La Fédération générale des banques, des établissements financiers et des compagnies d’assurance, relevant de l’UGTT, a annoncé, mardi 22 septembre 2026, la suspension de la grève générale prévue mercredi 23 septembre. Cette décision intervient après des avancées enregistrées sur plusieurs revendications professionnelles et sociales à l’origine du mouvement.
Le préavis trouve son origine dans un conflit à la Banque de financement des petites et moyennes entreprises (BFPME). Le 14 août, le syndicat de base de la banque avait annoncé, à l’issue d’une réunion avec le secrétaire général de la fédération, qu’il avait été convenu d’émettre un préavis de grève d’une journée pour le 23 septembre. Cette décision s’inscrivait dans le suivi des conclusions de l’assemblée générale des salariés et dans la mise en œuvre de la motion professionnelle qui en était issue.
À l’origine du mouvement, le syndicat avait avancé cinq principales revendications : le maintien de la couverture maladie des salariés admis à la retraite et le versement de leurs droits financiers, l’élaboration d’une vision stratégique et d’un programme de sauvetage de la BFPME, l’application des procès-verbaux d’accord signés, la mise en œuvre du décret présidentiel n°310 de 2022 relatif à l’organisation du travail à distance ainsi que l’application de l’article 412 du Code de commerce aux salariés de la banque, notamment concernant le taux d’intérêt prévu par son deuxième paragraphe.
Des avancées sur plusieurs dossiers
Parmi les principaux points de crispation figurait la situation des salariés admis à la retraite. Dans son préavis, le syndicat dénonçait leur privation de couverture maladie ainsi que le refus, qu’il imputait au directeur général, de leur verser leurs droits financiers au moment de leur départ à la retraite.
Des avancées ont depuis été enregistrées sur plusieurs dossiers. Elles concernent notamment la couverture maladie collective des retraités, ainsi que la régularisation de certaines situations professionnelles et financières et la préservation des droits acquis des agents.
Le dossier de la santé et de la sécurité au travail a également avancé, avec la mise en place prévue de la commission compétente.
Le travail à distance faisait, lui aussi, partie des revendications initiales. Le syndicat réclamait l’application du décret présidentiel n°310 de 2022 relatif à son organisation. Une commission doit être mise en place afin d’examiner cette question conformément aux dispositions du texte.
Autre dossier à l’origine du préavis : l’application de l’article 412 du Code de commerce aux salariés de la BFPME, notamment concernant le taux d’intérêt prévu par le deuxième paragraphe de cet article. Selon le communiqué syndical, les procédures engagées sur ce dossier doivent se poursuivre.
La suspension de la grève ne signifie donc pas que l’ensemble des dossiers ayant conduit au préavis est clos. Plusieurs revendications ont enregistré des avancées, tandis que d’autres doivent encore faire l’objet d’un suivi.
La question du sauvetage de la BFPME reste posée
Au-delà des revendications directement liées aux droits et aux conditions de travail des salariés, le syndicat avait placé la pérennité même de la BFPME au cœur de ses préoccupations. Dès le 14 août, il dénonçait l’absence de vision stratégique et de programme de sauvetage de la banque.
Cette revendication intervient alors que la situation financière de l’établissement est particulièrement dégradée. Selon les états financiers de la BFPME pour l’exercice 2024, la banque a enregistré une perte de 13,1 millions de dinars et affichait des capitaux propres négatifs de 53 millions de dinars. Près de 93% de son portefeuille de crédits était, en outre, classé douteux.
Dans leur rapport sur les comptes 2024, rendu public fin août, les commissaires aux comptes avaient également formulé plusieurs réserves, portant notamment sur l’inventaire des actifs et des garanties, la radiation de certaines créances ainsi que le suivi des provisions et des garanties. Des données qui permettent de mesurer l’ampleur des difficultés auxquelles renvoie la revendication syndicale d’un programme de sauvetage.
Cette question demeure ouverte. Les structures syndicales continuent de faire part de leurs préoccupations quant à l’avenir de l’établissement et à l’absence, selon elles, d’un programme de sauvetage porté par l’autorité de tutelle. La suspension du mouvement prévu mercredi intervient ainsi après des avancées sur plusieurs dossiers, sans pour autant solder la question plus large de l’avenir de la BFPME.
Le conflit intervient, par ailleurs, dans un contexte social déjà tendu depuis plusieurs mois dans l’ensemble du secteur bancaire, financier et des assurances. Les 23, 24 et 25 juin 2026, une grève générale de trois jours avait été observée dans le secteur après plusieurs semaines de bras de fer autour des négociations sociales.
La fédération réclamait alors notamment la conclusion d’un accord sur les augmentations salariales au titre de 2025 et dénonçait les répercussions de la Loi de finances 2025 sur les revenus des salariés. Son secrétaire général, Sami Salhi, avait affirmé que certaines modifications fiscales avaient entraîné, pour certains employés, une diminution des revenus pouvant approcher une centaine de dinars.
Le responsable syndical avait également fait état de négociations gelées depuis 2024 et de tentatives de médiation restées sans résultat. À quelques jours du mouvement, la Fédération avait confirmé le maintien de la grève et dénoncé des pressions qui auraient été exercées sur des salariés, tout en continuant à se dire disponible pour reprendre le dialogue.
La grève avait finalement débuté le 23 juin. L’UGTT avait fait état d’une forte mobilisation dans les banques, les établissements financiers et les compagnies d’assurance. Sami Salhi avait, de son côté, dénoncé des menaces de retenues sur salaires visant les grévistes et réaffirmé la disponibilité de la Fédération à reprendre les négociations.
Le secteur avait déjà connu une grève générale de deux jours en novembre 2025, à la suite de l’échec des négociations salariales. La suspension du mouvement prévu le 23 septembre intervient ainsi dans un climat social marqué par des tensions persistantes, tandis que plusieurs dossiers concernant la BFPME, à commencer par celui de l’avenir de l’établissement, demeurent ouverts.
I.N.










