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Intempéries : annoncée à 14h53, la suspension des cours sème la pagaille dans le Grand Tunis

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Par Sarra Hlaoui

    La décision était attendue face à la dégradation des conditions météorologiques. Mais son timing fait grincer des dents. Le gouvernorat de Tunis a annoncé, jeudi 17 septembre 2026, la suspension des cours dans l’ensemble du gouvernorat à partir de 15 heures. Problème : le communiqué a été publié à… 14h53.

    Trois minutes pour permettre aux parents de s’organiser, de quitter leur lieu de travail, de rejoindre les établissements scolaires et de ramener leurs enfants chez eux, alors que les pluies avaient déjà fortement perturbé la circulation. Une décision censée protéger les élèves qui s’est rapidement transformée en source de stress et de désordre pour de nombreuses familles.

    Sept minutes pour s’organiser

    Sur les réseaux sociaux, les réactions n’ont pas tardé. Parents et citoyens ont largement contesté la manière dont la décision a été annoncée, davantage que le principe même de la suspension des cours.

    Une citoyenne, Khawla Zaazaa, s’est interrogée sur la possibilité pour les parents de récupérer leurs enfants dans un délai aussi court. Elle rappelle que les prévisions météorologiques avaient annoncé depuis plusieurs jours un épisode pluvieux important et que le risque de fortes précipitations était connu.

    « Le gouverneur se réveille à 14h57 » pour annoncer une suspension à 15 heures, ironise-t-elle, soulignant que les parents disposent alors de trois minutes pour quitter leur travail et rejoindre les écoles. Elle décrit une situation où les embouteillages, les ruissellements et la panique compliquent encore davantage les déplacements.

    La citoyenne pose également une question très concrète : que faire des enfants lorsque leurs parents ne peuvent pas quitter leur travail à la dernière minute ? Et à quoi sert une suspension des cours si les établissements ne peuvent pas permettre aux élèves de rentrer chez eux dans des conditions sûres ?

    La journaliste Essia Atrous a, elle aussi, réagi en dénonçant une « capacité surnaturelle à anticiper les événements et les risques », estimant que l’arrêt des cours « à la dernière minute » illustre, selon elle, l’état d’alerte dans le pays.

    « L’alerte précoce ne fonctionne pas ainsi »

    L’expert Hamdi Hached a, de son côté, replacé la polémique dans le cadre plus large de la gestion des risques et des systèmes d’alerte précoce.

    Selon lui, une décision de suspension des cours ne devrait pas attendre le début des pluies ou la paralysie des routes. Il évoque un protocole d’alerte permettant, en amont, de préparer les autorités, les établissements scolaires, les transports et les familles.

    Il estime ainsi qu’une première alerte peut intervenir 24 à 48 heures avant l’événement, suivie d’une information du public et de la préparation des structures concernées 12 à 24 heures avant. Pour les situations présentant un risque important, la suspension des cours devrait, selon lui, être annoncée plusieurs heures à l’avance, voire la veille lorsque le danger est attendu dès le matin.

    « L’alerte précoce réelle n’est pas un simple bulletin météo », souligne-t-il, considérant qu’il s’agit d’une information destinée à permettre une décision suffisamment anticipée. Dans le cas des crues soudaines, ajoute-t-il, chaque heure perdue réduit les possibilités de prévention et augmente les risques de paralysie des routes et des services publics.

    Quand la décision déclenche elle-même la pagaille

    Sur le terrain, les conséquences ont été particulièrement visibles. De nombreux parents se sont retrouvés contraints de quitter précipitamment leur travail pour rejoindre les établissements scolaires, au même moment où une grande partie des automobilistes tentaient de rentrer chez eux ou de se mettre à l’abri.

    Dans certaines familles, les enfants n’ont finalement pu être récupérés qu’une trentaine de minutes après l’heure annoncée de suspension. Pour certains parents, il a fallu quitter leur lieu de travail plus tôt que prévu et affronter d’importants embouteillages.

    Un cas illustre particulièrement cette situation : des enfants scolarisés dans un établissement situé avenue Mohamed V n’ont pu être récupérés qu’aux alentours de 15h30 et se sont retrouvés bloqués dans la circulation sur le trajet vers le Bardo. Plusieurs heures après l’annonce de la suspension, à 18h30, le trajet retour n’était toujours pas terminé. Épuisés, les enfants ont fini par s’endormir dans la voiture.

    La question posée jeudi n’est donc pas seulement celle de la pertinence de suspendre les cours face aux intempéries. Elle est aussi celle de la préparation et de l’anticipation : lorsqu’une décision concerne des milliers d’élèves et leurs familles, quelques minutes suffisent-elles réellement pour assurer leur sécurité ?

    S.H

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