La Tunisie se classe au 125e rang mondial sur 145 pays dans le Global Gender Gap Report 2026 du World Economic Forum (WEF), avec un score de 0,650, soit 65 % de l’écart entre les femmes et les hommes considéré comme comblé.
Le pays recule ainsi de deux places par rapport à l’édition 2025, dans laquelle il occupait le 123e rang avec un score de 0,654. La performance globale tunisienne s’est donc légèrement dégradée, avec un score en baisse de 0,004 point.
Le Global Gender Gap Index évalue les pays à travers quatre dimensions : la participation et les opportunités économiques, le niveau d’éducation, la santé et la survie, ainsi que l’autonomisation politique. Le WEF précise que le score de 1 correspond à la parité complète entre les femmes et les hommes.
L’éducation, principal point fort
La Tunisie affiche ses meilleurs résultats dans le domaine de l’éducation, avec un score de 0,974, qui lui vaut le 106e rang mondial.
Les données du rapport montrent notamment une parité complète, avec un score de 1, dans l’inscription à l’enseignement primaire, secondaire et supérieur. La Tunisie obtient ainsi le 1er rang mondial pour ces trois indicateurs.
En revanche, le taux d’alphabétisation présente encore un écart entre les femmes et les hommes, avec un score de 0,864, classant la Tunisie au 111e rang pour cet indicateur.
Santé : un score proche de la parité
La dimension « Santé et survie » constitue également un point fort de la Tunisie. Le pays obtient un score de 0,968, ce qui le place au 80e rang mondial.
La Tunisie atteint notamment la parité pour le ratio femmes-hommes à la naissance, avec un score de 0,944, correspondant au niveau de référence retenu par l’indice et plaçant le pays au 1er rang pour cet indicateur.
L’espérance de vie en bonne santé présente, elle aussi, un niveau supérieur à la parité statistique, avec un score de 1,023. Le pays se classe toutefois au 91e rang pour cet indicateur.
L’économie reste un important point de faiblesse
Les écarts sont beaucoup plus marqués dans le domaine de la participation et des opportunités économiques, où la Tunisie obtient un score de seulement 0,519, pour un 131e rang mondial.
Le taux de participation au marché du travail constitue l’un des principaux écarts. La Tunisie obtient un score de 0,411, soit le 138e rang mondial.
L’écart apparaît également dans le revenu professionnel estimé, avec un score de 0,363, classant le pays au 134e rang.
En revanche, la Tunisie affiche une performance sensiblement meilleure concernant l’égalité salariale pour un travail similaire, avec un score de 0,668, qui la place au 64e rang mondial.
La représentation des femmes dans les professions techniques et professionnelles atteint, pour sa part, un score de 0,937, correspondant au 79e rang.
Une faible représentation dans les postes de décision
La dimension qui connaît la plus forte baisse par rapport à 2025 est celle de l’autonomisation politique.
Le score tunisien passe de 0,157 en 2025 à 0,140 en 2026, tandis que le pays recule du 100e au 109e rang mondial.
La représentation des femmes au Parlement affiche un score de 0,188, pour un 115e rang. La représentation féminine dans les fonctions ministérielles obtient un score de 0,263, plaçant la Tunisie au 82e rang.
L’indicateur relatif au nombre d’années durant lesquelles une femme a été cheffe d’État au cours des cinquante dernières années affiche un score de 0,037, correspondant au 58e rang.
Une progression mondiale qui reste inégale
À l’échelle mondiale, le WEF estime que 69,2 % de l’écart entre les femmes et les hommes est désormais comblé en 2026. Le rapport souligne toutefois que les progrès demeurent inégaux selon les domaines : la santé et l’éducation sont les dimensions les plus proches de la parité, tandis que les écarts restent particulièrement importants dans la participation économique et l’autonomisation politique.
Pour la Tunisie, les données de l’édition 2026 font ainsi apparaître un contraste net : la parité est quasiment atteinte dans l’éducation et la santé, alors que les écarts restent importants dans l’accès au marché du travail, les revenus et la représentation dans les sphères de décision.


S.H











2 commentaires
HatemC
En prenant systématiquement pour étalon les standards des démocraties occidentales ou des économies développées, les médias Tunisiens appliquent une grille de lecture souvent décalée des réalités locales.
Comparer la situation des femmes en Tunisie à celle de la Suède ou de la France met l’accent sur des débats ou des indicateurs sociétaux occidentaux, alors que l’urgence sur le terrain est souvent structurelle et matérielle (accès à l’eau, transports sécurisés, survie économique, présence d’usines ou d’entreprises).
Un pays développé dispose des moyens financiers et institutionnels pour faire appliquer ses lois (inspections du travail, aides sociales, infrastructures).
Évaluer la Tunisie sous ce même prisme masque le fait que l’État tunisien n’a pas les ressources logistiques ou financières pour déployer ces garanties sur tout son territoire.
Les médias Tunisiens s’appuient souvent sur des rapports d’ONG internationales ou de fondations basées en Occident. Ces organismes utilisent des indicateurs standardisés à l’échelle mondiale pour établir leurs classements
Cela produit des articles centrés sur le constat du « retard », sans refléter la complexité de l’imaginaire social ou la réalité du quotidien des femmes dans les zones rurales.
À force de focaliser l’attention sur ces comparaisons internationales :
Les élites urbaines et les médias débattent de réformes juridiques ou de principes abstractifs.
Les problèmes vitaux des populations les plus vulnérables — comme les femmes des régions reculées de l’intérieur — passent au second plan, alimentant un sentiment d’abandon et de rupture entre la capitale et les régions.
HatemC
La divergence profonde entre le cadre juridique théorique et la réalité socio-économique du terrain.
Historiquement, le Code du statut personnel (CSP) de 1956 sous Bourguiba a placé la Tunisie en pionnière du monde arabe. Mais un droit sans moyens économiques ni changement des mentalités reste inapplicable dans la vie quotidienne.
Les lois protègent sur le papier, mais les pesanteurs patriarcales et la précarité restreignent la liberté réelle des femmes. Dans beaucoup de régions reculées, la pression familiale et le manque d’infrastructures (transports, garderies, opportunités industrielles) relèguent encore la femme au foyer ou à un rôle subalterne, limitant sa présence dans l’espace public et économique.
Avec la crise économique tunisienne et la faiblesse du tissu industriel en dehors des zones côtières, les femmes — en particulier hors des grandes villes — sont les premières victimes du désengagement de l’État et du manque d’investissements.