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Flottille Soumoud : Wael Naouar a perdu 21 kilos, Bassem Trifi le dit « au bord de la mort »

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Par Imen Nouira

    Au trentième jour de sa grève de la faim, Wael Naouar est, selon Bassem Trifi, « au bord de la mort ». Le président de la Ligue tunisienne pour la défense des droits de l’Homme (LTDH), qui lui a rendu visite en prison, a livré, lundi 14 septembre 2026, un constat autrement plus brutal que les alertes qui se succèdent depuis plusieurs semaines : 21 kilos perdus, un état de quasi-évanouissement permanent, des douleurs dans tout le corps et des difficultés à parler comme à marcher.

    « Wael Naouar en est à son trentième jour de grève de la faim. Il est au bord de la mort, mais il tient bon et résiste », écrit Bassem Trifi dans une publication Facebook. Il affirme que l’état de santé du détenu est « extrêmement dégradé et laisse présager un danger ».

    Cette fois, l’alerte ne vient pas seulement d’un communiqué ou d’un appel lancé à distance. Bassem Trifi dit avoir constaté lui-même l’état de Wael Naouar lors de sa visite en prison. Et alors que les organisations multiplient les mises en garde sur les conséquences de la grève de la faim, le militant refuse toujours de l’interrompre.

    Trois organisations lui demandent de préserver sa vie

    La LTDH, l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) et l’Ordre national des avocats de Tunisie (Onat) ont justement choisi de lui adresser, ainsi qu’aux autres détenus de la Flottille Soumoud, une lettre commune. Le message est sans ambiguïté : arrêter la grève de la faim, mais pas le combat.

    Les trois organisations disent suivre la situation avec « une profonde inquiétude ». Elles considèrent que l’état de santé de Wael Naouar a atteint un stade dangereux et que la poursuite de sa grève fait désormais peser une menace directe sur sa santé et sa vie. Elles l’appellent donc avec insistance à y mettre fin.

    Mais elles prennent soin de préciser ce que cet appel ne signifie pas. Il ne s’agit, écrivent-elles, ni de renoncer à sa cause et à ses revendications, ni d’abandonner ses camarades, encore moins de reculer face aux poursuites dont ils font l’objet. Elles promettent, au contraire, de poursuivre leur défense et celle de leurs camarades par « tous les moyens de lutte légitimes et possibles ».

    La lettre va plus loin sur le fond de l’affaire. Pour la LTDH, l’UGTT et l’Onat, la dimension politique du dossier ne disparaît pas parce que celui-ci a reçu une qualification judiciaire. Les trois organisations refusent que les procédures judiciaires puissent devenir un moyen de sanctionner des personnes pour leurs positions, leurs convictions ou leur militantisme.

    Elles font également porter aux autorités l’entière responsabilité de l’intégrité physique et de la santé de Wael Naouar. Elles réclament que les soins médicaux nécessaires lui soient assurés, que son état fasse l’objet d’un suivi permanent et qu’aucune nouvelle dégradation de sa santé ne soit permise.

    Leur message résume le dilemme dans lequel se trouve désormais le détenu : elles lui demandent d’arrêter sa grève, mais pas son combat. Elles veulent, en substance, qu’il puisse continuer à le mener vivant et en bonne santé aux côtés de ses camarades.

    Bassem Trifi affirme avoir personnellement transmis cet appel à Wael Naouar lors de sa visite. Celui-ci a remercié les trois organisations, ainsi que ses amis, ses camarades et ses soutiens pour leur solidarité. Mais il refuse, à ce stade, de mettre un terme à son mouvement.

    Selon le président de la LTDH, Wael Naouar reste déterminé à poursuivre sa grève jusqu’à ce que cesse ce qu’il considère comme l’injustice frappant ses camarades et lui-même et jusqu’à ce qu’il soit mis fin à ce qu’il qualifie de « mascarade ».

    21 kilos pour Naouar, dix pour Henchiri

    Et Wael Naouar n’est pas le seul dont l’état physique se dégrade. Bassem Trifi indique avoir également rendu visite à Ghassen Henchiri, lui aussi en grève de la faim. Selon ses déclarations, celui-ci aurait perdu dix kilos en seulement cinq jours.

    Ghassen Henchiri resterait, lui aussi, déterminé à poursuivre son mouvement jusqu’à ce que cesse ce qu’il considère comme l’injustice dont ses camarades et lui font l’objet.

    Pendant que les corps s’épuisent, le bras de fer judiciaire, lui, ne faiblit pas. Vendredi 11 septembre, le juge d’instruction près le Pôle judiciaire économique et financier a décidé de prolonger de quatre mois les mandats de dépôt visant Wael Naouar, Ghassen Boughdiri, Ghassen Henchiri et Nabil Chennoufi.

    Bassem Trifi rapporte qu’au moment où leur a été présenté le document relatif à la prolongation de leur détention provisoire, les militants ont refusé d’apposer leur signature. Ils auraient fait consigner au procès-verbal : « Nous refusons de signer la mascarade de notre détention ».

    Les quatre hommes sont détenus dans le cadre d’une affaire ouverte en mars 2026. Plusieurs membres de la coordination avaient été arrêtés à partir du 6 mars, avant que des mandats de dépôt ne soient émis le 16 mars contre sept d’entre eux. Ils sont notamment poursuivis pour des faits liés au blanchiment d’argent dans le cadre d’une entente organisée. Depuis, trois membres de la coordination ont été remis en liberté, tandis que Wael Naouar, Ghassen Boughdiri, Ghassen Henchiri et Nabil Chennoufi restent incarcérés.

    Le 11 septembre, quelques heures après la prolongation de leur détention, le Front de salut national avait déjà tiré la sonnette d’alarme. L’organisation disait suivre avec « une grande inquiétude » la situation des quatre détenus, tous engagés dans une grève de la faim, et insistait particulièrement sur celle de Wael Naouar. Elle réclamait une intervention urgente pour protéger sa vie et assurer une prise en charge médicale à l’ensemble des grévistes.

    Trois jours plus tard, l’alerte a changé de dimension. Il ne s’agit plus seulement d’un risque évoqué par les soutiens des détenus : Bassem Trifi affirme avoir constaté lui-même, lors de sa visite, un état de santé « extrêmement dégradé ». Dans le même temps, la LTDH, l’UGTT et l’Onat demandent désormais à Wael Naouar de préserver sa vie, tout en promettant de poursuivre le combat à ses côtés.

    La détention a été prolongée de quatre mois. La grève de la faim, elle, se compte désormais en kilos perdus. Et c’est précisément ce que les trois organisations tentent d’empêcher : que le bras de fer judiciaire finisse par se compter autrement.

    I.N.

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