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Alzheimer en Tunisie : une prise en charge qui repose encore largement sur les familles

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Par Nadya Jennene

    En Tunisie, accompagner une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer demeure souvent un parcours semé de difficultés pour les familles. Si la prise en charge à domicile reste privilégiée dans de nombreux cas, notamment en raison des habitudes familiales et culturelles, elle ne peut être envisagée sans un accompagnement adapté. Or, les dispositifs existants restent limités, tandis que les services spécialisés proposés dans le secteur privé représentent un coût difficilement supportable pour de nombreux ménages.

    À l’occasion du mois consacré à la sensibilisation à la maladie d’Alzheimer, la présidente de l’Association tunisienne de lutte contre la maladie d’Alzheimer, Leïla Alouane, a notamment alerté, vendredi 25 septembre 2026, sur les insuffisances qui persistent en matière de prise en charge des patients.

    Parmi les principales difficultés figure le nombre limité de structures capables d’accueillir des personnes atteintes de la maladie. Certaines institutions publiques d’hébergement pour personnes âgées prennent déjà en charge des patients atteints d’Alzheimer. Mais l’accueil d’une personne souffrant de troubles cognitifs ne se résume pas à lui assurer un hébergement.

    La maladie exige en effet une prise en charge spécifique, adaptée à l’évolution des troubles et aux comportements parfois associés à la perte progressive d’autonomie. Elle suppose donc l’intervention de personnes formées et expérimentées dans l’accompagnement des patients atteints de maladies neurodégénératives.

    Or, selon Leïla Alouane, le nombre de professionnels spécialisés dans l’accompagnement des personnes atteintes d’Alzheimer demeure insuffisant.

    Cette pénurie se fait également sentir au domicile. Faire appel à une personne qualifiée pour accompagner quotidiennement un malade constitue une solution envisageable, mais son coût peut rapidement devenir un lourd fardeau pour les familles.

    Le domicile, une solution à condition d’être accompagné

    Dans la société tunisienne, la prise en charge d’un proche âgé au sein du foyer demeure fortement ancrée dans les pratiques familiales. Le maintien à domicile peut d’ailleurs être une option adaptée dans de nombreuses situations, estime la présidente de l’association.

    Mais encore faut-il que les proches ne soient pas laissés seuls face à la maladie.

    La prise en charge d’un patient atteint d’Alzheimer nécessite notamment de comprendre les manifestations de la maladie, de savoir réagir aux situations difficiles et d’adapter l’environnement du malade à la perte progressive de ses capacités. D’où l’importance, selon l’association, de former les personnes chargées de l’accompagnement et de soutenir les familles dans la durée.

    Car derrière la prise en charge du malade se pose aussi la question de l’épuisement des aidants. Les proches doivent souvent composer avec la désorientation, les changements de comportement et la dépendance croissante du patient, tout en assumant une charge quotidienne qui peut devenir particulièrement éprouvante.

    Le soutien psychologique, un volet encore trop souvent oublié

    C’est précisément sur cette dimension que l’Association tunisienne de lutte contre la maladie d’Alzheimer souhaite également mettre l’accent.

    Dans le cadre de son programme de sensibilisation, qui s’étend sur l’ensemble du mois de septembre plutôt que de se limiter à la seule Journée mondiale de la maladie d’Alzheimer, une rencontre destinée aux familles sera notamment consacrée à l’accompagnement psychologique des aidants.

    Animé par une spécialiste en psychologie auprès des personnes âgées, cet atelier doit permettre aux proches de mieux comprendre les tensions, le stress et la pression psychologique susceptibles d’accompagner la prise en charge d’un malade, mais aussi de disposer de pistes concrètes pour y faire face.

    Une approche qui rappelle que la prise en charge de l’Alzheimer ne concerne pas uniquement le patient : elle implique également son entourage, souvent devenu son principal soutien au quotidien.

    Prévention, alimentation et diagnostic précoce

    L’association entend par ailleurs élargir la sensibilisation aux différents aspects de la maladie, en associant information médicale, prévention et accompagnement social.

    La question de l’alimentation figure ainsi parmi les volets du programme de septembre. Un spécialiste de la cuisine doit proposer des recettes tunisiennes compatibles avec les recommandations alimentaires visant à préserver la santé cérébrale et à agir sur certains facteurs de risque associés à la maladie d’Alzheimer.

    À travers ce programme, l’association souhaite surtout inscrire la sensibilisation dans la durée. L’objectif n’est pas de faire de la maladie un sujet abordé une seule journée par an, mais de multiplier les occasions d’informer les familles sur la prévention, le diagnostic précoce et la nécessité d’un accompagnement continu.

    En Tunisie, le défi dépasse ainsi la seule question du nombre de places disponibles dans les structures d’accueil. Il concerne aussi la capacité du système de prise en charge à offrir aux patients un accompagnement adapté et, aux familles, les compétences, le soutien psychologique et les moyens nécessaires pour ne pas porter seules le poids de la maladie.

    Des chiffres encore incertains

    À ces difficultés s’ajoute un autre constat : la Tunisie ne dispose toujours pas de données nationales précises permettant de déterminer le nombre de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer.

    Les estimations actuellement avancées situent leur nombre entre 50 000 et 70 000 patients, mais l’absence d’une étude nationale exhaustive ne permet pas d’établir avec précision l’ampleur du phénomène ni de dresser un profil détaillé des personnes concernées.

    N.J

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