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Tunisie : les trois fragilités qui pourraient peser sur le quatrième trimestre 2026

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Service IA, Business News

Par Maya Bouallégui

    Fragilité économique, centralisation politique et pression migratoire : ce sont les trois vulnérabilités qu’INGO Advisory identifie pour la Tunisie au quatrième trimestre 2026. Les dernières données confirment largement les deux premières, alors que le choc pétrolier provoqué par la guerre en Iran et les perturbations du détroit d’Ormuz ajoutent une menace que le budget 2026 n’avait pas anticipée. Côté migration, les arrivées en Italie ont chuté de 54 % en huit mois, sans faire disparaître la pression ni son coût humain.

    Trois fragilités pourraient peser sur la Tunisie durant les derniers mois de l’année : l’économie, la centralisation politique et la migration. C’est le constat dressé par INGO Advisory dans son rapport «Tunisia Risk Outlook, Q4 2026 », publié le 12 septembre.

    L’organisme qualifie la trajectoire du quatrième trimestre de « deteriorating-watch », soit une situation sous surveillance en raison d’un risque de détérioration. Son scénario central reste néanmoins celui de perturbations concentrées dans certains lieux ou secteurs plutôt que d’une dégradation généralisée à l’ensemble du pays.

    INGO Advisory se présente comme une plateforme indépendante d’analyse des risques en Afrique. Le rapport tunisien, signé par Mowlid Ali, repose sur des sources ouvertes et des analyses internes et affiche un niveau de confiance qualifié de « modéré ».

    Une distinction s’impose : le rapport prospectif a été arrêté sur la base des informations disponibles au 12 septembre. La fiche pays, actualisée dimanche 20 septembre, attribue pour sa part à la Tunisie un niveau de risque global de 2 sur 5, soit « modéré ». Il s’agit de deux lectures différentes : l’une décrit la situation présente, l’autre cherche à identifier ce qui pourrait l’affecter au quatrième trimestre.

    Une croissance qui ralentit

    La première vulnérabilité retenue par INGO est économique. Les dernières données tunisiennes lui donnent une consistance très concrète.

    Selon l’Institut national de la statistique, le PIB réel a progressé de 2,3 % au deuxième trimestre 2026 sur un an et de 1,4 % par rapport au trimestre précédent. Sur l’ensemble du premier semestre, la croissance atteint 2,4 %.

    L’économie tunisienne continue donc de croître, mais moins rapidement. En glissement annuel, la progression du PIB est passée de 3,4 % au deuxième trimestre 2025 à 2,8 % au troisième, 2,7 % au quatrième, 2,6 % au premier trimestre 2026 puis 2,3 % au deuxième.

    Les 2,4 % enregistrés au premier semestre restent par ailleurs éloignés des 3,3 % retenus par le gouvernement dans ses hypothèses pour 2026.

    La composition de cette croissance révèle d’autres faiblesses. Au deuxième trimestre, l’agriculture a progressé de 5,5 % et les services de 1,9 %, tandis que l’industrie n’a avancé que de 0,3 %. Les activités regroupant énergie, mines, eau, assainissement et traitement des déchets ont reculé de 1,7 %.

    La demande intérieure reste le principal moteur de l’activité. Sa progression a apporté 3,61 points à la croissance du PIB, alors que les échanges avec l’extérieur en ont retranché 1,33 point, les importations ayant progressé en volume plus rapidement que les exportations.

    Le choc d’Ormuz s’ajoute aux fragilités internes

    À ces faiblesses internes s’est ajouté un choc extérieur que les hypothèses initiales du budget 2026 ne pouvaient anticiper dans son ampleur actuelle : la guerre en Iran et les perturbations du détroit d’Ormuz.

    La Loi de finances 2026 a été construite sur une hypothèse de 63,3 dollars pour le baril de Brent. Or le pétrole évolue désormais à des niveaux très supérieurs. Lundi 21 septembre, le Brent se situait autour de 102 dollars, après avoir clôturé à 108,75 dollars le 15 septembre.

    Le problème dépasse le seul cours du pétrole. Le trafic par le détroit d’Ormuz, passage essentiel des exportations énergétiques du Golfe, reste profondément perturbé. Durant le week-end précédant le 21 septembre, Reuters n’a comptabilisé que 17 navires transportant des matières premières à travers le détroit, contre 37 le week-end précédent et une moyenne d’environ 125 navires par jour avant la guerre.

    Pour la Tunisie, largement dépendante des importations énergétiques, l’écart entre l’hypothèse budgétaire et les cours actuels constitue une vulnérabilité majeure si ces prix élevés persistent.

    Une simulation de l’Institut arabe des chefs d’entreprise (IACE) publiée en mars permettait déjà d’en mesurer l’ordre de grandeur. Dans un scénario où le Brent atteindrait en moyenne 100 dollars, les besoins de compensation énergétique pourraient atteindre environ 10,85 milliards de dinars, contre 4,99 milliards dans le scénario initial. Il s’agit d’une simulation et non d’une estimation de l’exécution budgétaire actuelle : son intérêt est de mesurer la sensibilité des finances publiques tunisiennes à un pétrole durablement cher.

    La fragilité économique évoquée par INGO prend ainsi une dimension nouvelle au quatrième trimestre. À la faiblesse de certains moteurs internes s’ajoute désormais une variable extérieure sur laquelle la Tunisie n’a pratiquement aucune prise.

    Cette exposition aux chocs extérieurs avait déjà été relevée par Allianz Trade. Dans son analyse de la Tunisie, l’assureur-crédit classe le risque pour les entreprises dans la catégorie « High » et souligne notamment la vulnérabilité du pays aux variations des prix des matières premières.

    58.200 emplois en moins en trois mois

    Le marché du travail fournit un autre signal. Le taux de chômage est passé de 15 % au premier trimestre à 14,9 % au deuxième, selon l’INS. Mais cette légère baisse masque une diminution du nombre d’emplois.

    Entre les deux trimestres, le nombre d’actifs occupés a diminué de 58.200 personnes, pour s’établir à 3,568 millions. Dans le même temps, la population active a baissé encore davantage, de 77.500 personnes. Le nombre de chômeurs a ainsi reculé de 19.300, ce qui explique la légère diminution du taux de chômage malgré la perte d’emplois.

    Le chômage des diplômés de l’enseignement supérieur a, lui, augmenté : 26,6 % au deuxième trimestre contre 24,2 % au premier. Chez les femmes diplômées, il atteint 35,6 %.

    La centralisation politique à l’épreuve des tensions

    La deuxième fragilité identifiée par INGO est la centralisation politique.

    Depuis le 25 juillet 2021, l’architecture institutionnelle tunisienne a profondément changé. Kaïs Saïed a suspendu puis dissous le Parlement, gouverné par décrets durant la période transitoire, dissous le Conseil supérieur de la magistrature et fait adopter en 2022 une nouvelle Constitution renforçant considérablement les prérogatives de la présidence.

    Le président a présenté cette refonte comme nécessaire pour mettre fin aux blocages institutionnels et lutter contre la corruption. Ses opposants et plusieurs organisations de défense des droits humains y voient, à l’inverse, un affaiblissement des contre-pouvoirs.

    Cette concentration institutionnelle constitue le deuxième facteur de risque retenu par INGO. Elle intervient alors que la contestation politique continue de s’exprimer dans la rue et de plus en plus.

    Le 20 août 2026, une manifestation organisée à Tunis à l’appel du mouvement citoyen Nafas a réuni plus d’un millier de personnes, issues de différentes sensibilités politiques et civiles. Quelques jours plus tard, l’un des militants du mouvement, Seifeddine Arfaoui, a été placé en garde à vue après une publication Facebook reprenant notamment des slogans entendus durant la manifestation. Un mandat de dépôt a ensuite été émis à son encontre.

    Pour INGO, cette centralisation comporte avant tout une conséquence opérationnelle : lorsqu’un nombre important de décisions dépend d’un cercle institutionnel restreint, une rupture politique ou administrative peut réduire fortement les délais d’adaptation des organisations et des entreprises.

    Migration : la baisse des arrivées ne règle pas la question

    La troisième fragilité avancée par INGO est la pression migratoire. Les chiffres disponibles imposent ici davantage de nuances.

    Les données les plus récentes du HCR montrent d’abord une forte diminution des arrivées par mer en Italie. Entre janvier et août 2026, 19.562 personnes ont débarqué sur les côtes italiennes, contre 42.693 durant les huit premiers mois de 2025, soit une baisse de 54 %.

    La géographie des départs a cependant évolué. La Libye demeure très largement en tête, avec 81 % des arrivées, contre 88 % un an auparavant. La part de la Tunisie reste relativement stable, passant de 8 à 9 %, tandis que celle de l’Algérie progresse nettement, de 2 à 10 %.

    Le recul des traversées ne s’est pas accompagné d’une baisse équivalente du coût humain. Selon les données de l’OIM reprises par le HCR, 938 personnes sont mortes ou portées disparues sur la route de la Méditerranée centrale entre janvier et août 2026, contre 835 sur la même période de 2025, soit une hausse d’un peu plus de 12 %.

    La Tunisie en a eu une illustration particulièrement douloureuse cet été.

    Le 19 août, une embarcation transportant des candidats tunisiens à la migration irrégulière a fait naufrage au large de Zarzis. Le bilan définitif communiqué le 27 août par la direction générale de la Garde nationale fait état de douze morts, deux disparus et d’un seul survivant.

    La pression migratoire retenue par INGO ne se résume donc pas au nombre de débarquements en Italie. Elle combine persistance des départs, mortalité sur les routes, surveillance des frontières et conséquences sociales et diplomatiques d’un phénomène qui reste profondément ancré dans la région.

    Le risque d’un effet domino

    Les trois vulnérabilités identifiées par INGO n’évoluent pas indépendamment les unes des autres. L’examen des données montre surtout comment elles pourraient se renforcer mutuellement.

    Un choc pétrolier durable pèserait davantage sur les finances publiques et l’activité économique. Une dégradation économique pourrait alimenter les tensions sociales. Une crise politique ou régionale pourrait à son tour affecter l’investissement, les échanges ou les mouvements migratoires.

    INGO recommande ainsi de surveiller au quatrième trimestre les appels à manifester, les restrictions éventuelles, les frontières, ports et espaces aériens, mais aussi la disponibilité des devises et du carburant ainsi que les événements climatiques majeurs.

    Maya Bouallégui

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