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Loi de finances 2027 : Maher Ketari réclame au ministère des Finances les données sur l’exécution du budget 2026

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Par Nadya Jennene

    Les récentes intempéries ont une nouvelle fois mis en lumière les fragilités de l’aménagement urbain en Tunisie. Intervenant vendredi 18 septembre 2026 sur Jawhara FM, le député et président de la Commission des finances à l’Assemblée, Maher Ketari, a estimé que les dégâts provoqués par les pluies ne pouvaient être dissociés des défaillances accumulées en matière d’infrastructures, de planification urbaine et de construction anarchique.

    Revenant notamment sur la situation à Sidi Bou Saïd, il a indiqué que les travaux d’envergure annoncés depuis plusieurs mois n’avaient toujours pas démarré. Selon lui, des réunions avaient pourtant été organisées en mai et juin derniers et l’engagement avait été pris de lancer les travaux au mois de septembre.

    « Les grands travaux n’ont pas commencé », a-t-il déploré, précisant que seules certaines interventions ponctuelles avaient été réalisées, notamment à proximité du parking et sur quelques secteurs concernés par des glissements de terrain. Il a également évoqué plusieurs zones sensibles de Sidi Bou Saïd, dont les versants de la colline.

    Maher Ketari a toutefois salué l’intervention de l’Armée nationale lors des précédents épisodes de fortes pluies, soulignant que ses équipes avaient contribué à sécuriser certaines zones et à faire face aux conséquences des intempéries.

    Pour le député, les inondations ne sauraient cependant être expliquées uniquement par l’intensité des précipitations. Il a directement mis en cause l’urbanisation désordonnée et l’insuffisance des réseaux d’évacuation des eaux pluviales.

    Selon son analyse, les dégâts seraient liés à plusieurs facteurs conjugués, parmi lesquels l’état des réseaux, l’insuffisance de certains ouvrages et la construction anarchique. Cette dernière, a-t-il insisté, ne constitue pas uniquement un problème esthétique ou foncier : elle modifie également les écoulements naturels et empêche les eaux de rejoindre correctement les réseaux prévus à cet effet.

    Il a cité l’exemple de quartiers conçus initialement pour accueillir une population donnée, mais dont la densité augmente considérablement au fil des années sans que les infrastructures soient nécessairement adaptées à cette croissance. Il a notamment évoqué le cas de cité Ennasr, dans le Grand Tunis, où les réseaux auraient été dimensionnés à l’origine pour une population de 40 000 à 50 000 habitants, alors que celle-ci aurait ensuite fortement augmenté.

    Maher Ketari a par ailleurs estimé que les réponses apportées aux épisodes d’inondation demeuraient trop souvent centrées sur les conséquences plutôt que sur les causes.

    Il a évoqué, à ce titre, les rencontres consacrées à l’aménagement urbain organisées dans le deuxième district, estimant que les discussions devaient désormais dépasser les approches traditionnelles.

    « Nous sommes toujours dans l’ancien modèle », a-t-il regretté, appelant à repenser l’aménagement urbain en fonction de l’évolution démographique, de l’extension des villes et des effets désormais récurrents des épisodes météorologiques extrêmes.

    Pour le président de la Commission des finances, l’État, les municipalités et les différents départements concernés ont chacun une part de responsabilité dans cette situation. Il a notamment dénoncé les difficultés persistantes à faire respecter les décisions de démolition visant certaines constructions illégales.

    L’intervention du député a également porté sur un autre dossier : le suivi de l’exécution du budget de l’État et la préparation du projet de loi de finances pour 2027.

    Maher Ketari a annoncé la tenue d’une réunion de la Commission des finances et du budget, au cours de laquelle les membres entendaient revenir sur ce qu’il considère comme un manquement du ministère des Finances à ses obligations légales en matière de transmission des données relatives à l’exécution budgétaire.

    Il a expliqué que la Commission avait demandé à plusieurs reprises des informations sur le niveau d’exécution du budget 2026, ainsi que sur l’impact de l’évolution des prix du pétrole sur les finances publiques, sans avoir, selon lui, reçu les documents demandés.

    Pour le président de la commission, ces données sont indispensables à l’examen du budget 2027. « Pour commencer à préparer le budget 2027, il faut d’abord savoir ce qui s’est passé en 2026 », a-t-il résumé.

    Il a également fait état de l’absence, à ce stade, de documents budgétaires attendus de la part du ministère des Finances, alors que le calendrier de préparation du prochain projet de loi de finances avance.

    Maher Ketari a par ailleurs indiqué que la Commission des finances avait consacré les derniers mois à l’écoute de différents secteurs économiques et professionnels en vue de préparer le prochain projet de loi de finances.

    Il a notamment cité les radios associatives et les médias privés parmi les secteurs rencontrés, soulignant que certains d’entre eux rencontrent des difficultés nécessitant, selon lui, l’examen de dispositions fiscales ou réglementaires spécifiques. La commission, a-t-il expliqué, entend poursuivre ces consultations afin d’identifier les problématiques propres aux différents secteurs avant l’examen du projet de loi de finances.

    Le député a également évoqué les questions liées au régime des changes et aux propositions attendues de la Banque centrale de Tunisie. Faute de réponses écrites, la Commission des finances envisage, selon lui, d’organiser une journée d’étude consacrée à cette question.

    L’un des principaux griefs formulés par Maher Ketari concerne toutefois l’application de certaines dispositions déjà inscrites dans la loi de finances.

    Il a notamment cité plusieurs mesures qui, selon lui, restent suspendues à la publication de textes d’application. Il a évoqué à titre d’exemple le dispositif relatif à la voiture destinée aux familles tunisiennes ainsi que la possibilité, introduite par la loi, pour les Tunisiens d’ouvrir un compte en devises.

    Pour lui, une loi adoptée par l’Assemblée, approuvée par le président de la République et publiée au Journal officiel ne saurait rester théorique faute de mise en œuvre par l’administration.

    « Un texte adopté est une loi », a-t-il insisté, estimant que le défaut d’application de dispositions légales porte au-delà de leur contenu sur la crédibilité même de l’État et de la législation.

    Il a également critiqué le décalage qu’il observe entre certaines décisions publiques et la préparation des mécanismes permettant leur application. Il a cité, à cet égard, la transition vers les véhicules électriques, estimant que la suppression de certains droits ou taxes devait s’accompagner d’un cadre juridique permettant de gérer les nouvelles activités qui en découlent, notamment dans le domaine de la recharge électrique.

    Autre sujet évoqué : la réforme du régime des chèques.

    Maher Ketari a estimé que la modification du cadre légal devait être accompagnée d’alternatives permettant aux entreprises et aux citoyens de continuer à effectuer leurs transactions dans un cadre formel.

    Selon lui, l’absence d’alternative suffisamment opérationnelle a contribué à pousser une partie des échanges vers le secteur informel. Il a ainsi appelé à une réflexion associant l’Assemblée, les ministères concernés et les acteurs économiques afin de réévaluer les effets de la réforme et d’identifier les ajustements nécessaires.

    Son propos revient à une même exigence : anticiper les conséquences pratiques des décisions publiques plutôt que de corriger leurs effets une fois les difficultés installées.

    En conclusion, Maher Ketari a surtout insisté sur les relations entre les pouvoirs législatif et exécutif dans la préparation des politiques publiques et, en particulier, du prochain budget.

    Élu président de la Commission des finances et du budget depuis plusieurs mois, il a affirmé avoir proposé à plusieurs reprises la mise en place d’un dialogue régulier avec le ministère des Finances et les autres départements concernés.

    Son idée est notamment d’organiser des réunions périodiques entre la commission parlementaire et le ministère afin d’examiner en amont les difficultés et les priorités, plutôt que d’attendre l’arrivée du projet de loi de finances au Parlement pour commencer les discussions.

    Pour Maher Ketari, le problème dépasse donc la seule préparation budgétaire : il s’agit de rétablir un dialogue de travail entre les fonctions législative et exécutive. « Notre pays ne mérite pas d’être dans la situation où il se trouve », a-t-il affirmé, appelant à une coopération plus étroite entre les deux institutions.

    N.J

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