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Après 40 ans à soigner les autres, un ancien chef de service se voit refuser son traitement par la Cnam

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    Pendant plus de 40 ans, il a soigné des patients dans le secteur public. Des journées interminables, des centaines de consultations et plus d’un millier d’interventions chirurgicales certaines années. Aujourd’hui, atteint d’un cancer métastatique, cet ancien chef de service d’ophtalmologie se retrouve confronté à un autre combat : obtenir la prise en charge de son traitement.

    Son histoire est racontée par son fils, qui témoigne de ces décennies passées au service de la santé publique. « Je me souviens très bien de ses jours de consultation où il dépassait les 14 heures de travail continu », raconte-t-il.

    Son père avait fait un choix simple, ne pas imposer de rendez-vous aux patients. « Consultation sans rendez-vous. Peu importe le nombre de patients, peu importe l’heure, il reçoit tout le monde. Je l’ai vu faire ça pendant des années. »

    Dans une ville de près de 700.000 habitants, son activité était considérable. Il pouvait réaliser, certaines années, plus de 1.000 interventions chirurgicales, dans une spécialité aussi exigeante et délicate que l’ophtalmologie. « Certains diront que c’est impossible ou surhumain. Mais ceux qui le connaissent peuvent en témoigner », affirme son fils.

    Durant toutes ces années, les tentations de rejoindre le secteur privé n’ont pourtant pas manqué. Il les a refusées. « Il n’a jamais voulu quitter le secteur public parce qu’il croyait profondément que la santé ne devait pas devenir un privilège réservé à ceux qui peuvent payer. »

    Des décennies plus tard, le médecin se retrouve de l’autre côté de la blouse, celui du patient.

    Aujourd’hui, il souffre d’un cancer métastatique. Une épreuve d’autant plus difficile à accepter pour sa famille que, selon son fils, il avait toujours eu une hygiène de vie rigoureuse : il n’a jamais fumé, n’a jamais bu, faisait attention à son alimentation et à sa santé. « Le seul facteur de risque que j’ai réellement connu dans sa vie était ce stress permanent, cette pression quotidienne et ces années de travail intense », témoigne-t-il.

    Mais le cancer n’est désormais pas le seul combat. Après plus de 40 ans passés à soigner les autres, cet ancien chef de service doit aujourd’hui se battre pour accéder à son propre traitement. Selon le témoignage de son fils, la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) refuse la prise en charge de sa thérapie ciblée, en raison notamment du coût élevé du médicament.

    Une situation vécue par la famille comme une profonde injustice. « Après plus de 40 ans au service de la santé publique, après avoir consacré sa vie à soigner les autres, mon père doit aujourd’hui se battre pour obtenir son propre traitement », déplore son fils.

    La colère, derrière ce témoignage, dépasse le seul cas familial. Elle touche à une question plus large, celle de l’accès aux traitements coûteux pour les patients atteints de maladies graves et des arbitrages auxquels sont confrontés les systèmes de protection sociale.

    Pour la famille, l’enjeu est aujourd’hui avant tout humain. « Il ne demande aucun privilège parce qu’il est médecin. Il demande d’être traité comme un patient, avec dignité et humanité. »

    Puis vient cette phrase, comme une conclusion qui résume à elle seule le paradoxe de cette histoire : « Mon père n’a jamais compté les patients qu’il soignait. Aujourd’hui, son pays compte le prix de sa vie. »

    R.B.H

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