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Ghazi Mrabet et une autre avocate : la présomption d’innocence à géométrie variable ?

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Par Sarra Hlaoui

    Le 16 septembre 2026, le juge d’instruction près le pôle judiciaire économique et financier a émis un mandat de dépôt à l’encontre de l’avocat Ghazi Mrabet, dans le cadre d’une enquête portant sur des soupçons de trafic de stupéfiants et de blanchiment d’argent. Neuf personnes ont été placées en détention dans ce dossier, selon une source judiciaire citée par l’agence TAP.

    Deux jours plus tard, le 18 septembre, un juge d’instruction près le tribunal de première instance de Nabeul a, à son tour, délivré des mandats de dépôt à l’encontre de quatre personnes, dont une avocate, dans une affaire liée à des soupçons de trafic de stupéfiants.

    Deux affaires distinctes. Deux avocats. Deux mandats de dépôt. Et, dans les deux cas, une même règle élémentaire : les personnes poursuivies restent présumées innocentes jusqu’à l’issue de la procédure judiciaire.

    Sur le papier, donc, rien qui ne mérite davantage de commentaire.

    Sauf que les affaires ne se sont manifestement pas déroulées sur le même terrain : celui du tribunal médiatique.

    Quand l’un devient une affaire publique

    Dans le cas de Ghazi Mrabet, l’arrestation de l’avocat a rapidement dépassé le strict cadre judiciaire. Son nom, son arrestation, les circonstances entourant le dossier et les soupçons pesant sur lui ont largement circulé sur les réseaux sociaux et dans plusieurs médias.

    Très vite, le dossier judiciaire s’est doublé d’un procès d’une autre nature : celui des réseaux sociaux. Des pages et des comptes proches du pouvoir ont abondamment relayé l’affaire, parfois sur un mode accusatoire, laissant peu de place à la prudence qu’impose pourtant une procédure encore en cours.

    Le problème est que Ghazi Mrabet n’est pas apparu dans le paysage public le 16 septembre 2026.

    L’avocat est connu depuis des années du grand public pour ses prises de position et son engagement dans des affaires à caractère social, dans la défense des droits humains et dans des dossiers touchant aux libertés et aux affaires d’opinion. Cette visibilité publique explique sans doute que son arrestation ait suscité de nombreux commentaires. Elle ne dispense cependant personne du respect de la présomption d’innocence.

    Car entre « faire l’objet d’une enquête » et « être coupable », il existe normalement un espace appelé justice.

    Sur les réseaux sociaux, cet espace semble parfois se réduire à quelques lignes.

    Et puis, deux jours plus tard…

    Le 18 septembre, une autre avocate est placée en détention dans une affaire portant, elle aussi, sur des soupçons de trafic de stupéfiants.

    L’information est bien là. Elle est rapportée. Mais avec une sobriété qui tranche avec le traitement réservé, deux jours plus tôt, à Ghazi Mrabet.

    Surtout, l’identité de l’avocate n’occupe pas la même place dans le récit médiatique. Dans les médias gouvernementaux, son nom est demeuré largement absent ou traité avec beaucoup plus de retenue.

    Pourtant, cette avocate n’est pas non plus une inconnue sur les réseaux sociaux.

    Elle y affiche publiquement son adhésion au processus politique du 25-Juillet et a, à plusieurs reprises, exprimé des positions politiques très tranchées. Elle est notamment allée jusqu’à manifester publiquement sa satisfaction à l’annonce de l’incarcération de certaines figures de l’opposition.

    Des prises de position qui, lorsqu’elles viennent d’une personne considérée comme proche du pouvoir, semblent soudain beaucoup moins intéressantes à mettre en scène.

    La présomption d’innocence aurait-elle deux poids ?

    Il ne s’agit évidemment pas de dire qu’une personne poursuivie devrait être davantage exposée parce qu’elle est politiquement proche du pouvoir. Bien au contraire. La discrétion médiatique dont bénéficie l’une devrait être la règle pour toutes.

    Mais alors pourquoi cette retenue n’a-t-elle pas été la même pour Ghazi Mrabet ?

    Pourquoi, dans un cas, l’arrestation d’un avocat donne-t-elle lieu à une déferlante de commentaires, de publications et de mises en cause publiques, tandis que dans l’autre, une procédure judiciaire comparable reste essentiellement cantonnée à une information factuelle ?

    La question n’est pas de savoir qui est coupable. La justice est précisément là pour le déterminer.

    La question est de savoir pourquoi certains justiciables semblent mériter davantage que d’autres l’exposition publique, le commentaire politique et parfois même le dénigrement, alors que tous bénéficient en principe de la même présomption d’innocence.

    Et le contraste est d’autant plus troublant lorsque les positions politiques des personnes concernées semblent, elles, parfaitement identifiables.

    La comparaison mérite d’autant plus d’être posée que les deux personnes appartiennent à la même profession et sont, à ce stade, concernées par des procédures judiciaires en cours.

    Au-delà des personnes, la question du principe

    Le sujet n’est donc pas de demander un traitement privilégié pour l’une ou l’autre. Il est au contraire de s’interroger sur l’existence d’une règle commune dans le traitement médiatique des justiciables.

    Une personne proche du pouvoir doit-elle bénéficier d’une retenue médiatique que l’on ne retrouve pas lorsqu’il s’agit d’une personnalité identifiée comme opposante ou critique du pouvoir ? À l’inverse, une personne considérée comme proche de l’opposition peut-elle être exposée publiquement avant même qu’une décision judiciaire définitive ne soit rendue ?

    La réponse devrait, en principe, être indépendante des convictions politiques des personnes concernées : mêmes faits rapportés avec la même prudence, même respect de la présomption d’innocence et même distance à l’égard des accusations.

    C’est précisément cette différence de traitement que les deux affaires, rapprochées dans le temps, permettent aujourd’hui de questionner.

    S.H

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