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Mohamed Yousfi depuis la prison : « Le véritable prisonnier n’est pas nécessairement celui qui se trouve derrière les barreaux »

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Par Raouf Ben Hédi

    L’avocat Fedy Snene a rendu publics, jeudi 17 septembre 2026, des propos confiés par son client, le journaliste Mohamed Yousfi, lors d’une visite en prison. Détenu depuis le 4 septembre, le journaliste revient sur ses conditions de détention, son activité de lecture et d’écriture, ainsi que sur son attachement à son indépendance professionnelle.

    Dans le message rapporté par son avocat, Mohamed Yousfi estime que « le véritable prisonnier n’est pas nécessairement celui qui se trouve derrière les barreaux », mais peut aussi être celui qui devient prisonnier des instructions, de la peur, de l’avidité ou de l’opportunisme.

    Selon Fedy Snene, son client tente de mettre à profit son temps en prison pour lire, écrire et poursuivre ses recherches, malgré les difficultés auxquelles il est confronté.

    « Tout ce dont j’ai besoin à cet égard, c’est d’une table et d’une chaise », rapporte l’avocat, citant le journaliste. Selon ce dernier, l’accès à ce minimum matériel resterait toutefois soumis à « un ensemble de procédures et d’autorisations ».

    Faute de disposer de conditions adaptées, Mohamed Yousfi affirme être contraint de lire et d’écrire à même le sol. Il critique également les programmes de télévision auxquels les détenus auraient accès, évoquant principalement des émissions de divertissement et des films d’horreur ou violents.

    « Je renouvelle mon attachement à mon innocence »

    Dans son message, Mohamed Yousfi remercie les avocats qui se sont portés volontaires pour assurer sa défense, ainsi que ses confrères et consœurs journalistes pour leur soutien.

    Il salue également le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), notamment son président Zied Dabbar, ainsi que les organisations nationales et internationales engagées, selon lui, dans la défense des droits et des libertés. Il remercie par ailleurs les syndicalistes et souligne les positions de la direction de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) et de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH).

    Sur le fond de l’affaire, le journaliste réaffirme son innocence face aux « accusations fallacieuses » portées contre lui. Il estime que les poursuites dont il fait l’objet sont liées, selon lui, à son indépendance et à ses positions critiques sur certaines politiques publiques et sur plusieurs secteurs qu’il considère comme essentiels pour les Tunisiens, notamment la santé, le transport, l’eau, l’électricité et la justice.

    « La presse est un pouvoir, pas un métier »

    Mohamed Yousfi réaffirme ensuite son attachement à l’indépendance de son travail journalistique.

    « La presse est un pouvoir et non un métier », affirme-t-il, assurant qu’il ne renoncera pas à son indépendance professionnelle et qu’il ne trahira pas, selon ses termes, la déontologie journalistique.

    Le journaliste adresse également un message à ses collègues d’Alqatiba, dont il est le fondateur. Il les remercie de poursuivre leur travail malgré les circonstances et se dit confiant dans leur capacité à maintenir la ligne « indépendante et professionnelle » qu’ils ont, selon lui, construite ensemble depuis six ans.

    Il souhaite qu’Alqatiba demeure « un espace pour la presse libre » et annonce par ailleurs qu’il fera prochainement état de « décisions importantes » le concernant auprès de l’opinion publique nationale et internationale, sans en préciser la nature.

    Mohamed Yousfi conclut son message en citant l’article premier de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, consacré à l’égalité en dignité et en droits, avant de signer : « Le journaliste libre le reste toujours »

    Mohamed Yousfi a été interpellé le 4 septembre 2026 à l’entrée d’Express FM, alors qu’il devait participer à une émission sur la politique de l’eau. Après une garde à vue marquée par un problème de santé ayant nécessité une intervention chirurgicale, il a été placé sous mandat de dépôt le 8 septembre par le juge d’instruction du Pôle judiciaire économique et financier, dans une affaire portant notamment sur des soupçons d’enrichissement illicite et de blanchiment d’argent. Le SNJT avait dénoncé une procédure liée, selon lui, à son activité journalistique.

    R.B.H

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