Une vidéo relayée sur les réseaux sociaux affirme que « la colonisation a apporté le diabète au Maghreb ». Dans la publication qui accompagne la vidéo, l’auteur va plus loin en affirmant que, depuis le départ des colons, « rien n’a changé » et que le taux élevé de diabète ne serait donc pas un problème imputable aux populations locales. Cette affirmation, qui établit un lien de causalité direct entre colonisation et apparition du diabète, est trompeuse.

Si cette publication concerne l’ensemble du Maghreb, elle mérite d’être examinée à l’échelle tunisienne. Aucune donnée scientifique ne permet en effet d’affirmer que la colonisation française aurait introduit le diabète en Tunisie.
Le premier problème de cette affirmation est historique. Le diabète n’est pas une maladie apparue à l’époque coloniale. Des descriptions de symptômes correspondant au diabète existent dans des textes médicaux de l’Antiquité, notamment dans des papyrus égyptiens, ainsi que dans les traditions médicales grecques, indiennes, chinoises et arabes. La maladie était donc connue plusieurs siècles avant l’instauration du protectorat français en Tunisie en 1881.
Cela ne signifie évidemment pas que la prévalence du diabète en Tunisie était comparable à celle observée aujourd’hui. C’est précisément là que l’affirmation diffusée sur les réseaux sociaux devient trompeuse elle fait d’une maladie ancienne et multifactorielle un phénomène qui aurait une cause unique, en l’occurrence la colonisation.
Les recherches consacrées au diabète en Tunisie décrivent une situation beaucoup plus complexe. Une revue consacrée à l’épidémiologie du diabète de type 2 dans le Grand Maghreb relève notamment, pour la Tunisie, l’importance de plusieurs facteurs tels que l’âge, l’urbanisation, la prédisposition génétique et l’obésité.
Les données de la Fédération internationale du diabète indiquent qu’en 2024, environ 1,39 million d’adultes étaient atteints de diabète en Tunisie, soit une prévalence estimée à 16 % chez les adultes.
Les études tunisiennes permettent également de mesurer l’évolution récente de la maladie. Une étude épidémiologique menée à Hammam Sousse a identifié plusieurs facteurs associés au diabète, notamment l’âge, les antécédents familiaux et la surcharge pondérale. Une autre étude sur la population tunisienne relevait quant à elle une prévalence du diabète de type 2 de 15,1 % selon les critères de l’OMS.
L’Organisation mondiale de la santé rappelle de son côté que le diabète de type 2 résulte d’une interaction complexe entre différents facteurs, notamment la génétique, l’âge, le surpoids et l’obésité, l’alimentation, l’activité physique et le tabagisme.
En Tunisie, l’augmentation du diabète s’inscrit surtout dans une transition épidémiologique plus large. Le pays connaît depuis plusieurs décennies un recul relatif de certaines maladies infectieuses et une progression des maladies chroniques non transmissibles, dont le diabète. Une étude tunisienne publiée en 2022 décrit précisément cette évolution comme une « phase avancée de transition épidémiologique ».
L’OMS relève également, pour la Tunisie, l’importance de facteurs tels que l’urbanisation, les habitudes alimentaires, la sédentarité, le surpoids et l’obésité dans l’évolution des maladies non transmissibles.
Il est donc possible de discuter de l’impact historique et social de la colonisation sur les conditions de vie, les systèmes économiques ou les habitudes alimentaires. Mais cela ne permet pas de transformer cette histoire complexe en une relation causale simple selon laquelle « la colonisation aurait apporté le diabète » aux Tunisiens.
La publication étudiée repose ainsi sur un mécanisme classique de désinformation d’un phénomène réel et la forte prévalence actuelle du diabète pour lui attribuer une explication unique et spectaculaire qui n’est pas étayée par les données scientifiques.
Le procédé est d’autant plus efficace qu’il s’appuie sur un élément historique réel et chargé émotionnellement : la colonisation. Une réalité historique incontestable est alors utilisée comme point de départ pour construire une relation de cause à effet qui, elle, n’est pas démontrée.
En Tunisie, ce mécanisme est particulièrement visible lorsque des sujets liés à la santé, à l’alimentation ou à l’histoire sont présentés à travers des récits opposant systématiquement « les Tunisiens » à un acteur extérieur. La complexité des phénomènes sanitaires disparaît alors au profit d’une histoire simple, facilement compréhensible et donc facilement partageable.
Or, les données disponibles racontent une histoire différente. Le diabète est une maladie connue depuis l’Antiquité et sa progression actuelle en Tunisie s’explique par l’interaction de facteurs génétiques, démographiques, métaboliques, comportementaux et socio-économiques. Aucune des sources scientifiques ne peut établir que la colonisation française aurait « apporté » le diabète en Tunisie.
R.A.













3 commentaires
" Rigla el diabète " de (dé)règle coloniale ...
La colonisation n’a pas « apporté » le diabète.
Non.
Pire que cela.
Elle a CRIMINELLEMENT DESTRUCTURÉ les déterminants sociaux, économiques et environnementaux de la santé au Maghreb.
Les structures coloniales, en tant que système hégémonique impérialiste, suprémaciste et moderniste capitaliste blanc— ont en quelque sorte SUBSTANTIELLEMENT CONTRIBUÉ à la VULNERABILITÉ METABOLIQUE actuelle au Maghreb.
Entres autres « sucrages coloniaux des plus salés », les criminels dynamitages et toute la mélasse en conséquences (« bon appétit! ») :
– une destruction de l’autonomie alimentaire autochtone via l’expropriation des terres fertiles afin d’ installer une agriculture d’exportation (monocultures de vigne pour le vin, blé tendre pour la métropole et autre tabac)…
Un processus qui aura brisé les systèmes D AUTOSUFFISANCE basés sur la SAINE POLYCULTURE TRADITIONNELLE MAGHREBINE (légumineuses, orge, olive, dattes, maraîchage etc.).
– Une insertion FORCÉE du Maghreb colonisé dans le marché capitaliste global qui aura initié la dépendance aux importations de denrées industrielles RAFFINÉES ET PERTURBEUSES METABOLIQUES (farine blanche, sucre industriel, huiles de très piètre qualité, etc .).
Soit un « remodelage précoce » de l’assiette qui aura amorcé une transition nutritionnelle des plus délétères et perceptible encore jusqu’à ce jour…
Aussi, un certain TRAUMATISME METABOLIQUE dû aux FAMINES induits par la VIOLENCE COLONIALE… et l’épigénétique qui en découle de fait, génération après générations !
Le phénomène criminel colonial a souvent RELÉGUÉ DIGNITÉ ET SURVIE DES POPULATIONS AUTOCHTONES AU SECOND PLAN, DERRIERE LES INTÉRÊTS METROPOLITAIN, en provoquant des famines historiques majeures induites ou aggravées par les politiques économiques (comme les grandes famines de la fin du XIXe siècle en Algérie…)
Il est de notoriété scientifique médicale CLAIRE que la malnutrition sévère in utero ou pendant l’enfance modifie de manière permanente le métabolisme et favorise « le phénotype d’épargne « : les corps apprennent à stocker le moindre apport calorique sous forme de graisse pour survivre.
Deux à trois générations plus tard, lorsque ces populations sont exposées à l’abondance de la malbouffe moderne, le mécanisme de survie hérité se retourne contre elles, provoquant une explosion de l’insulinorésistance et du DT2.
Poursuivons la suite des « écoeurements sucreurs » coloniaux…
La « doctrine moderniste coloniale occidentale » a restructuré l’espace géographique maghrébin. Les politiques de cantonnement, la destruction du nomadisme et l’exode rural massif vers la périphérie des grandes villes coloniales typée bidonville ont créé des ruptures mutilantes de l’habitat, une précarisation et une urbanisation forcée.
Par « modernisme », n’est ce pas.
Pas par « modernité » que les autochtones maghrébins, essentiellement musulmans, possèdaient au sein même de leurs références et avec leurs propres outils éthiques comme spirituels pour répondre aux défis humains sans pour autant renier leur identité.
Non, pas cette potentielle « modernité » propre là au Maghreb.
Non.
Le « modernisme » plutôt.
Et forcé.
Un modernisme occidental colon forcé confondant « progrès technique pour tous (hum!) avec l’obligation d’une occidentalisation culturelle globale et qui ne laissera aucune place à un véritable pluralisme.
Résultat ?
Des populations à mode de vie agricole, pastoral, campagnard.et autre semi-désertique caractérisés par une dépense énergétique quotidienne élevée qui auront été soudainement insérés dans des environnements urbains précarisés et avec des conséquences métaboliques DESASTREUSES.
Rappel : le combo « sédentarité forcée/pauvreté urbaine » limite l’accès à des aliments frais au profit de produits industriels bon marché très caloriques et constitue le terreau parfait pour les maladies métaboliques…
Terminons la visite de « l’ilôt de longue errance »( hum!) macabre par la tendance coloniale suprematisante à hiérarchisation arrogante des savoirs médicaux…
Il y a eu par ce phénomène une imposition de vision DISQUALIFIANTE de la médecine et de la nutrition concernant les habitudes et les savoirs traditionnels locaux maghrébins jugés « archaïques » par l’idéologie moderniste coloniale.
« El Hogra wal schmeta ya Kho », comme disent colonisé.e.s intérieur.e.s de Françalgériatrie voisine.
« IstiKbarbou » yek, ya Kho…
Résultats : les régimes alimentaires locaux à base d’orge, de saines graisses végétales locales et de qualitatives plantes sauvages ont été DÉVALORISÉS au profit des marqueurs de la « modernité » occidentale (pain blanc, sucre de canne/betterave, produits manufacturés) avec pour malsaine conséquence métabolique une adoption de standards de consommation occidentaux devenue vecteur d’assimilation sociale et qui aura ce faisant mener à l’abandon de structures alimentaires protectrices au profit d’un environnement profondément « diabétogène ».
Bref.
Le diabète n’a pas été apporté au Maghreb par la colonisation.
Le diabète au Maghreb est d’étiologie multiple.
Il découle des choix industriels et de modes de vie « post-coloniaux »(hum!) globaux…SANS OUBLIER (ET TOUJOURS À RÉPARER) LE FAIT QUE la colonisation a agi comme facteur ACCELERATEUR MAJEUR DESTRUCTUREUR DES PLUS DELETERES et tous azimuts qui aura rendu les populations du Maghreb particulièrement vulnérables sur le plan métabolique en général.
Diabétique en particulier.
« Shedou el riglat el democratiya, ya khawti … »
https://m.youtube.com/watch?v=oToZfPGMMBY
HatemC
La colonisation comme explication universelle
Le problème avec ce genre de discours est qu’il transforme la colonisation en explication universelle.
Mauvaise économie ? La colonisation.
Mauvaises infrastructures ? La colonisation.
Mauvaise alimentation ? La colonisation.
Diabète ? La colonisation.
Et demain ?
Si tout problème contemporain peut être expliqué par un événement historique vieux de plusieurs décennies, alors plus besoin d’analyser les politiques publiques, les comportements sociaux, les transformations économiques ou les choix collectifs.
On ne cherche plus à comprendre.
On cherche un responsable.
C’est précisément ce qui fait la puissance de la démagogie : elle remplace une réalité complexe par une histoire simple.
Mais il existe un problème encore plus gênant
Si l’on veut réellement expliquer la forte prévalence actuelle du diabète au Maghreb par une influence historique de la colonisation, il faut démontrer le mécanisme.
Quelle pratique alimentaire précise aurait été introduite ?
Quand ?
Dans quelles populations ?
Comment s’est-elle diffusée ?
Comment a-t-elle survécu à l’indépendance ?
Et quelle part de la prévalence actuelle peut scientifiquement lui être attribuée ?
Sans ces démonstrations, dire « la colonisation a apporté le diabète » n’est pas une explication scientifique.
C’est une narration.
HatemC
Le problème de cette vidéo est qu’elle transforme un sujet médical complexe en récit politique extrêmement simplificateur : si le diabète est très présent aujourd’hui, ce serait la conséquence de la colonisation.
La colonisation a apporté le diabète … quand la démagogie se donne des airs de vérité
Il fallait oser.
Selon une vidéo devenue virale, « la colonisation a apporté le diabète au Maghreb ».
Et comme si cette affirmation ne suffisait pas, le raisonnement poursuit, les colonisateurs sont partis depuis des décennies, mais le diabète est toujours là.
Conclusion implicite : si les populations maghrébines continuent de souffrir de diabète, c’est donc que la responsabilité serait à chercher du côté de la colonisation.
Voilà comment une question de santé publique se transforme en récit politique.
Le procédé est séduisant parce qu’il est simple, un coupable, une victime, une explication et surtout aucune nécessité de regarder ce qui se passe aujourd’hui.
Sauf qu’entre une formule choc et une démonstration scientifique, il y a un gouffre.
Le diabète n’a pas attendu la colonisation
Première évidence : le diabète n’est pas né au XIXᵉ siècle.
La maladie est décrite depuis l’Antiquité, notamment dans des textes médicaux égyptiens, indiens, grecs et arabes.
La colonisation française de l’Afrique du Nord commence donc avec plusieurs millénaires de retard sur l’histoire du diabète.
Présenter la colonisation comme celle qui aurait « apporté » le diabète au Maghreb relève donc davantage du slogan que de la médecine.