« Détention », « incarcération », « visites »… Derrière ces mots, il y a aussi le quotidien des familles. Celui des visites hebdomadaires, des attentes devant les prisons, du couffin à préparer et de ces quelques minutes passées derrière une vitre, un téléphone à la main.
Vendredi 11 septembre 2026, lors du rassemblement organisé devant le siège du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) dans le cadre d’une journée de solidarité avec les journalistes détenus, Meriem Zeghidi Adda, sœur de notre confrère Mourad Zeghidi, a raconté une partie de ce quotidien.
Son témoignage a particulièrement marqué les participants.
Une année en Tunisie pour rester auprès de son père
Parmi les proches qui se sont organisés autour de Mourad Zeghidi depuis son incarcération, il y a sa fille Inès.
Étudiante en France, elle a décidé de suspendre ses études et de prendre une année sabbatique pour rester en Tunisie et pouvoir rendre visite à son père. Une année durant laquelle les visites en prison sont devenues une partie de son quotidien.
Meriem Zeghidi a raconté les déplacements, l’attente et les couffins préparés pour chaque visite. Une fois devant son père, les échanges se font derrière une vitre, au moyen d’un téléphone accroché au mur.
La jeune femme doit désormais reprendre ses études et retourner en France.
Avant son départ, elle souhaitait donc profiter d’une dernière visite pour voir son père autrement que derrière cette vitre.
L’autorisation était accordée
La famille a entrepris les démarches nécessaires pour obtenir une autorisation de visite directe. La demande a été acceptée et une autorisation a été délivrée à Inès ainsi qu’aux enfants de Meriem.
Pour pouvoir être présente à cette visite, Inès a même changé la date de son billet d’avion.
Mais une fois à la prison, la visite ne s’est pas déroulée comme prévu.
Selon le témoignage de Meriem Zeghidi, l’autorisation de visite directe a été refusée aux proches, alors même qu’ils présentaient le document qui l’accordait.
Inès Zeghidi n’a donc pas pu enlacer son père.
« Il s’est effondré en larmes »
Pour Mourad Zeghidi, la scène a été particulièrement difficile.
Sa fille devait repartir en France pour reprendre ses études. Cette visite devait lui permettre de passer quelques instants avec elle sans la séparation habituelle imposée par la vitre.
Mais l’autorisation obtenue n’a finalement pas été appliquée.
Meriem Zeghidi raconte que son frère a été profondément affecté par ce refus et qu’il s’est effondré en larmes.
Un moment qu’elle a eu du mal à raconter devant les personnes réunies au SNJT, tant l’épisode reste douloureux pour la famille.
Depuis l’arrestation de Mourad Zeghidi, ses proches se sont habitués aux visites hebdomadaires, aux démarches administratives et aux règles qui encadrent chaque rencontre. Pour Inès Zeghidi, cette présence auprès de son père était aussi devenue une manière de maintenir le lien malgré la distance.
Mais cette fois, même une autorisation accordée par la justice n’aura pas permis ce moment.
R.B.H










