Le député et vice-président de la Commission des finances et du budget à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), Dhafer Sghiri, a défendu une proposition visant à revoir le mode de financement de la protection sociale en Tunisie. Son idée : créer une forme de « TVA sociale », en augmentant la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), tout en réduisant en parallèle d’autres prélèvements pesant sur les entreprises et les particuliers.
La proposition, évoquée par le député notamment lors d’une intervention mercredi 16 septembre 2026 sur Mosaïque FM, s’inscrit selon lui dans la nécessité de procéder à une réforme structurelle des caisses sociales, confrontées à l’évolution démographique et aux difficultés de financement.
Pour Dhafer Sghiri, le système actuel repose largement sur les cotisations liées aux salaires et à l’emploi. Or, la transformation du modèle démographique tunisien réduit progressivement la base des cotisants, tandis que les besoins en matière de retraite, de santé et de protection sociale continuent d’augmenter.
Il a cité notamment la hausse du chômage, le vieillissement de la population, la migration ainsi que la baisse du nombre de mariages et des naissances. Autant de facteurs qui, selon lui, fragilisent à terme l’équilibre entre le nombre de personnes qui financent le système et celui de ses bénéficiaires.
Son idée consiste donc à élargir cette base en faisant davantage contribuer la consommation au financement de la protection sociale.
Le mécanisme ne consisterait toutefois pas, selon lui, à augmenter simplement la TVA et à alourdir la facture du consommateur. Il a défendu plutôt un transfert de la pression fiscale : une hausse ciblée de la TVA serait accompagnée d’une baisse d’autres charges fiscales ou sociales.
Le député a expliqué qu’un point supplémentaire de TVA pourrait rapporter plusieurs centaines de millions de dinars aux caisses sociales. Ces ressources ne devraient cependant pas être considérées comme une simple recette budgétaire supplémentaire. Elles seraient collectées à travers un fonds distinct et destinées à financer durablement les caisses sociales et, à travers elles, les systèmes de retraite, de couverture maladie et de prise en charge sociale.
Face à l’objection selon laquelle une hausse de la TVA pèserait directement sur le pouvoir d’achat, Dhafer Sghiri a reconnu que la taxe sur la consommation pourrait effectivement avoir un effet sur les prix. Mais il a noté que cet effet devrait être apprécié en tenant compte de la baisse concomitante d’autres charges.
Il a rappelé, dans ce sens, qu’une partie importante de l’activité économique échappe aujourd’hui à la TVA. Une hausse de la taxe sur la consommation pourrait dès lors accroître la pression sur les entreprises et les commerçants opérant dans le circuit formel, tandis que les acteurs du marché parallèle continueraient à échapper à cette contribution.
Son objectif n’est donc pas, a-t-il assuré, de faire porter l’effort supplémentaire uniquement sur les contribuables déjà identifiés, mais de parvenir à ce que l’ensemble des Tunisiens participent au financement de la protection sociale à travers la consommation.
Dans la logique défendue par Sghiri, la réforme devrait donc être envisagée comme un ensemble cohérent : revoir le financement des caisses sociales, rééquilibrer les prélèvements, élargir la base des contributeurs et lutter contre l’économie parallèle. L’enjeu ne serait pas simplement de créer une nouvelle taxe, mais de modifier la manière dont la solidarité nationale est financée.
N.J










