Les arrestations survenues après la marche de soutien aux détenus de la Flottille Soumoud continuent de faire réagir. La Ligue tunisienne pour la défense des droits de l’Homme (LTDH), l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) et l’Ordre national des avocats de Tunisie (Onat) ont réclamé, lundi 21 septembre 2026, la libération de toutes les personnes interpellées après la mobilisation organisée deux jours plus tôt.
Dans un communiqué conjoint, les trois organisations disent avoir suivi les arrestations ayant visé plusieurs participants à la mobilisation organisée samedi 19 septembre en soutien aux détenus de la Flottille Soumoud. Elles soulignent que les personnes interpellées avaient participé à un mouvement de protestation pacifique en solidarité avec les détenus et dénoncent des arrestations qu’elles qualifient d’« arbitraires ».
Pour la LTDH, l’UGTT et l’Onat, l’affaire dépasse désormais le seul sort des personnes interpellées. Les trois organisations considèrent ces développements comme une « grave escalade » touchant plus largement à l’exercice des libertés publiques.
Des « violations juridiques » et des actes d’intimidation dénoncés
Les trois organisations se montrent particulièrement sévères sur les conditions entourant ces arrestations. Elles affirment avoir relevé des « violations juridiques manifestes », ainsi que des pratiques relevant, selon elles, de la « provocation, de l’intimidation et de la contrainte ».
Elles mettent en garde contre ce qu’elles considèrent comme une utilisation des procédures sécuritaires et judiciaires pour restreindre les manifestations et rassemblements pacifiques. Elles rappellent que le droit de manifester et de s’exprimer pacifiquement est garanti par la Constitution tunisienne et par les conventions internationales ratifiées par la Tunisie.
La LTDH, l’UGTT et l’Onat réclament, en conséquence, la libération de toutes les personnes interpellées dans le contexte de cette mobilisation. Elles appellent également à mettre fin aux arrestations qu’elles qualifient d’arbitraires et à garantir le respect des libertés et du droit à l’action pacifique.
Leur prise de position intervient quelques heures après la confirmation du placement en garde à vue de treize personnes interpellées à la suite de la mobilisation, parmi lesquelles figure un mineur, selon la Coordination de défense des activistes de la Flottille Soumoud. Cette dernière avait également indiqué que les avocats des personnes concernées n’avaient pas encore été informés des accusations qui leur étaient imputées.
La santé des grévistes de la faim de nouveau au cœur des inquiétudes
Les trois organisations ne limitent pas leur communiqué aux nouvelles arrestations. Elles réclament également que soient garanties la sécurité physique et morale des personnes détenues et insistent sur la nécessité d’assurer les soins et le suivi médical nécessaires à tous les grévistes de la faim, particulièrement ceux dont le mouvement se prolonge.
Cette demande ramène au cœur du dossier la situation des quatre membres de la coordination tunisienne de la Flottille Soumoud actuellement détenus à la prison de la Mornaguia : Wael Naouar, Ghassen Boughdiri, Ghassen Henchiri et Nabil Chennoufi.
La détention provisoire des quatre militants a été prolongée de quatre mois, vendredi 11 septembre, par le juge d’instruction près le Pôle judiciaire économique et financier. Le dossier remonte au 6 mars 2026, date à laquelle plusieurs membres de la Flottille Soumoud avaient été arrêtés. Dix jours plus tard, des mandats de dépôt avaient été émis contre sept membres de la coordination. Depuis, trois d’entre eux ont été remis en liberté, tandis que Wael Naouar, Ghassen Boughdiri, Ghassen Henchiri et Nabil Chennoufi restent incarcérés.
Tous quatre sont engagés dans une grève de la faim. Selon la coordination de défense, Wael Naouar en est, lundi 21 septembre, à son 37e jour, tandis que Nabil Chennoufi, Ghassen Henchiri et Ghassen Boughdiri en sont à leur douzième jour. L’état de santé de Wael Naouar avait déjà suscité plusieurs alertes et conduit la LTDH, l’UGTT et l’Onat à lui demander de mettre fin à sa grève, tout en réaffirmant leur engagement à poursuivre sa défense.
La mobilisation du 19 septembre avait précisément été organisée pour réclamer la libération de ces quatre détenus. Plusieurs centaines de personnes avaient défilé dans le centre de Tunis, à l’appel notamment de l’UGTT, de l’Onat, de la LTDH, du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES) et de l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD).
Deux jours après une marche organisée pour réclamer quatre libérations, le dossier s’est ainsi élargi à de nouvelles arrestations. Les organisations qui appelaient samedi à la libération des détenus de Soumoud réclament désormais celle de manifestants venus défendre la même revendication.
I.N.
*Photo d’illustration










