Un médicament peut-il être disponible sans que le pharmacien et le patient sachent où le trouver ? En Tunisie, la réponse semble être oui. Entre ruptures prolongées, génériques eux-mêmes disponibles en quantités limitées et absence de visibilité en temps réel sur les stocks, les pharmaciens se retrouvent régulièrement à chercher des traitements pour leurs patients sans disposer des outils nécessaires pour savoir où ils sont réellement disponibles.
Intervenant sur Jawhara FM mercredi 30 septembre 2026, la secrétaire générale adjointe du Syndicat des pharmaciens d’officine de Tunisie (Spot), Emna Abbes, a détaillé les difficultés auxquelles sont confrontées les officines et a dénoncé, en creux, une gestion de l’approvisionnement qui laisse encore une place importante à l’incertitude.
Face à une rupture, le recours au générique peut constituer une solution. Encore faut-il que celui-ci soit disponible. Emna Abbes a cité le cas de certains traitements cardiovasculaires, dont l’un est resté indisponible pendant une période prolongée avant de faire récemment l’objet d’un nouveau conditionnement et d’une reprise progressive de la distribution.
Pour la responsable syndicale, le problème ne se limite toutefois pas à la disponibilité du médicament d’origine. Même lorsqu’un générique existe, les quantités mises à disposition peuvent être insuffisantes.
D’autres patients sont également concernés, notamment les enfants souffrant de troubles de l’attention et d’hyperactivité. Certains traitements leur permettent de maintenir leur concentration, y compris pendant les périodes d’examens. Leur indisponibilité peut donc directement affecter leur prise en charge.
À cette pénurie parfois bien réelle s’ajoute un problème plus discret, mais tout aussi préoccupant : le manque de visibilité sur les stocks.
Un médicament peut être disponible à la Pharmacie centrale sans que le pharmacien dispose d’un moyen simple de vérifier instantanément sa disponibilité, la quantité ou les possibilités de livraison. Résultat : l’officine commande, attend, relance et tente de trouver des alternatives, sans toujours savoir si le produit est réellement accessible.
Face à cette problématique, le syndicat des propriétaires de pharmacies privées a proposé, depuis environ deux ans, la création d’une plateforme permettant aux pharmaciens de consulter directement les stocks disponibles auprès de la Pharmacie centrale et de passer leurs commandes en fonction des besoins.
Le principe est simple : un pharmacien confronté à la demande d’un patient pourrait se connecter à la plateforme, vérifier immédiatement si le médicament est disponible, connaître la quantité accessible et, le cas échéant, transmettre sa commande.
Le projet a été transmis à la direction générale de la Pharmacie centrale. Des correspondances ont également été adressées au ministère de la Santé, mais il est aujourd’hui à l’arrêt, selon Emna Abbes.
N.J










