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LF 2027 : le premier véritable test d’exécution du Plan 2026-2030

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Par Abdelwaheb Ben Moussa

    Par Abdelwaheb Ben Moussa

    La préparation de la loi de finances 2027 ouvre une étape décisive pour le Plan de développement 2026-2030. Après la programmation et l’identification des projets, l’enjeu est désormais de transformer les ambitions en crédits, les crédits en chantiers et les chantiers en résultats mesurables. La véritable question n’est donc plus seulement de savoir ce que prévoit le Plan, mais comment l’État va l’exécuter.

    La rencontre tenue le 15 septembre au palais de Carthage entre le président de la République, la cheffe du gouvernement et le ministre de l’Économie et de la Planification a placé cette question au cœur de la préparation du projet de loi de finances 2027. Le chef de l’État a insisté sur la nécessité d’inscrire les orientations de la prochaine loi de finances dans le cadre du Plan quinquennal adopté, tout en appelant à éviter une pression fiscale supplémentaire et à faciliter la création de projets.

    Cette articulation entre Plan et budget paraît évidente. Elle constitue pourtant l’un des principaux défis de la nouvelle période de programmation.

    Du Plan au budget : le passage obligé

    Le Plan 2026-2030 porte une ambition considérable : environ 21 100 projets et programmes pour un investissement global annoncé de 101,835 milliards de dinars. Il vise notamment la modernisation des infrastructures, la réduction des disparités régionales, la transition énergétique et un développement économique davantage orienté vers la création de valeur et d’emplois.

    Mais un portefeuille de projets ne constitue pas encore une capacité d’exécution.

    La première épreuve du Plan sera donc budgétaire. La loi de finances 2027 devra permettre d’identifier clairement les priorités qui passent de la programmation à l’exécution, les enveloppes qui leur sont consacrées et les conditions nécessaires à leur démarrage.

    Cela implique de dépasser une présentation purement globale des crédits. Pour chaque projet stratégique, il devrait être possible de répondre à quelques questions simples : est-il suffisamment mûr ? Le financement est-il disponible ? Les études sont-elles achevées ? Le foncier est-il sécurisé ? Les autorisations sont-elles obtenues ? Le calendrier est-il réaliste ? Quelle administration porte effectivement le projet ?

    Autrement dit, la priorité ne devrait plus être seulement de programmer davantage, mais de programmer ce qui peut réellement être exécuté.

    La dette d’exécution

    C’est ici qu’apparaît une notion encore trop peu présente dans le débat public : celle de la dette d’exécution.

    Lorsqu’un projet est annoncé mais que les études tardent, que les autorisations s’accumulent, que les financements ne sont pas mobilisés ou que les responsabilités restent dispersées, il ne disparaît pas. Il s’ajoute à la liste des engagements non réalisés.

    Cette accumulation constitue une dette particulière : non pas une dette financière, mais une dette envers les objectifs économiques, sociaux et territoriaux affichés.

    La Tunisie connaît déjà le coût de cette situation. Des projets peuvent rester pendant des années dans les différentes étapes de la chaîne administrative sans parvenir au stade de la réalisation effective.

    Le nouveau Plan offre précisément l’occasion de rompre avec cette logique.

    Il ne suffit plus de mesurer le nombre de projets inscrits. Il faut mesurer leur taux de préparation, leur taux de lancement, leur taux d’avancement et leur taux d’achèvement.

    Cette approche permettrait également de distinguer les projets immédiatement exécutables de ceux qui nécessitent encore des conditions préalables.

    La LF 2027 comme contrat d’exécution

    La loi de finances pourrait ainsi devenir davantage qu’un document annuel de recettes et de dépenses : un véritable instrument de pilotage du Plan.

    Cela suppose de créer un lien visible entre les crédits budgétaires et les objectifs du Plan 2026-2030.

    Une ligne budgétaire devrait pouvoir être reliée à un projet, à un calendrier, à un responsable et à un indicateur de résultat. Le suivi ne devrait pas attendre la fin de l’exercice budgétaire pour constater les écarts.

    Cette logique permettrait également de distinguer deux catégories de projets : ceux qui sont immédiatement exécutables et ceux qui nécessitent encore des conditions préalables.

    Cette distinction est essentielle.

    Programmer un projet qui n’est pas prêt peut donner l’apparence d’une accélération alors qu’il ne produit aucun chantier réel. À l’inverse, concentrer les moyens sur des projets suffisamment mûrs peut permettre de produire rapidement des résultats visibles et mesurables.

    Le choix de la maturité ne signifie pas abandonner les projets structurants à long terme. Il signifie simplement séquencer leur réalisation avec davantage de rigueur.

    Moins de pression fiscale, plus d’efficacité

    L’autre orientation annoncée est tout aussi importante : éviter d’accentuer la pression fiscale tout en facilitant la création de projets privés et de sociétés communautaires. Le président de la République a également insisté sur les obstacles et les lenteurs administratives auxquels se heurtent les porteurs de projets.

    Cette équation impose de regarder au-delà du seul niveau des recettes fiscales.

    La capacité de l’État à financer son développement dépend aussi de sa capacité à dépenser efficacement, à réduire les délais, à sécuriser les procédures et à éviter les blocages qui immobilisent les ressources.

    Chaque mois perdu dans une procédure, une autorisation ou une étude n’est pas seulement un retard administratif. Il peut devenir un coût économique : investissement différé, emploi non créé, activité locale retardée, infrastructure non disponible.

    La simplification administrative devient donc une politique économique à part entière.

    Le véritable enjeu n’est pas de supprimer les règles nécessaires, mais de faire en sorte qu’elles permettent de décider, d’autoriser, de contrôler et d’exécuter dans des délais compatibles avec les objectifs du Plan.

    L’architecte de l’exécution

    Le défi est finalement moins celui de l’annonce que celui de la coordination.

    Un grand projet mobilise rarement une seule administration. Il peut concerner plusieurs ministères, une entreprise publique, une collectivité, des opérateurs techniques, des organismes de financement et parfois des partenaires privés.

    Sans architecture claire de responsabilités, le risque est connu : chacun intervient sur une partie du processus, mais personne ne porte réellement la responsabilité du résultat final.

    C’est pourquoi la Tunisie a besoin d’une véritable fonction d’architecte de l’exécution.

    Son rôle ne serait pas de se substituer aux administrations compétentes, mais de garantir la cohérence de l’ensemble : calendrier, financement, responsabilités, dépendances, risques, arbitrages et indicateurs.

    Cette fonction peut s’appuyer sur les outils numériques de pilotage, les tableaux de bord interministériels et les systèmes de suivi des projets. Mais la technologie ne remplacera jamais la responsabilité. Un tableau de bord n’a de valeur que si les écarts qu’il révèle déclenchent une décision.

    2027, l’année de vérité opérationnelle

    Le Plan 2026-2030 a désormais franchi le stade de la conception et de l’adoption. La prochaine étape est celle de la preuve.

    La LF 2027 devra montrer si les priorités retenues peuvent être transformées en programmes exécutables, avec des moyens identifiés et des responsabilités clairement établies.

    Le succès du Plan ne se mesurera donc pas au nombre de pages du document, au montant global annoncé ou au nombre de projets inscrits. Il se mesurera progressivement par ce que les citoyens pourront constater : une route livrée, une infrastructure fonctionnelle, une entreprise créée, une capacité énergétique renforcée, un service public amélioré, un emploi effectivement créé.

    Le véritable indicateur du Plan sera la distance entre ce qui est programmé et ce qui est effectivement livré.

    La LF 2027 constitue, à cet égard, bien plus qu’un exercice budgétaire annuel. Elle peut devenir le premier véritable test d’exécution du Plan 2026-2030.

    Après la vision vient la programmation. Après la programmation vient le financement. Mais après le financement doit nécessairement venir la réalisation.

    C’est à ce moment précis que se joue la crédibilité d’un plan de développement : lorsque l’ambition cesse d’être une projection sur cinq ans pour devenir, projet après projet, une réalité visible sur le terrain.

    La Tunisie n’a peut-être pas besoin d’un nouveau plan. Elle a surtout besoin que celui qui existe commence à produire ses résultats.

    BIO EXPRESS

    Abdelwaheb Ben Moussa – Ingénieur en informatique / Cadre dans une banque publique

    Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.

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