisé pour mobiliser les devises nécessaires au règlement de ces échéances.

    L’économiste a distingué ainsi les réserves propres de l’État d’un recours direct aux ressources en devises de la Banque centrale. Dans ce dernier cas, l’État obtient un financement qu’il devra rembourser, certes sans intérêts, mais qui traduit aussi les difficultés rencontrées par les finances publiques pour générer par elles-mêmes les ressources nécessaires.

    Fitch estime d’ailleurs que ce type de soutien monétaire pourrait prendre fin en 2027, en raison de l’absence d’importantes échéances extérieures cette année-là. Le relais devrait alors être davantage assuré par le financement intérieur, qui passerait, selon ses projections, de 1,7% du PIB en 2026 à 6,5% en 2027. Une évolution susceptible d’exercer une pression accrue sur le système financier tunisien.

    La décision de l’agence ne se résume pas à un constat négatif. Elle identifie plusieurs facteurs qui permettent à la Tunisie de conserver sa note.

    Le pays bénéficie notamment d’un PIB par habitant et d’indicateurs de développement humain relativement élevés par rapport à ceux d’autres économies appartenant à la même catégorie de notation. Son économie demeure également diversifiée et dispose d’une main-d’œuvre qualifiée.

    La position extérieure constitue un autre élément de résilience. Malgré les tensions persistantes sur les réserves et les besoins importants en devises, la Tunisie a continué à honorer ses échéances extérieures.

    Moez Soussi a rappelé à ce propos que le pays avait notamment remboursé, en juillet dernier, une échéance de 700 millions d’euros. Le règlement de cette dette constitue, selon lui, un signal important : malgré les difficultés financières, la Tunisie continue de respecter ses engagements internationaux.

    Fitch prévoit néanmoins une diminution des réserves internationales en 2026, qui devraient représenter environ 3,3 mois de paiements extérieurs courants. Une reconstitution progressive est ensuite attendue à partir de 2027, pour atteindre 3,7 mois en 2028.

    Ce niveau resterait toutefois inférieur à la médiane de 4,1 mois observée pour les pays notés « B ».

    La position extérieure tunisienne bénéficie parallèlement de plusieurs soutiens. Les investissements directs étrangers nets ont progressé à environ 2% du PIB en 2025, notamment grâce aux secteurs des énergies renouvelables et de l’industrie manufacturière.

    Les exportations d’huile d’olive constituent également un facteur favorable. Elles ont progressé de 44% sur un an au premier semestre 2026. Les performances du secteur des services contribuent, elles aussi, à amortir la détérioration attendue du déficit commercial.

    Fitch prévoit ainsi un déficit courant de 3,9% du PIB en 2026, sous l’effet notamment de la hausse des prix de l’énergie. L’agence anticipe aussi une réduction de ce déficit sous la barre des 2,5% du PIB en 2027 et 2028, notamment grâce à l’hypothèse d’une baisse des cours internationaux du pétrole.

    La dépendance aux prix de l’énergie reste cependant une vulnérabilité majeure : un choc pétrolier prolongé pourrait rapidement détériorer les équilibres extérieurs tunisiens.

    La situation du dinar constitue un autre point de vigilance. Citant les données du FMI, Fitch relève que la monnaie tunisienne s’est appréciée de 24% en termes effectifs réels entre 2019 et 2025. Cette évolution s’explique notamment par la stabilité relative du taux de change nominal alors que l’inflation tunisienne a été supérieure à celle des principaux partenaires commerciaux.

    En mai 2026, la Banque centrale avait d’ailleurs restreint l’accès au financement de certaines importations jugées non essentielles afin de contenir la demande de devises et de préserver les réserves.

    Fitch ne prévoit toutefois pas de décrochage brutal du dinar à court terme. La diminution attendue des besoins de financement extérieur en 2027 et 2028, combinée à une inflation mieux maîtrisée, devrait limiter ce risque. Les tensions sur la monnaie nationale demeurent néanmoins importantes.

    Sur le front des prix, l’agence se montre relativement moins préoccupée. Fitch prévoit une inflation moyenne de 5,7% en 2026, avant un ralentissement à environ 5% entre 2027 et 2028.

    Cette trajectoire serait nettement plus favorable que la moyenne de 8,3% enregistrée entre 2022 et 2024. La persistance des subventions aux carburants devrait notamment absorber une grande partie de la hausse des cours internationaux du pétrole.

    De bonnes conditions météorologiques durant la saison agricole contribueraient également à limiter, à court terme, le risque d’une nouvelle flambée des prix alimentaires.

    La croissance reste toutefois modeste. Fitch table sur une progression réelle moyenne du PIB proche de 2% sur la période 2026-2028, un rythme qui ne permettrait pas, à lui seul, de résorber rapidement les déséquilibres accumulés.

    Pour Moez Soussi, l’enjeu dépasse donc largement la conservation de la note « B- ». La véritable question est de savoir comment créer les conditions permettant à la Tunisie de gravir progressivement les différents échelons de la notation souveraine.

    Cela passe notamment par une amélioration durable des finances publiques, une réduction des déficits, une meilleure mobilisation des ressources et une diminution de la dépendance au financement exceptionnel de la Banque centrale.

    La capacité du pays à continuer de respecter ses engagements extérieurs constitue également un facteur déterminant. Sur ce point, l’économiste considère que la Tunisie a jusqu’ici démontré une certaine résilience, y compris durant les périodes les plus difficiles.

    Mais l’amélioration de la notation nécessiterait surtout de transformer cette capacité à honorer les échéances en une trajectoire financière durable. Tant que les déficits, la dette et les besoins de financement resteront à des niveaux élevés, la marge de progression de la note demeurera limitée.

    N.J

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