Par Abdelwaheb Ben Moussa
L’illusion des chiffres et le piège du court terme
Le projet de loi de finances 2026 remet à nu le grand écart tunisien entre l’incantation politique et la réalité des chiffres. Alors que l’année 2026 est présentée comme le tournant stratégique du Plan 2026-2030, de la relance de l’investissement et du pouvoir d’achat, les arbitrages budgétaires révèlent une gestion de liquidité principalement tournée vers la couverture des besoins immédiats.
Avec un besoin brut de financement atteignant 27,064 milliards de dinars, couvert à plus de 70 % par le marché intérieur et par les concours directs de la Banque Centrale, l’État boucle ses équilibres au prix d’une forte sollicitation du système financier domestique. Certes, les partisans de l’orthodoxie budgétaire temporaire invoqueront la nécessité de préserver la souveraineté financière immédiate en évitant les conditionnalités extérieures. Mais cette création monétaire importante, couplée à une pression fiscale reposant à 90,9 % sur les acteurs formels, ne constitue pas un plan de relance : c’est un mécanisme de régulation conjoncturelle qui repousse l’échéance du choc d’exécution.
Le mur de la numérisation sans ingénierie d’infrastructures
Cette approche se retrouve dans la conduite des réformes de l’Administration. L’exemple du déploiement de la facturation électronique illustre ce décalage : imposer une conformité stricte à plus de 380 000 prestataires avec une infrastructure d’encadrement restreinte ne relève pas d’une transformation digitale aboutie, mais d’un transfert de charge vers le contribuable.
On prétextera la volonté politique d’accélérer la numérisation pour lutter contre l’inégalité fiscale. Mais la numérisation sans ingénierie préalable de déploiement produit l’effet inverse : elle pèse sur les acteurs transparents sans résorber l’informel. Pendant ce temps, les vrais leviers de croissance restent en attente : l’absence d’un projet de loi sur le Code des changes ou la modernisation toujours attendue du Code des douanes prouvent que les intentions réformatrices se heurtent systématiquement à l’absence de chaînes d’exécution structurées.
De la relance proclamée au risque d’inexécution : Le nœud de la gouvernance bancaire
Au centre de cet enjeu se dresse le rôle du secteur bancaire public. Comme le démontrent régulièrement les analyses sectorielles, sans un bras financier doté d’une gouvernance pérenne et dirigé avec une vision claire, aucun plan de développement national ne peut atteindre ses objectifs.
Le constat dressé sur le secteur bancaire public confirme l’impact des situations transitoires : la prolongation des phases d’intérim ou de vacance au sein des organes de direction fragilise le pilotage stratégique. Des gouvernances temporaires, par nature prudentes, peuvent difficilement engager des réformes lourdes à long terme, moderniser en profondeur les systèmes d’information (Core Banking Systems) ou procéder à la restructuration complexe des portefeuilles de risques.
Par ailleurs, si la rigueur des contrôles à posteriori est indispensable pour préserver la probité et la transparence, l’absence d’un cadre clarifiant la frontière entre l’erreur d’appréciation commerciale et la faute de gestion installe un réflexe d’inhibition. Aujourd’hui, le coût pour l’économie nationale de l’abstention décisionnelle devient plus lourd que celui d’un risque de crédit méthodiquement encadré. Faute d’exécutifs bancaires solides, légitimes et évalués sur des objectifs de performance clairs, le Plan 2026-2030 risque de se heurter au mur de l’inexécution.
La préservation du capital humain et l’attractivité des compétences
Ce climat d’incertitude institutionnelle pèse également sur le capital humain du secteur bancaire public et des administrations financières. La sélection des dirigeants et administrateurs gagne à s’appuyer sur des mécanismes d’appel à candidatures transparents, adossés à des cahiers des charges techniques rigoureux.
Sur le plan de la gestion des ressources humaines, la stricte application de grilles rémunératoires rigides dans le secteur public crée un décalage croissant avec le marché pour les métiers hautement spécialisés. L’incapacité à retenir les ingénieurs IT, les experts en Data et les spécialistes de la gestion des risques contraint les institutions financières à recourir à une sous-traitance externe coûteuse, fragilisant progressivement leur maîtrise technique interne. Une politique RH moderne doit dépasser le simple remplacement quantitatif pour constituer de véritables pôles d’expertise et d’ingénierie financière.
Vers une doctrine d’exécution : Les leviers de rupture
Pour que les banques publiques deviennent le véritable moteur financier du Plan 2026-2030, une doctrine claire d’exécution doit être arrêtée par les autorités de tutelle.
Il convient d’abord de stabiliser les gouvernances en généralisant les nominations sur la base de contrats de performance audités et de mandats d’une durée adaptée aux cycles industriels et bancaires.
Il est tout aussi essentiel de sécuriser le cadre d’exercice du décideur public, en alignant les critères d’évaluation de la responsabilité sur les standards internationaux afin d’encourager le financement des projets structurants. Parallèlement, l’audit bancaire et le contrôle interne doivent évoluer de la simple conformité réglementaire rétrospective vers un outil d’accompagnement et de pilotage stratégique de la performance.
Enfin, il faut adapter les politiques RH aux impératifs technologiques en créant des cadres d’attractivité ciblés pour les compétences rares (IT, Data, Risques) et maîtriser l’intégralité de la chaîne de valeur informatique pour garantir l’indépendance et la résilience cyber des institutions.
La Tunisie ne pourra pas financer son développement par la seule gestion budgétaire à court terme, ni en maintaining des institutions financières clés dans un cadre de gouvernance transitoire et d’inhibition décisionnelle. Il appartient aux autorités de tutelle — Ministère des Finances et Banque Centrale — d’impulser cette ingénierie globale et de doter nos institutions bancaires de directoires stabilisés et protégés. Car à force de différer les arbitrages majeurs par crainte de l’erreur, l’Administration risque de concrétiser le seul véritable danger stratégique : transformer l’urgence de l’exécution en une certitude d’immobilité.
BIO EXPRESS
Abdelwaheb Ben Moussa – Ingénieur en informatique / Cadre dans une banque publique
Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.











6 commentaires
"Au commencement était le Verbe..."
…au milieu, le dégagement…
Et à la fin, « ingénierie d’exécution » entre autres ( et non « ingéniaiserie de Kaution » comme on pourrait lire entre expertes lignes…)
« La Tunisie avance progressivement vers la consolidation de sa souveraineté… »
Ce qu’il faut pas lire Qômme même.
Ce régime « mélé lie » mollahrdeuse et parjurant triple n’a pas pour dessein la moindre consolidation de souveraineté.
EnKore moins son avancement.
À reKulons, l’avancement.
La Qômsolidation bien « sous verrins ».
Ne faisons pas semblant expertement de ne pas Qômprendre 😉
« La véritable rupture s’accomplira […] par l’appui aux projets structurants du gouvernement. »
Alors là, ça doit se retourner un maKS dans les Arendtiennes Ibn Khaldouniennes, Ibn Nouumanienne [ insérer au choix semblables autres illustres figures] tombes. Vite , des dynamos pour les convertir en électricité pour les décennies libérées à venir.
IL N Y A AUCUN APPUI A DONNER A UN GOUVERNEMENT ILLEGITIME, D UN REGIME TRIPLEMENT ILLEGITIME ET D UN PROJET IMAMATRIKULÉ QÔMCEPSION ANTIDEMOCRATIQUE ET CONTRE REVOLUTIONNAIRE.
On croirait limite limite relire certaines plumes expertes turco-syriennes bacharognardo- Qômpliantes Qômciliantes sans sourciller jusqu’aux derniers jours peu avant libération du pays par propre peuple CHAAMpion syrien, de lui même, par lui même et pour lui même.
AUCUNE, AUCUNE, AUCUNE « sécurisation des leviers stratégiques, données et système financier [pour concrétiser pleinement ces orientations au service du pays]. » NE SERONT POSSIBLES AVEC CE REGIME PAR SON ESSENCE.
Programmes et orientations sont fins prêts.
Qu’ ils dégagent le plancher du sol au zagafond.
« Pas de QÔMpromis, même face à l’ApoKalypse. »
Pas d’énieme charrue avant les boeufs.
« Li yobrez bla ma, iKaïs. »
Tabriz Qômme TarKiz.
Quelque soit l’expertise.
Erhalou, ya kamchat el generalet wal malali Kwazweyez.
https://makeagif.com/gif/no-qompromise-qvzDs3?origin=category&source=news-politics-gifs&order=new&page=1&position=1
Da che pulpito viene la predica...
Un bloKage de la Tunisie ni technique, ni financier mais purement politiKard et psyKhologique ?
Soit.
« La firma che scotta » ?
Bellissima.
« SKottatiyate el Zgafna » ou les affres du Qômditionnement mollahrdeux ingérant articulées aux impositions euroublardes sauce melonino-françalgériatrique.
Bravo, si.
En sortir ?
Fate presto largo : sparisci brigate di interferenza !
« Je suis rital et je le reste
Et dans le verbe et dans le geste
Vos saisons sont devenues miennes… »
Douwiw.
Ariverderci Roma, Qôm, Alger et tutti Kanti…
Pour commencer.
Parmi d’ autres préparatifs, s’agissant du peuple tunisien de lui même, par lui même et de lui même :
– la prochaine étape fondée sur la liberté et la démocratie avant prochissime fin du régime des KlowNS Rois Mollahs parjurant via boyKott général et dégageage massifs, populaires et pacifiques.
– l’incontournable restructuration des institutions tunisiennes bafouées et faire préalablement évoluer le fonctionnement du système tunisien vers la Démocratie ( sans y intégrer les forces démocratiques dans son état aKtuel au passage…)
– la reddition entière des comptes et autres 33 milliards d’euros à minima de richesses tunisiennes pillées par castes bourguibidonneuses, zabazinzinzolines, zoKafiones et autres intérêts étrangers.
– une réconciliation à finalité d’apaisement, enfin, avec cette identité toute typique que l’on voulait effacer pour certains intérêts connus de tous au fond désormais.
Kapice ?
Grazzie mille, ya mila.
https://m.youtube.com/shorts/tRXn_iV8TUg
Abdelwaheb Ben Moussa
Une prose hautement poétique et satirique qui résume bien l’exaspération face aux blocages actuels et aux dépendances extérieures.
Mais une fois le constat dressé et les formules choc envoyées, la question reste entière : quelle méthode concrète et quelle ingénierie pour reconstruire les institutions et restituer la valeur à l’économie réelle ? Le vrai chantier commence là où s’arrêtent les slogans.
Abdelwaheb Ben Moussa
Le constat sur les blocages historiques et la volonté de préserver l’indépendance nationale est exprimé avec une grande force théâtrale. Toutefois, l’assainissement de nos équilibres et les réformes engagées par l’État démontrent déjà que la Tunisie avance progressivement vers la consolidation de sa souveraineté.
Pour transformer ces efforts en réussites durables, la véritable rupture ne s’accomplira pas uniquement par le verbe, mais par l’appui aux projets structurants du gouvernement.
Reconstruire les institutions, valoriser l’économie réelle et garantir l’autonomie nationale exigent de dépasser les réserves pour adopter une rigoureuse ingénierie d’exécution.
C’est en sécurisant nos leviers stratégiques, nos données et notre système financier que nous concrétiserons pleinement ces orientations au service du pays.
codaccioni.michel
Hélas, votre constat et votre analyse sont parfaitement lucides et exacts. La solution pour le déblocage du système repose sur la seule décision humaine. Y aurait-il donc si loin de la coupe aux lèvres ? Gouvernances provisoires et risques d’inexécution ne sont effectivement pas le fruit de conjonctures impossibles, de concurrences sévères ou d’absence de ressources. Comme dans d’autres secteurs , par exemple la Justice, le réflexe de peur de l’ombre de la tutelle suffit à paralyser les compétences les mieux disposées . L’erreur serait de continuer à désigner des carences de management là où la gouvernance suprême inocule, sans même s’en rendre compte et à la manière du scorpion, le venin de l’immobilisme généralisé… Espérons que l’instinct de survie de l’être humain ne le rende pas fatal .
Da che pulpito viene la predica...
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