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Écoles privées : quand l’argent des parents pèse sur l’avenir des enfants

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Service IA, Business News

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Par Hédi Rached Hachouch

    De seize écoles primaires privées en 1984, la Tunisie est passée à 701 en 2024. Derrière cette explosion se joue une transformation beaucoup plus profonde que la simple concurrence entre enseignement public et privé. Des familles de la classe moyenne se saignent désormais pour échapper à une école publique qu’elles ne jugent plus capable de tenir ses promesses, tandis que les plus aisées montent encore en gamme pour préserver leur avantage.

    Dans une analyse en arabe publiée cette semaine dans Echaâb, l’hebdomadaire de l’UGTT, Hédi Rached Hachouch analyse les transformations de l’enseignement privé et leurs conséquences sur les inégalités sociales et les chances offertes aux enfants.

    Business News en propose une version française synthétisée et adaptée.

    Imaginez une école privée « Gilles Deleuze » à Hassi El Ferid, un lycée « Émile Zola » à Kalaat Senan ou un collège « Marcel Pagnol » à Sidi Makhlouf. Ces établissements n’existent pas. Pas encore, du moins.

    À force de puiser dans le stock des écrivains et penseurs français pour baptiser les établissements privés tunisiens, les futurs investisseurs finiront peut-être par devoir se rabattre sur les noms des stars du football.

    Derrière cette boutade se cache pourtant un phénomène beaucoup plus sérieux. Car derrière les façades colorées, les appellations françaises, anglaises ou américaines, les activités extrascolaires, les cantines, les bus et les brochures promettant l’excellence, l’enseignement privé a profondément changé de dimension en Tunisie.

    L’école privée n’est plus une curiosité réservée aux quartiers huppés de Tunis et à une petite bourgeoisie fortunée. Elle s’est installée partout ou presque. Et avec elle s’installe progressivement une réalité autrement plus préoccupante : tous les enfants ne reçoivent plus seulement une éducation différente selon l’endroit où ils naissent, mais de plus en plus selon ce que leurs parents peuvent payer.

    Les chiffres suffisent à mesurer le bouleversement.

    En 1984, la Tunisie comptait seize écoles primaires privées. Elles étaient 102 en 2009, 600 en 2019 et 701 en 2024. Sur la même période, le nombre d’élèves du primaire privé est passé de 6.294 à 134.191.

    Le phénomène s’est progressivement étendu à l’ensemble du territoire.

    Pour l’année scolaire 2024-2025, le ministère de l’Éducation recensait 51 établissements primaires privés à Tunis 1, 59 à Tunis 2, 73 à Ben Arous et 61 à l’Ariana. Rien d’étonnant jusque-là. Mais il en comptait également huit à Béja, douze à Jendouba, 23 à Kasserine, 24 à Sidi Bouzid, 26 à Gafsa,19 à Médenine, quinze à Gabès et deux à Tataouine.

    Le privé est donc devenu un phénomène national, même si sa présence demeure très inégalement répartie.

    Dans le même temps, les établissements privés ont considérablement élargi leur offre.

    Une école privée ne propose plus uniquement des heures de cours. Elle vend une journée continue, une cantine, le transport, la garderie, des activités sportives et culturelles, des langues étrangères apprises très tôt, parfois des cours complémentaires et, surtout, une prise en charge de l’enfant compatible avec les horaires de parents qui travaillent.

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