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Slaheddine Selmi : « L’UGTT ne s’intéresse pas à qui gouverne, mais à la manière dont on gouverne »

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Par Sarra Hlaoui

    Le secrétaire général de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), Slaheddine Selmi, a affirmé, dimanche 20 septembre 2026, que la centrale syndicale ne se préoccupait pas de l’identité de ceux qui gouvernent, mais de la manière dont le pouvoir est exercé.

    Intervenant lors d’une rencontre régionale réunissant les structures de l’UGTT du Grand Tunis, de Bizerte et de Nabeul, organisée à Ben Arous dans le cadre d’une série de cinq rencontres régionales, Slaheddine Selmi a insisté sur la nécessité de préserver les droits syndicaux, les libertés et le dialogue social.

    « La bataille est celle de l’existence de l’organisation »

    Le secrétaire général de l’UGTT a estimé que la centrale traversait une période délicate, considérant que les enjeux ne se limitaient plus aux revendications professionnelles et sociales, mais concernaient également, selon son analyse, le droit syndical et le droit de l’organisation à exister et à exercer ses missions.

    Il a rappelé que le dernier congrès général de l’UGTT avait insisté sur le respect du dialogue social, présenté comme un fondement de la paix sociale. Il a toutefois estimé que les évolutions intervenues depuis ne traduisaient pas une volonté d’instaurer un véritable dialogue social.

    Slaheddine Selmi a notamment évoqué les récents conflits dans les secteurs bancaire et minier. Il a affirmé que, dans le secteur bancaire, l’intervention du pouvoir politique avait empêché, selon lui, le versement d’augmentations salariales qui avaient fait l’objet d’un accord entre les parties concernées.

    Concernant le secteur des mines, il a également affirmé que le processus de négociation avait été interrompu, conduisant à l’organisation d’une grève.

    Dans ce contexte, le secrétaire général de l’UGTT a affirmé que « toutes les options sont ouvertes et sur la table », précisant que la grève générale constituait l’un des moyens de pression dont dispose la centrale syndicale.

    Vers une mobilisation progressive

    Slaheddine Selmi a indiqué que le communiqué de la commission administrative nationale de l’UGTT était actuellement soumis aux structures régionales pour discussion, avec l’objectif de dégager un agenda de mobilisation progressive pouvant aller jusqu’à la grève générale.

    Il a également appelé à renforcer la coordination avec les autres organisations et forces civiles et sociales. La marche nationale prévue prochainement constituerait, selon lui, une première étape dans ce processus et une première démonstration de ce que pourrait être une mobilisation civile et sociale autour des revendications syndicales et populaires.

    Le secrétaire général a par ailleurs appelé les structures régionales à préparer cette mobilisation à travers des réunions, des rencontres avec les cadres syndicaux et l’ouverture des locaux de l’UGTT aux cadres de la fonction publique, du secteur public et du secteur privé.

    Une initiative sociale et civile, sans les partis politiques

    Slaheddine Selmi a également évoqué l’initiative que l’UGTT cherche à coordonner avec différentes composantes de la société civile.

    Il a insisté sur le fait qu’il ne s’agissait pas de créer un front politique, mais d’une initiative à caractère social et civil autour de revendications liées aux droits, aux libertés et aux questions économiques et sociales.

    Il a précisé que l’UGTT ne comptait pas inviter les partis politiques à cette initiative, tout en soulignant sa volonté de ne pas exclure les différentes composantes concernées par les dossiers économiques, sociaux et liés aux droits et libertés.

    Le secrétaire général a indiqué que l’UGTT avait notamment pris contact avec l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (UTICA), malgré les réserves sur la possibilité de sa participation.

    « L’UGTT ne s’intéresse pas à qui gouverne »

    Abordant la relation de l’organisation avec le pouvoir, Slaheddine Selmi a déclaré : « L’UGTT ne s’intéresse pas à qui gouverne, mais à la manière dont on gouverne ».

    Il a expliqué que le critère de l’organisation syndicale résidait notamment dans le respect des droits et libertés, de la liberté de la presse et de la liberté d’expression, ainsi que dans le respect de l’indépendance de la justice et des institutions de l’État.

    Il a également défendu l’image de l’UGTT en tant qu’organisation civile et sociale, affirmant qu’elle devait contribuer à la défense d’un État respectueux de ses institutions et à la réussite des entreprises économiques publiques et privées.

    Dans ce cadre, il a évoqué la situation de plusieurs entreprises publiques, dont Tunisair, s’interrogeant sur l’impact du recul du dialogue social et de la présence syndicale sur leur situation.

    Répondant aux accusations faisant de l’UGTT une responsable de la dégradation de certaines entreprises, il a appelé à publier les études et analyses des experts afin que le débat puisse s’appuyer sur les données et les faits.

    Représentativité syndicale et financement

    Le secrétaire général de l’UGTT a également abordé la question de la représentativité syndicale, appelant à renforcer la crédibilité de l’organisation et à élargir sa base représentative.

    Il a estimé que la question ne se limitait pas au « tarissement des sources de financement » des syndicats, mais concernait également la réorganisation du paysage syndical et l’émergence de nouvelles structures et coordinations.

    Slaheddine Selmi a notamment mis en garde contre les conséquences d’une suppression des prélèvements syndicaux, estimant qu’une telle mesure pourrait affecter directement la représentativité de l’organisation et ouvrir la voie, selon lui, à d’autres acteurs pour obtenir des facilités auprès du pouvoir.

    Il a toutefois reconnu la nécessité pour l’UGTT de revoir son propre fonctionnement et de corriger les dysfonctionnements relevés.

    Le secrétaire général a enfin appelé à « retrouver le souffle syndical et militant », tout en insistant sur l’unité de l’organisation, le renforcement de sa représentativité et son ouverture aux différentes composantes civiles et sociales, dans le respect de l’indépendance de la décision syndicale.

    S.H

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