Le déficit financier cumulé des trois caisses sociales a atteint près de 7 milliards de dinars, selon des données actualisées présentées samedi 26 septembre 2026 lors d’un atelier organisé par l’Union générale tunisienne du travail (UGTT). Face à cette situation, des experts ont alerté sur les risques qui pèsent à la fois sur les équilibres du système, les droits des assurés sociaux et la qualité des prestations de santé.
Le problème n’est pas nouveau. Selon Hédi Dahman, expert en sécurité sociale auprès des tribunaux et de l’UGTT et membre du conseil d’administration de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), les difficultés financières des caisses remontent à 1993. Depuis, les gouvernements successifs ont privilégié des mesures ponctuelles sans traiter les causes structurelles du déséquilibre.
La démographie constitue aujourd’hui l’un des principaux facteurs de fragilisation du système. Le nombre d’actifs pour chaque retraité est passé de 8,3 à 2,3 en quelques décennies.
Cette évolution devrait encore s’accentuer. Hédi Dahman a noté qu’en 2031, il n’y aurait plus que 1,1 actif pour chaque retraité. Vieillissement de la population, allongement de l’espérance de vie et ralentissement des recrutements contribuent à réduire progressivement la capacité de financement des pensions.
L’expert a affirmé également que le système souffre d’une trop faible diversification de ses ressources. Les réformes structurelles auraient dû, à son sens, être engagées dès les années 1990 afin d’anticiper ces évolutions.
La situation financière de la Cnam est particulièrement préoccupante. La caisse ne recouvre pas directement ses cotisations, celles-ci lui étant transférées par la CNRPS et la CNSS.
Or, les difficultés financières de ces deux caisses, confrontées à l’augmentation des dépenses de retraite et à la baisse de leurs recettes, ont affecté ces transferts. La Cnam se retrouve ainsi confrontée à un problème de liquidités, malgré l’existence d’un excédent sur le plan comptable.
Les conséquences se font sentir chez les prestataires de soins conventionnés : pharmaciens, laboratoires, établissements de santé privés ou centres de dialyse. Les retards de paiement fragilisent leurs relations contractuelles avec la Cnam et pourraient menacer la continuité de certains accords.
Pour Hédi Dahman, le rééquilibrage du système passe par une réforme de son financement. Il a recommandé notamment de revoir le mécanisme de collecte des cotisations destinées à la Cnam et d’explorer de nouvelles ressources, dont la création éventuelle d’une contribution sociale.
Le relèvement des cotisations ou de l’âge de départ à la retraite ne saurait, à lui seul, régler le problème, selon l’expert. Le renforcement des recrutements dans les secteurs public et privé permettrait au contraire d’élargir la base des cotisants.
Autre enjeu majeur : l’intégration des quelque 2,5 millions de Tunisiens actifs dans le secteur informel et parallèle dans l’économie organisée, grâce à des mécanismes susceptibles de les inciter à rejoindre le système de sécurité sociale et à s’acquitter de leurs obligations fiscales.
Les réformes, elles, tardent toujours à se concrétiser. Selon Hédi Dahman, six conseils ministériels ont été consacrés au dossier au cours des deux dernières années. Les études nécessaires auraient été finalisées, mais sans déboucher, à ce stade, sur des mesures concrètes.
N.J










