La manifestation s’est achevée samedi soir dans les rues de Tunis. Quelques heures plus tard, la nuit a été marquée par une série d’arrestations. Plusieurs participants à la mobilisation en soutien aux détenus de la Flottille Soumoud ont été interpellés dans la nuit de dimanche à lundi 21 septembre 2026, faisant monter d’un cran la tension autour d’un dossier déjà explosif.
Les informations ont commencé à circuler tard dans la nuit, au compte-gouttes, dans les réseaux militants et auprès des avocats. Le Comité national de défense des activistes de la Flottille Al Soumoud évoque une quinzaine d’arrestations. Parmi les personnes interpellées figureraient notamment : Adam Mbarek, Ghaith Hamrouni, Kais Bouzouiza, Marouen Bedhiafi, Rachid Othmani, Adel Ben Ghazi, Meriem Halfawi, tous présentés comme des participants au mouvement de soutien aux détenus de la flottille.
Selon plusieurs informations circulant depuis la nuit dernière, une même famille aurait été arrêtée : le père Souhail Chebbi, la mère Thouraya Chtiba et leurs deux filles. Une donnée qui donne une dimension particulièrement lourde à cette vague d’arrestations, alors que les personnes concernées avaient participé à la manifestation organisée samedi 19 septembre à Tunis.
Pour l’heure, les contours exacts de cette opération restent flous. La coordination de défense des activistes affirme ne pas disposer d’informations précises sur le nombre définitif des personnes arrêtées, leurs lieux de détention ou les charges qui leur seraient reprochées.
Des avocats peinent à accéder aux personnes arrêtées
La confusion a été accentuée par les difficultés rencontrées par les avocats pour accéder aux personnes interpellées. Dans la nuit, plusieurs défenseurs ont tenté d’obtenir des informations sur le sort des activistes, sans parvenir immédiatement à établir où ils avaient été conduits ni dans quel cadre ils étaient retenus.
Cette difficulté à obtenir des informations précises a alimenté l’inquiétude des proches et des militants, alors que les arrestations intervenaient quelques heures seulement après une manifestation publique, organisée avec le soutien de plusieurs organisations syndicales et de défense des droits humains.
La marche de samedi avait réuni plusieurs centaines de personnes dans le centre de Tunis. Partie du siège du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), elle réclamait la libération de Ghassen Henchiri, Ghassen Boughdiri, Nabil Chennoufi et Wael Naouar, détenus à la prison de la Mornaguia et engagés dans une grève de la faim.
Les manifestants avaient scandé des slogans en faveur de la Palestine mais aussi contre les poursuites visant les membres de la Flottille Soumoud. « Criminaliser la solidarité avec la Palestine est une haute trahison », proclamait notamment une banderole en tête du cortège. D’autres slogans dénonçaient les poursuites contre les militants et réclamaient la libération des détenus politiques et d’opinion.
Une autre version commence déjà à circuler
Si la coordination de défense des activistes ne dispose toujours pas d’une explication officielle sur ces arrestations, une autre lecture de la situation commence toutefois à circuler dans certains milieux proches du pouvoir.
Selon ces sources, les personnes interpellées ne l’auraient pas été en raison de leur seule participation à la manifestation de samedi, mais pour des faits qui relèveraient de « l’atteinte aux symboles de l’État et à ses institutions ».
À ce stade, cette explication reste toutefois présentée comme une information provenant de sources proches du pouvoir et non comme une notification judiciaire officielle communiquée aux avocats ou à la coordination.
De Soumoud à une nouvelle séquence de tension
Ces nouvelles arrestations interviennent dans un climat déjà particulièrement tendu autour du dossier de la Flottille Soumoud.
La manifestation de samedi avait justement rassemblé, dans un même cortège, l’UGTT, l’Ordre national des avocats, la Ligue tunisienne des droits de l’Homme, le SNJT, le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux et l’Association tunisienne des femmes démocrates. Toutes réclamaient la libération des quatre détenus et dénonçaient la dégradation de leur situation.
Le dossier est d’autant plus sensible que l’état de santé des détenus inquiète leurs soutiens. Wael Naouar poursuit une grève de la faim depuis plusieurs semaines, tandis que Ghassen Henchiri, Ghassen Boughdiri et Nabil Chennoufi ont rejoint le mouvement. Les organisations mobilisées samedi avaient précisément voulu faire de cette situation une urgence publique.
La nuit d’arrestations qui a suivi la manifestation ouvre désormais une nouvelle séquence. D’un côté, une coordination qui cherche encore à déterminer le nombre exact des personnes interpellées et les motifs retenus contre elles. De l’autre, des informations relayées par des proches du pouvoir faisant état d’infractions visant les symboles de l’État.
Entre les deux, les avocats tentent d’obtenir accès aux personnes arrêtées et leurs familles attendent des réponses.
Une chose est certaine, la mobilisation autour de la Flottille Soumoud ne s’est pas arrêtée samedi soir au Théâtre municipal. Elle semble désormais avoir déplacé la confrontation sur le terrain des arrestations et des poursuites.
S.F










