À Genève, la Tunisie a remis une nouvelle fois sur la table l’épineuse question des avoirs considérés comme illicitement acquis et placés à l’étranger. La Mission permanente tunisienne auprès de l’ONU a appelé, vendredi 11 septembre 2026, les États détenant ces fonds à les restituer à leurs pays d’origine, estimant que leur mobilisation pourrait contribuer au financement du développement et permettre aux pays du Sud de réduire leur dépendance à l’endettement.
Le sujet est loin d’être nouveau. Il revient avec une régularité presque mécanique dans les discours officiels tunisiens depuis des années, particulièrement lorsqu’il est question de dette, de justice économique ou de coopération internationale. À Genève, la Tunisie a choisi de l’inscrire dans un débat plus large consacré au droit au développement, à l’occasion de la 63e session du Conseil des droits de l’Homme.
L’argument avancé est simple : les ressources soustraites illicitement aux pays en développement ne devraient pas demeurer immobilisées dans les juridictions étrangères, alors que leurs pays d’origine sont confrontés à la pauvreté, au déficit d’investissement, au manque d’infrastructures et à une dette qui réduit leurs marges de manœuvre. Leur restitution permettrait, selon la position défendue par la Tunisie, de financer des projets bénéficiant directement aux populations plutôt que d’ajouter de nouvelles obligations financières à des États déjà lourdement endettés.
Cette revendication s’inscrit dans une bataille plus vaste autour de la réforme de l’architecture financière internationale. La Tunisie a plaidé ainsi pour un système jugé plus équitable, un allègement de la dette des pays en développement et la possibilité de convertir une partie de celle-ci en investissements dans des projets de développement.
À Genève, la Mission permanente tunisienne a par ailleurs élargi son propos aux conditions internationales qui entravent, selon elle, la réalisation du droit au développement. Les conflits armés, la hausse des prix de l’énergie, le dérèglement climatique, le recul des financements consacrés au développement et l’aggravation des difficultés liées à la dette pèsent lourdement sur les économies du Sud, particulièrement en Afrique.
La représentation tunisienne a réclamé également une accélération du transfert de technologies vers les pays en développement, afin de soutenir leur industrialisation, leurs infrastructures et leur capacité d’adaptation au changement climatique. La Tunisie a, dans ce cadre, réaffirmé son soutien à l’élaboration d’un instrument international juridiquement contraignant consacré au droit au développement.
Sur le plan national, la Mission permanente a rappelé que le pays poursuivait la mise en œuvre des Objectifs de développement durable à l’horizon 2030, à travers leur intégration dans le Plan national de développement et la Vision Tunisie 2035.
Reste que la crédibilité d’un tel plaidoyer se mesure aussi à la capacité de ses promoteurs à obtenir des avancées tangibles. Pour la Tunisie, la restitution des avoirs illicitement transférés constitue depuis longtemps un symbole de justice économique et un argument récurrent face au poids de la dette. Mais après des années de déclarations et de démarches annoncées, la question demeure entière : combien de ces richesses ont effectivement regagné le pays, et quel bénéfice concret les Tunisiens en ont-ils tiré ?
N.J










