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Elmed : le projet électrique Tunisie-Italie entre dans une nouvelle étape de son exécution

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Par Imen Nouira

    Le projet d’interconnexion électrique entre la Tunisie et l’Italie, Elmed, franchit une nouvelle étape dans son pilotage. La première réunion du comité chargé de suivre son exécution s’est tenue, mardi 22 septembre 2026, au siège du ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie.

    La réunion a été présidée par le ministre de l’Équipement et de l’Habitat, chargé de la gestion du ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie, Salah Zouari, en présence du secrétaire d’État chargé de la Transition énergétique, Ouael Chouchene, et du président-directeur général de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg), Fayçal Trifa.

    Des représentants des ministères de la Défense, de l’Économie et de la Planification, de l’Équipement et de l’Habitat, de l’Agriculture et de l’Environnement, ainsi que de la direction générale des Douanes, du ministère de l’Industrie et de la Steg ont également pris part à cette première réunion.

    Salah Zouari a insisté sur la nécessité d’assurer la coordination entre les différentes parties prenantes afin de permettre l’exécution des différentes composantes d’Elmed conformément au calendrier fixé. Il a également appelé à lever les difficultés susceptibles de surgir au cours des différentes étapes de réalisation et à réunir les meilleures conditions pour l’avancement du projet.

    Un câble sous-marin de 223 kilomètres à travers le détroit de Sicile

    Présenté par le ministère comme stratégique pour le système énergétique national, Elmed doit constituer un pont énergétique entre la Tunisie et l’Europe et relier les systèmes électriques d’Afrique du Nord et d’Europe à travers le détroit de Sicile.

    Le projet repose sur un câble sous-marin d’environ 223 kilomètres, d’une capacité de transport de 600 mégawatts (MW), fonctionnant en courant continu haute tension à 500 kilovolts (kV). Le câble devrait atteindre une profondeur maximale d’environ 800 mètres.

    L’interconnexion est conçue pour permettre des échanges d’électricité entre les deux rives de la Méditerranée. Au fil des années, le projet a cependant profondément évolué. Sa première configuration, remontant à 2007-2008, prévoyait une centrale de production électrique d’une capacité de 1.200 MW en Tunisie, dont 800 MW devaient être exportés vers l’Italie et 400 MW destinés au marché tunisien. Cette architecture a depuis été abandonnée au profit d’une interconnexion électrique bidirectionnelle dédiée au transport d’électricité.

    Côté tunisien, Elmed ne se limite pas au câble sous-marin. Le projet prévoit notamment une station de conversion dans la région d’El Mlaaba, entre Kélibia et Menzel Temime, destinée à assurer la connexion avec le réseau national fonctionnant en courant alternatif. Il s’accompagne également d’importantes infrastructures terrestres à haute tension, notamment des lignes reliant Kélibia à Grombalia puis à Mornag, ainsi que des connexions entre Kondar et Grombalia. Ces infrastructures, d’une tension de 400 kV, doivent participer au renforcement du réseau électrique tunisien.

    En juillet 2024, une autorisation avait été accordée pour la construction et l’exploitation de la partie tunisienne de la ligne. Celle-ci porte sur environ 106 kilomètres sur le territoire tunisien, comprenant près de cent kilomètres de tronçon marin et environ six kilomètres de tronçon souterrain entre le point d’atterrissage prévu dans la zone industrielle de Sidi Jameleddine, à Kélibia, et la station haute tension d’El Mlaaba, à Menzel Temime, dans le gouvernorat de Nabeul.

    Un financement international conséquent

    Le projet, dont le coût global a été estimé à environ 840 millions d’euros, mobilise plusieurs bailleurs et mécanismes européens de financement.

    En août 2023, la Steg, son homologue italienne Terna et la Commission européenne avaient signé une convention portant sur une subvention de 307 millions d’euros destinée à Elmed. Quelques semaines auparavant, la Banque mondiale avait approuvé un financement de 268,4 millions de dollars en faveur du projet.

    D’autres engagements européens ont depuis été annoncés autour d’Elmed et des infrastructures nécessaires à sa réalisation. En juin 2024, un mémorandum d’accord conclu avec l’Union européenne faisait ainsi état d’un ensemble de financements de la Team Europe destinés notamment à soutenir l’interconnexion, l’acquisition des câbles sous-marins et le renforcement des capacités opérationnelles. Plus récemment, une subvention de douze millions d’euros a été signée entre la Banque européenne d’investissement (BEI) et la Steg pour financer l’assistance technique liée au projet.

    Selon les éléments présentés en février 2026 par l’expert international en énergie et ancien directeur général de l’Agence nationale de maîtrise de l’énergie (ANME), Ezzedine Khalfallah, le coût supporté par la partie tunisienne, en tenant compte de la subvention européenne et des infrastructures terrestres connexes, serait d’environ 380 millions d’euros.

    Un calendrier qui a déjà évolué

    Après près de deux décennies de maturation, le calendrier d’Elmed reste un enjeu central. Alors que des annonces antérieures prévoyaient une entrée en fonctionnement en 2027, Ezzedine Khalfallah indiquait, en février 2026, une mise en service à l’horizon 2028. Il précisait alors que les entreprises chargées de la réalisation du câble sous-marin et des stations de conversion avaient été sélectionnées.

    Le projet reste parallèlement au cœur d’un débat sur ses retombées pour la Tunisie. Ses promoteurs le présentent comme un outil d’intégration au marché énergétique euro-méditerranéen, susceptible d’accompagner le développement des énergies renouvelables et, à terme, les échanges d’électricité avec l’Europe. Des voix syndicales ont, à l’inverse, exprimé des réserves sur sa rentabilité pour le pays, son financement et le risque d’une dépendance accrue à l’égard du marché électrique européen.

    La tenue de cette première réunion du comité de pilotage marque ainsi une nouvelle étape pour un projet mûri depuis près de deux décennies. L’enjeu porte désormais sur l’exécution de ses différentes composantes, la levée des éventuels obstacles et le respect d’un calendrier qui a déjà connu plusieurs évolutions.

    I.N.

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