Un salaire égal pour un travail de valeur égale, mais aussi les mêmes chances d’être recrutée, formée, promue et d’accéder aux postes de responsabilité : à l’occasion de la Journée internationale de l’égalité de rémunération, célébrée chaque 17 septembre, la présidente de l’Association tunisienne pour la gouvernance et l’égalité des chances entre les femmes et les hommes dans les postes de décision, Amel Samoud, remet sur la table une question qui dépasse largement le montant inscrit sur une fiche de paie.
Pour elle, l’égalité salariale constitue à la fois un droit fondamental, un enjeu de justice économique et sociale et une composante du développement durable. Mais entre le principe inscrit dans les textes et la réalité vécue dans les entreprises et les administrations, le chemin reste encore long.
Des textes à la réalité : le fossé persiste
La Tunisie s’est engagée depuis plusieurs décennies sur le terrain de l’égalité salariale. Elle a notamment ratifié, en 1968, la convention n°100 de l’Organisation internationale du travail (OIT), consacrée à l’égalité de rémunération entre les travailleurs et les travailleuses pour un travail de valeur égale.
Mais pour Amel Samoud, le véritable défi se situe désormais ailleurs : faire passer l’égalité du papier à la réalité.
Et cela commence bien avant l’arrivée de la fiche de paie. Recrutement, accès à la formation, promotions, évolution de carrière, responsabilités et postes de décision : les inégalités peuvent se construire à chacune de ces étapes et finir par se traduire, au bout du compte, par un écart de rémunération.
La présidente de l’association appelle ainsi à dépasser la seule formule « à travail égal, salaire égal ». L’enjeu est également de garantir une rémunération équivalente pour des emplois de valeur comparable, sur la base de critères objectifs et transparents prenant en compte les fonctions exercées, les compétences mobilisées et le niveau de responsabilité.
Encore faut-il savoir où se trouvent les écarts
Pour agir, encore faut-il pouvoir mesurer. Amel Samoud plaide donc pour une production et une publication plus systématiques de données ventilées par sexe, secteur d’activité, profession et niveau de responsabilité.
L’objectif étant de mettre des chiffres sur les écarts, en identifier les causes et disposer d’éléments suffisamment précis pour cibler les politiques destinées à les réduire.
Car les disparités salariales ne surgissent pas de nulle part. Elles peuvent aussi être le résultat de parcours professionnels différents, notamment lorsque la maternité et les responsabilités familiales viennent interrompre ou ralentir une carrière.
Accès à la formation, promotions, ancienneté, fonctions d’encadrement : autant de domaines dans lesquels une interruption professionnelle peut avoir des conséquences durables sur l’évolution de carrière.
Ne pas laisser la maternité coûter une carrière
C’est précisément sur ce terrain qu’Amel Samoud propose de renforcer les mécanismes de protection.
Elle suggère d’examiner la création, au sein des administrations et des entreprises tunisiennes, d’un mécanisme institutionnel dédié à l’égalité. Celui-ci pourrait notamment suivre les situations de discrimination et accompagner les femmes aux différentes étapes de leur parcours professionnel.
Parmi les pistes avancées figurent également une plus grande transparence des systèmes de rémunération, des critères objectifs d’évaluation des postes et des mécanismes permettant de mesurer, mais aussi de rendre publics, les écarts de salaire entre les femmes et les hommes.
Autre point soulevé : le congé de maternité et les responsabilités familiales ne devraient pas se transformer en pénalité professionnelle. Amel Samoud appelle ainsi à garantir qu’ils n’affectent ni l’ancienneté, ni les possibilités de promotion, ni les perspectives d’évolution.
Elle préconise enfin des programmes de réintégration, de formation et de mise à niveau des compétences pour les femmes ayant interrompu leur activité professionnelle en raison de la maternité ou de leurs obligations familiales.
L’égalité économique, souligne-t-elle en substance, ne se joue donc pas uniquement au moment de fixer un salaire. Elle se construit tout au long de la carrière, depuis le recrutement jusqu’à l’accès aux responsabilités. Et c’est précisément sur ce parcours que les écarts peuvent se creuser, parfois bien avant qu’ils n’apparaissent sur une fiche de paie.
M.B.Z










