À l’approche de l’examen du projet de loi de finances (PLF) 2027, les grandes orientations budgétaires se dessinent autour de la maîtrise des dépenses publiques, de la mobilisation des ressources internes et du soutien à l’investissement. Invité sur les ondes d’Express FM mardi 29 septembre 2026, le député et membre de la Commission des finances, Amine Ouerghi, a estimé que le prochain budget devrait s’inscrire dans la continuité des orientations déjà annoncées par le gouvernement, tout en laissant encore ouverte la possibilité d’ajustements lors des discussions entre l’exécutif et les députés.
Pour l’élu, les orientations actuellement connues ne font pas apparaître de rupture majeure avec les précédents exercices budgétaires. La priorité demeure, selon lui, la maîtrise des équilibres financiers de l’État, notamment à travers un meilleur contrôle des dépenses publiques et une réduction du déficit. Il a souligné toutefois que les mesures concrètes du PLF 2027 ne pourraient être appréciées qu’à la lumière du texte définitif et des arbitrages qui interviendraient au cours de son examen parlementaire.
Sur le volet fiscal, Amine Ouerghi a noté que la marge de manœuvre pour accroître davantage la pression fiscale était particulièrement réduite, considérant que les entreprises, notamment celles opérant dans les secteurs des services financiers et des grandes activités économiques, supportent déjà une charge importante au profit du budget de l’État.
Dans ce contexte, le député a défendu plutôt une stabilisation, voire une réduction ciblée de la pression fiscale pesant sur les entreprises. L’objectif serait ainsi de préserver l’activité économique et l’investissement privé, tout en consolidant les recettes publiques par d’autres leviers.
Pour le député, une politique fiscale plus stable pourrait également contribuer à améliorer l’environnement des affaires et à encourager la création de nouvelles entreprises.
Le financement du budget reste toutefois un enjeu central. Amine Ouerghi a rappelé que les ressources de l’État reposaient principalement sur les recettes fiscales, les recettes non fiscales et les ressources d’emprunt. Or, ces dernières années, les recettes provenant des entreprises publiques ont connu une évolution préoccupante, alors même que leurs difficultés financières pèsent sur les ressources de l’État.
Le député a insisté donc sur la nécessité de renforcer le principe de l’autofinancement et de limiter autant que possible le recours à l’endettement. Il a appelé, dans ce cadre, à une meilleure maîtrise de l’évolution des dépenses publiques, estimant que leur progression demeure difficilement compatible avec l’objectif affiché de consolidation des finances publiques.
Il a évoqué, dans ce sens, la nécessité pour le gouvernement de présenter devant la commission des finances un état précis de l’exécution budgétaire avant que les parlementaires ne se prononcent sur les principales hypothèses du PLF 2027. Cette évaluation permettrait, selon lui, d’identifier les mesures effectivement mises en œuvre, celles qui ne l’ont pas été et celles qui devraient être reconduites ou révisées.
Parmi les pistes évoquées figure une révision ciblée de certains droits de douane afin de soutenir l’appareil productif tunisien. Le député a estimé notamment qu’il existe des distorsions entre le coût supporté par les entreprises qui fabriquent localement certains produits et celui acquitté sur des produits importés concurrents.
L’industrie automobile figure parmi les secteurs cités. Amine Ouerghi a noté que la Tunisie devrait améliorer son attractivité pour les grands constructeurs, à l’image de certains pays voisins qui ont réussi à attirer davantage d’investissements dans le secteur. Il a appelé ainsi à revoir certains mécanismes fiscaux et douaniers susceptibles, selon lui, de pénaliser le développement d’une véritable industrie de montage automobile.
La même logique pourrait être appliquée au secteur du transport routier. Le député a proposé notamment de revoir certains droits de douane appliqués aux véhicules lourds et aux équipements considérés comme des moyens de production. Une réduction de ces coûts pourrait, selon lui, contribuer au renouvellement du parc de véhicules de transport et, à terme, à réduire les coûts logistiques supportés par les entreprises et les consommateurs.
Le financement de l’initiative privée constitue également l’un des axes défendus par le député. Il a proposé notamment la mise en place de mécanismes de garantie permettant à l’État de prendre en charge jusqu’à 80% du risque lié au financement de projets portés par des jeunes.
L’objectif est de répondre à l’un des principaux obstacles rencontrés par les jeunes entrepreneurs : l’absence de garanties suffisantes pour accéder au crédit bancaire ou aux mécanismes de financement. Un dispositif de garantie publique pourrait ainsi faciliter l’accès au financement et favoriser la création de nouvelles entreprises, notamment dans les régions.
Par ailleurs, le député a évoqué la création d’un fonds dédié à la prévention, à la prise en charge et au traitement des addictions. Ce mécanisme aurait vocation à financer, sous la tutelle du ministère de la Santé, la création de structures de prise en charge dans les régions et à permettre l’accès aux soins aux personnes qui ne disposent pas des ressources nécessaires.
La fiscalité appliquée aux équipements photovoltaïques constitue un autre dossier appelé à faire débat. Amine Ouerghi a reconnu la nécessité de préserver une industrie nationale émergente, tout en estimant que le niveau actuel de certains droits de douane peut constituer un frein au développement des énergies renouvelables.
Il a avancé ainsi la possibilité de rechercher un équilibre entre la protection de la production locale et l’accélération de la transition énergétique. Le niveau de taxation, estimé à environ 30% pour certains équipements, pourrait selon lui être réexaminé afin de réduire le coût d’accès aux solutions photovoltaïques, sans remettre en cause les capacités industrielles nationales.
Revenant sur l’application de la facture électronique, le député s’est montré réservé. Après les auditions menées au sein de la commission des finances, il a affirmé que les conditions techniques actuelles n’étaient pas encore suffisamment réunies pour généraliser ce dispositif.
Il a cité notamment les difficultés rencontrées au niveau des plateformes et des applications ainsi que la persistance de contraintes techniques. Une évolution du dispositif pourrait donc être envisagée, notamment si le gouvernement ne fournit pas les garanties nécessaires quant à la mise en place d’une administration fiscale entièrement adaptée à la dématérialisation.
À ce stade, le PLF 2027 reste ainsi largement ouvert aux arbitrages. Pour Amine Ouerghi, l’enjeu des prochaines semaines sera de parvenir à concilier maîtrise des dépenses, stabilité fiscale, soutien à l’investissement et mobilisation de nouvelles ressources, sans accentuer davantage les contraintes pesant sur le tissu économique.
N.J










